106.8 Jésus dit :
« Petit Jean, nous avons beaucoup de travail aujourdâhui. Mais nous avons un jour de retard et il est impossible dâaller lentement. Je tâen ai donnĂ© la force nĂ©cessaire, aujourdâhui.
Je tâai accordĂ© ces quatre contemplations pour pouvoir te parler des douleurs de Marie et des miennes, qui prĂ©parent la Passion. Jâaurais dĂ» tâen parler hier, samedi, le jour dĂ©diĂ© Ă ma MĂšre. Mais jâai eu pitiĂ©. Nous reprenons donc aujourdâhui le temps perdu. AprĂšs les douleurs que je tâai fait connaĂźtre, Marie a encore subi les suivantes, et moi avec elle.
106.9 Mon regard avait lu dans le coeur de Judas. Nul ne doit penser que la sagesse de Dieu nâa pas Ă©tĂ© capable de comprendre ce coeur. Mais, comme je lâai dit Ă ma MĂšre, il Ă©tait nĂ©cessaire. Malheur Ă lui dâavoir Ă©tĂ© le traĂźtre ! Mais il fallait un traĂźtre. Plein de duplicitĂ©, rusĂ©, avide, assoiffĂ© de luxure, voleur, mais aussi plus intelligent et plus cultivĂ© que la plupart, il avait su sâimposer Ă tous. Audacieux, il mâaplanissait les voies les plus difficiles. Plus que tout, il aimait se distinguer et faire ressortir sa place de confiance auprĂšs de moi. Sâil Ă©tait serviable, ce nâĂ©tait pas par instinct de charitĂ©, mais uniquement parce que, selon votre expression, il â faisait la mouche du coche. â Cela lui permettait de tenir la bourse et dâapprocher les femmes. Deux choses quâil aimait dâune façon effrĂ©nĂ©e, sans parler de son goĂ»t pour les honneurs.
Ce serpent ne pouvait que faire horreur Ă la femme pure, humble, dĂ©tachĂ©e des richesses terrestres quâĂ©tait ma MĂšre. Moi-mĂȘme, jâĂ©prouvais du dĂ©goĂ»t. Le PĂšre, lâEsprit et moi sommes seuls Ă savoir combien il mâa fallu me dĂ©passer pour pouvoir supporter sa prĂ©sence. Mais je te lâexpliquerai une autre fois.
106.10 De mĂȘme, je nâignorais pas lâhostilitĂ© des prĂȘtres, des pharisiens, des scribes et des sadducĂ©ens. CâĂ©taient des renards rusĂ©s qui cherchaient Ă me pousser dans leur taniĂšre pour me dĂ©chirer. Ils Ă©taient assoiffĂ©s de mon sang. Ils essayaient de me tendre des piĂšges partout pour me capturer, pour avoir un motif dâaccusation, pour se dĂ©barrasser de moi. Ce piĂšge a durĂ© longtemps, trois ans durant, et ils ne se sont apaisĂ©s que lorsquâils mâont su mort. Ce soir-lĂ , ils ont dormi heureux. La voix de leur accusateur sâĂ©tait Ă©teinte Ă jamais. Du moins le croyaient-ils. Mais non : elle nâĂ©tait pas Ă©teinte. Elle ne le sera jamais, elle tonne au contraire et maudit leurs semblables dâaujourdâhui. Quelles douleurs ma MĂšre nâeut-elle pas Ă subir Ă cause dâeux ! Et moi, je ne saurais oublier ces douleurs.
106.11 Que la foule soit changeante, voilĂ qui nâest guĂšre nouveau. Câest la bĂȘte sauvage qui lĂšche la main du dompteur si elle est armĂ©e dâun fouet ou si elle offre Ă sa faim un morceau de viande. Mais il suffit que le dompteur tombe et ne puisse plus se servir du fouet, ou bien quâil nâait plus de proie pour la rassasier, pour quâelle se prĂ©cipite et le dĂ©chire. Il suffit de dire la vĂ©ritĂ© et dâĂȘtre bon pour ĂȘtre haĂŻ par la foule, une fois le premier moment dâenthousiasme passĂ©. La vĂ©ritĂ© est reproche et avertissement. La bontĂ© prive du fouet et fait en sorte que ceux qui ne sont pas bons nâaient plus Ă craindre. DâoĂč les : â Crucifie-le ! â aprĂšs les â Hosannas ! â Ma vie de MaĂźtre est remplie de ces deux cris. Et le dernier fut : â Crucifie-le ! â Le hosanna est lâhaleine que reprend le chanteur pour avoir le souffle nĂ©cessaire pour monter haut. Le soir du vendredi saint, Marie a rĂ©entendu tous ces hosannas menteurs devenus hurlements de mort pour son Enfant, et elle en fut transpercĂ©e. Cela aussi, je ne lâoublie pas. 106.12 LâhumanitĂ© des apĂŽtres ! Quâelle est lourde ! Pour les Ă©lever au Ciel, je soulevais des masses que leur poids entraĂźnait vers la terre. MĂȘme ceux qui nâimaginaient pas devenir des ministres dâun roi terrestre comme Judas Iscariote, ceux qui ne pensaient pas comme lui Ă monter sur le trĂŽne Ă ma place si besoin Ă©tait, avaient nĂ©anmoins soif de gloire. Un jour est venu oĂč mĂȘme mon Jean et son frĂšre dĂ©sirĂšrent cette gloire qui, jusque dans le domaine des rĂ©alitĂ©s cĂ©lestes, vous Ă©blouit comme un mirage. Ce nâest pas seulement le saint dĂ©sir du paradis que je veux que vous ayez, ni le dĂ©sir humain que votre saintetĂ© soit reconnue. Pour un peu dâamour donnĂ© Ă Celui auquel je vous ai dit que vous devez vous donner tout entier, câest aussi une aviditĂ© de changeur, dâusurier, qui vous incite Ă prĂ©tendre Ă une place Ă ma droite au Ciel.
Non, mes enfants, non. Il faut dâabord savoir boire toute la coupe que jâai bue. EntiĂšrement : y compris sa charitĂ© tĂ©moignĂ©e en rĂ©ponse Ă la haine, sa chastetĂ© en rĂ©ponse aux voix de la sensualitĂ©, son hĂ©roĂŻcitĂ© dans les Ă©preuves, son sacrifice par amour pour Dieu et pour ses frĂšres. Puis, quand vous aurez rempli intĂ©gralement votre devoir, dites encore : â Nous sommes des serviteurs inutiles â et attendez que mon PĂšre â qui est aussi le vĂŽtre â, vous accorde, par bontĂ©, une place dans son Royaume. Comme tu mâas vu ĂȘtre dĂ©pouillĂ© de mes vĂȘtements au PrĂ©toire, il convient de se dĂ©pouiller de tout ce qui est humain et de ne garder que cet indispensable qui est respect envers ce don de Dieu quâest la vie et envers les frĂšres auxquels nous pouvons ĂȘtre plus utiles du Ciel que sur la terre, puis laisser Dieu vous revĂȘtir de lâĂ©tole immortelle purifiĂ©e dans le sang de lâAgneau.
106.13 Je tâai montrĂ© les douleurs qui prĂ©parent Ă la Passion. Je tâen montrerai dâautres. Bien que ce soient toujours des douleurs, il a Ă©tĂ© reposant pour ton Ăąme de les contempler. Maintenant, en voilĂ assez. Sois en paix. »