37.4 Jésus dit :
« Je tâai consolĂ©e, mon Ăąme, par une vision de ma petite enfance heureuse malgrĂ© sa pauvretĂ©, parce quâentourĂ©e de lâaffection de deux saints, les plus grands que le monde ait portĂ©s.
37.5 On dit que Joseph fut mon pĂšre nourricier. Bien sĂ»r, il nâa pas pu, puisquâil Ă©tait homme, me donner du lait comme Marie qui mâen a nourri, mais il sâest usĂ© au travail pour me procurer le pain et des aliments fortifiants. Il a eu pour moi la tendresse dâune vraie mĂšre. Câest de lui que jâai appris â et jamais Ă©lĂšve nâeut un meilleur maĂźtre â tout ce qui dâun enfant fait un homme, et un homme qui doit gagner son pain.
Si mon intelligence de Fils de Dieu Ă©tait parfaite, il faut rĂ©flĂ©chir et croire que je nâai pas voulu mâaffranchir de façon sensationnelle des rĂšgles de la croissance. Rabaissant donc la perfection de mon intelligence divine au niveau de la comprĂ©hension humaine, je me suis assujetti Ă avoir pour maĂźtre un homme et Ă avoir besoin dâun maĂźtre. Si, par la suite, jâai appris rapidement et en faisant preuve de bonne volontĂ©, cela ne mâenlĂšve pas le mĂ©rite de mâĂȘtre mis sous la dĂ©pendance dâun homme, ni Ă cet homme juste le mĂ©rite dâavoir nourri ma petite intelligence des connaissances nĂ©cessaires Ă la vie.
Ces doux moments passĂ©s Ă cĂŽtĂ© de Joseph qui mâamenait comme en jouant Ă ĂȘtre capable de travailler, je ne les oublierai jamais, mĂȘme maintenant que je suis au Ciel. Et quand je regarde mon pĂšre putatif, je revois le petit jardinet et lâatelier enfumĂ©, et il me semble voir apparaĂźtre ma MĂšre avec son sourire qui illuminait notre maison et me comblait de joie.
37.6 Combien les familles auraient Ă apprendre de cette perfection dâĂ©poux qui sâaimĂšrent comme nuls autres ne se sont aimĂ©s !
Joseph en Ă©tait le chef. Son autoritĂ© dans la famille Ă©tait indiscutĂ©e et indiscutable. Devant elle sâinclinait respectueusement celle de lâEpouse et MĂšre de Dieu, et le Fils de Dieu sây assujettissait. Tout ce que Joseph dĂ©cidait de faire Ă©tait bien fait, sans discussions, sans objections, sans rĂ©sistances. Sa parole Ă©tait notre petite loi. Et, malgrĂ© cela, quelle humilitĂ© chez lui ! Jamais un abus de pouvoir du fait de son autoritĂ©, jamais une volontĂ© dĂ©raisonnable sous prĂ©texte que câĂ©tait lui le chef. Son Ă©pouse Ă©tait sa douce conseillĂšre et si, dans sa profonde humilitĂ©, elle se considĂ©rait comme la servante de son conjoint, Joseph tirait de la sagesse de celle qui Ă©tait pleine de grĂące, la lumiĂšre qui le guidait en toutes circonstances.
Et moi, je grandissais comme une fleur protĂ©gĂ©e par deux arbres vigoureux, entre ces deux amours qui sâentrelaçaient au-dessus de moi, pour me protĂ©ger et mâaimer.
Non, tant que ma jeunesse me fit ignorer le monde, je nâai pas regrettĂ© le Paradis. Dieu le PĂšre et lâEsprit de Dieu nâĂ©taient pas absents parce que Marie en Ă©tait remplie, et les anges avaient lĂ leur demeure car rien ne les Ă©loignait de cette maison. Lâun dâeux, pourrais-je dire, sâĂ©tait incarnĂ© et câĂ©tait Joseph, une Ăąme angĂ©lique, libĂ©rĂ©e du poids de la chair et uniquement occupĂ©e Ă servir Dieu et ses intĂ©rĂȘts, et Ă lâaimer comme lâaiment les sĂ©raphins. Le regard de Joseph ! Serein et pur comme la luÂmiĂšre dâune Ă©toile qui ignore les concupiscences de la terre. CâĂ©tait notre repos, notre force.
37.7 Bien des gens sâimaginent que je nâai pas souffert humainement quand sâĂ©teignit le regard de ce saint qui veillait sur notre maison. Si jâĂ©tais Dieu et si, comme tel, je connaissais le bienheureux sort de Joseph, donc si, pour cette raison, je nâĂ©tais pas affligĂ© de son dĂ©part qui devait lui ouvrir le Ciel aprĂšs un court sĂ©jour dans les limbes, comme homme, jâai pleurĂ© dans la maison privĂ©e de son affectueuse prĂ©sence. Jâai pleurĂ© sur lâami disparu. Nâaurais-je donc pas dĂ» pleurer sur ce saint qui mâĂ©tait si proche, sur le coeur duquel jâavais dormi tout petit et qui pendant tant dâannĂ©es mâavait entourĂ© de son amour ?
37.8 Enfin, je fais observer aux parents comment Joseph a su faire de moi un bon travailleur sans le secours dâune formation pĂ©dagogique.
A peine Ă©tais-je arrivĂ© Ă lâĂąge oĂč je pouvais manier les outils, il ne me laissa pas moisir dans lâoisivetĂ©, il me mit au travail et devint le premier auxiliaire de mon amour pour Marie pour mâencourager au travail. Confectionner des objets utiles Ă sa mĂšre, câest ainsi quâil inculquait le respect dĂ» Ă la mĂšre que tout fils devrait avoir. CâĂ©tait sur ce levier du respect et de lâamour quâil sâappuyait pour former le futur charpentier.
OĂč sont aujourdâhui les familles dans lesquelles on fait aimer le travail aux jeunes enfants pour leur apprendre Ă faire plaisir Ă leurs parents ? Les enfants, maintenant, sont des despotes dans la maison. Ils grandissent, durs, indiffĂ©rents, grossiers envers leurs parents. Ils les considĂšrent comme leurs domestiques, leurs esclaves. Ils ne les aiment pas et en sont peu aimĂ©s. Car, tout en faisant de vos enfants des capricieux tout-puissants, vous vous sĂ©parez dâeux par un absentĂ©isme honteux.
Ils sont les enfants de tout le monde. Mais, Ă vous, ils ne vous appartiennent guĂšre, ĂŽ parents du XXe siĂšcle. Ils sont beaucoup plus les enfants de la nourrice, de lâinstitutrice, ils appartiennent au collĂšge, si vous ĂȘtes riches, Ă leurs compagnons, Ă la rue, Ă lâĂ©cole, si vous ĂȘtes pauvres. Mais ils ne sont plus Ă vous. Vous, les mĂšres, vous les mettez au monde, et câest tout. Vous, les pĂšres, vous nâen avez pas davantage souci. Mais un enfant, ce nâest pas seulement un ĂȘtre de chair. Câest une intelligence, un coeur, une Ăąme. Soyez-en donc sĂ»rs, personne plus quâun pĂšre et une mĂšre nâa le droit et le devoir de former cette intelligence, ce coeur, cette Ăąme.
37.9 La famille existe et doit exister. Il nây a pas de thĂ©orie ou de progrĂšs qui puisse sâopposer Ă cette vĂ©ritĂ© sans provoquer des dĂ©gĂąts. Une famille qui se dĂ©sagrĂšge ne peut que susciter Ă lâavenir des hommes et des femmes toujours plus dĂ©pravĂ©s et qui causeront de plus grands dĂ©gĂąts. Et je vous dis en vĂ©ritĂ© quâil vaudrait mieux quâil nây ait plus de mariages ni dâenfants sur la terre, plutĂŽt que dây avoir des familles moins unies que ne le sont les tribus de singes, des familles qui ne sont pas des Ă©coles de vertu, de travail, dâamour, de foi, mais un chaos oĂč chacun vit pour soi comme des engrenages mal assemblĂ©s qui finissent par se rompre.
Rompez, dĂ©sagrĂ©gez. Les fruits de cette dĂ©sagrĂ©gation de la forme la plus sainte de la vie sociale, vous les voyez, vous les subissez. Continuez donc, si vous le voulez. Mais ne venez pas vous plaindre si cette terre devient toujours plus un enfer, un reÂpaire de monstres qui dĂ©vorent familles et nations. Vous le voulez : quâil en soit ainsi. »