96.5 Je vais maintenant vous dire une vĂ©ritĂ© qui pourrait paraĂźtre blasphĂ©matoire Ă mes ennemis. Mais vous, vous ĂȘtes mes amis. Je parle dâabord pour vous, mes disciples que jâai dĂ©jĂ choisis, puis pour vous tous qui mâĂ©coutez. Je vous lâaffirme : les anges â ces esprits purs et parfaits qui vivent dans la lumiĂšre de la trĂšs sainte TrinitĂ© et en elle sont comblĂ©s de joie â ont, en dĂ©pit de leur perfection, une infĂ©rioritĂ© par rapport Ă vous qui ĂȘtes si loin du Ciel. Ils le reconnaissent dâailleurs. Ils ont lâinfĂ©rioritĂ© de ne pouvoir se sacrifier et souffrir pour coopĂ©rer Ă la rĂ©demption de lâhomme. Quâen pensez-vous ? Dieu ne prend pas un ange pour lui dire : â Sois le rĂ©dempteur de lâhumanitĂ©. â Mais il prend son Fils. Certes, ce sacrifice a une valeur incalculable et une puissance infinie. Mais bien que sa bontĂ© de PĂšre ne veuille pas faire de diffĂ©rence entre le Fils de son amour et les fils de sa puissance, il sait quâil manque quelque chose Ă la somme des mĂ©rites quâil faut opposer Ă la somme des pĂ©chĂ©s que dâheure en heure lâhumanitĂ© accumule. Or il ne prend pas dâautres anges pour combler la mesure, il ne leur dit pas : â Souffrez pour imiter le Christ â, mais câest Ă vous quâil sâadresse, Ă vous les hommes. Il vous dit : â Souffrez, sacrifiez-vous, soyez semblables Ă mon Agneau. Soyez des corĂ©dempteurs... â Ah ! Je vois des cohortes dâanges qui, cessant un instant de tourner dans une extase dâadoration autour de la TrinitĂ© qui est leur pivot, sâagenouillent, tournĂ©s vers la Terre et disent : â BĂ©nis soyez-vous, vous qui pouvez souffrir avec le Christ et pour le Dieu Ă©ternel, le nĂŽtre et le vĂŽtre ! â
Beaucoup ne comprendront pas encore cette grandeur. Elle est trop Ă©levĂ©e pour lâhomme. Mais quand lâHostie sera immolĂ©e, quand le Grain Ă©ternel ressuscitera pour ne plus jamais mourir, aprĂšs avoir Ă©tĂ© moissonnĂ©, battu, dĂ©cortiquĂ© et enseveli dans les entrailles du sol, alors viendra lâIlluminateur spirituel et il Ă©clairera les Ăąmes, mĂȘme les plus lentes, demeurĂ©es cependant fidĂšles au Christ RĂ©dempteur. Alors vous comprendrez que je nâai pas blasphĂ©mĂ©, mais que je vous ai annoncĂ© la plus haute dignitĂ© de lâhomme : celle dâĂȘtre corĂ©dempteur, mĂȘme si dâabord il nâĂ©tait quâun pĂ©cheur.
96.6 En attendant, prĂ©parez-vous Ă cette destinĂ©e avec puretĂ© de coeur et dâintention. Plus purs vous serez, mieux vous comprendrez. Car lâimpuretĂ©, quelle quâelle soit, est toujours une fumĂ©e qui obscurcit la vue et appesantit lâintelligence.
Soyez purs. Commencez Ă lâĂȘtre dans votre corps pour passer ensuite Ă lâĂąme. Commencez par les cinq sens pour passer aux sept passions. Commencez par lâoeil : le sens de la vue est roi, il ouvre la voie Ă la plus mordante et la plus complexe des faims. Lâoeil voit la chair de la femme et dĂ©sire la chair. Lâoeil voit lâopulence des riches et dĂ©sire lâor. Lâoeil voit la puissance de ceux qui gouvernent et dĂ©sire le pouvoir. Ayez donc un regard paisible, honnĂȘte, sobre, pur, et vous aurez des dĂ©sirs paisibles, honnĂȘtes, sobres et purs. Votre coeur sera dâautant plus pur que votre regard le sera. Veillez avec soin sur votre regard, toujours si avide de dĂ©couvrir des pommes tentatrices. Ayez un regard chaste si vous voulez ĂȘtre chastes dans votre corps. Si vous avez la chastetĂ© de la chair, vous aurez la chastetĂ© des richesses et de la puissance. Vous aurez toutes les chastetĂ©s et serez les amis de Dieu. Ne craignez pas quâon vous raille si vous ĂȘtes chastes. Craignez seulement dâĂȘtre les ennemis de Dieu.
Un jour, jâai entendu dire : â Le monde te ridiculisera comme menteur ou comme eunuque si tu montres que tu nâas pas dâattrait pour la femme. â En vĂ©ritĂ©, je vous dis que Dieu a Ă©tabli le mariage pour vous Ă©lever Ă lâimiter par la procrĂ©ation et Ă coopĂ©rer avec lui pour peupler le Ciel. Mais il y a un Ă©tat plus Ă©levĂ©, devant lequel sâinclinent les anges qui en voient la sublimitĂ© sans pouvoir lâimiter. Cet Ă©tat, parfait quand il dure de la naissance Ă la mort, nâest cependant pas fermĂ© Ă ceux qui ne sont plus vierges, mais qui rĂ©duisent Ă rien leur fĂ©conditĂ© dâhommes ou de femmes, qui dĂ©laissent leur virilitĂ© animale pour ne devenir fĂ©conds et virils que spirituellement. Câest lâĂ©tat dâeunuque, sans imperfection naturelle ni mutilation violente ou volontaire. Cet Ă©tat nâinterdit pas dâapprocher de lâautel ; dans les siĂšcles Ă venir, au contraire, ceux qui sây obligent serviront lâautel et lâentoureront. Câest lâĂ©tat le plus Ă©levĂ© car il sĂ©pare la volontĂ© de tout ce qui nâest pas lâappartenance Ă Dieu seul, gardant pour lui la chastetĂ© du corps et du coeur pour conserver Ă©ternellement la puretĂ© lumineuse chĂšre Ă lâAgneau.
96.7 Jâai parlĂ© pour le peuple et pour ceux du peuple qui sont choisis. Maintenant, avant dâentrer pour rompre le pain et partager le sel dans la maison de Philippe, je vais tous vous bĂ©nir : les bons pour les rĂ©compenser, les pĂ©cheurs pour leur mettre au coeur le courage d'approcher Celui qui est venu pour pardonner. Que la paix soit avec vous tous. »