171.4 Je vous ai enseignĂ© hier comment Dieu doit ĂȘtre aimĂ©. Jâinsiste maintenant sur la façon dont on doit aimer le prochain.
On disait autrefois : â Tu aimeras ton ami et tu haĂŻras ton ennemi. â Non, quâil nâen aille pas ainsi. CâĂ©tait bon pour les temps oĂč lâhomme nâavait pas le rĂ©confort du sourire de Dieu. Mais maintenant viennent des temps nouveaux, des temps oĂč Dieu aime tant lâhomme quâil lui envoie son Verbe pour le racheter. Maintenant le Verbe parle, et câest dĂ©jĂ la grĂące qui se rĂ©pand. Puis le Verbe consommera le sacrifice de paix et de rĂ©demption ; alors la grĂące, non seulement sera rĂ©pandue, mais elle sera donnĂ©e Ă toute Ăąme qui croit au Christ. Câest pour cela quâil faut Ă©lever lâamour du prochain Ă la perfection qui ne fait pas de distinction entre lâami et lâennemi.
On vous calomnie ? Aimez et pardonnez. On vous frappe ? Aimez et tendez lâautre joue Ă celui qui vous gifle, en pensant quâil vaut mieux que sa colĂšre sâen prenne Ă vous qui savez la supporter plutĂŽt quâĂ un autre qui se vengerait de lâaffront. On vous a volĂ©s ? Ne pensez pas : â Mon prochain est un ĂȘtre cupide â, mais pensez charitablement : â Mon pauvre frĂšre est dans le besoin â et donnez-lui aussi votre tunique sâil vous a dĂ©jĂ pris votre manteau. Vous le mettrez dans lâimpossibilitĂ© de faire un double vol car il nâaura plus besoin de voler la tunique dâun autre. Vous rĂ©pondez : â Ce pourrait ĂȘtre par vice et non par nĂ©cessitĂ©. â Eh bien, donnez-le quand mĂȘme ! Dieu vous en rĂ©compensera et lâinjuste expiera. Mais souvent â et cela rappelle ce que jâai dit hier sur la douceur â, le pĂ©cheur qui se voit ainsi traitĂ© renoncera sincĂšrement Ă son vice et se rachĂštera en rĂ©parant son vol par la restitution.
Montrez-vous gĂ©nĂ©reux envers ceux, plus honnĂȘtes, qui vous demandent ce dont ils ont besoin, au lieu de vous voler. Si les riches Ă©taient rĂ©ellement pauvres en esprit comme je vous lâai enseignĂ© hier, ces pĂ©nibles inĂ©galitĂ©s sociales, causes de tant de malheurs humains et surnaturels, nâexisteraient plus. Pensez toujours : â Mais si, moi, jâavais Ă©tĂ© dans le besoin, quel effet mâaurait fait le refus dâune aide ? â et agissez dâaprĂšs votre rĂ©ponse. Faites aux autres ce que vous voudriez quâon vous fasse et ne leur faites pas ce que vous ne voudriez pas quâil vous soit fait.
Lâancienne parole : â Ćil pour Ćil, dent pour dent â ne se trouve pas dans les dix commandements, mais on lâa ajoutĂ©e parce que lâhomme privĂ© de la grĂące est tellement fĂ©roce quâil ne peut comprendre que la vengeance. Elle est annulĂ©e, bien sĂ»r quâelle est annulĂ©e, par ce nouveau prĂ©cepte : â Aime celui qui te hait, prie pour celui qui te persĂ©cute, justifie celui qui te calomnie, bĂ©nis celui qui te maudit, fais du bien Ă celui qui te fait du tort, montre-toi pacifique envers le querelleur, indulgent avec celui qui tâimportune, volontiers secourable pour celui qui te sollicite. Ne sois pas usurier, ne critique pas, ne juge pas. â Vous ne connaissez pas les tenants et les aboutissants des actions des hommes. Lorsquâil sâagit dâaider, de quelque maniĂšre que ce soit, soyez gĂ©nĂ©reux, soyez misĂ©ricordieux. Plus vous donnerez, plus lâon vous donnera, et Dieu versera dans le sein de lâhomme gĂ©nĂ©reux une mesure pleine et bien tassĂ©e. Dieu vous le rendra non seulement pour ce que vous avez donnĂ©, mais bien davantage. Cherchez Ă aimer et Ă vous faire aimer. Les procĂšs coĂ»tent plus cher quâun arrangement Ă lâamiable et la bonne grĂące est comme du miel dont la saveur reste longtemps sur la langue.
171.5 Aimez, aimez ! Aimez amis et ennemis pour ĂȘtre semblables Ă votre PĂšre qui fait pleuvoir sur les bons et les mĂ©chants et fait luire son soleil sur les justes et les injustes ; il se rĂ©serve dâaccorder un soleil et des rosĂ©es Ă©ternels, ainsi que le feu et la grĂȘle de lâenfer quand on aura triĂ© les bons comme des Ă©pis choisis dans les gerbes de la moisson. Il ne suffit pas dâaimer ceux qui vous aiment et de qui vous espĂ©rez quelque retour. Il nây a guĂšre de mĂ©rite Ă cela : câest une joie et mĂȘme les hommes naturellement honnĂȘtes savent le faire. MĂȘme les publicains et les paĂŻens le font. Mais vous, aimez Ă la ressemblance de Dieu, et aimez par respect pour Dieu, qui est aussi le CrĂ©ateur de ceux qui sont pour vous des ennemis ou des gens peu aimables. Je veux en vous la perfection de lâamour, et câest pourquoi je vous dis : â Soyez parfaits comme votre PĂšre qui est dans les Cieux est parfait. â
Si grand est le commandement dâamour pour le prochain, le perfectionnement du commandement dâamour pour le prochain, que je ne vous dis plus comme il Ă©tait Ă©crit : â Ne tuez pas â car celui qui tue sera condamnĂ© par les hommes. Mais je vous dis : â Ne vous fĂąchez pas â, car vous ĂȘtes soumis Ă un jugement plus Ă©levĂ© qui tient compte mĂȘme des actions immatĂ©rielles. Celui qui aura insultĂ© son frĂšre sera condamnĂ© par le SanhĂ©drin. Mais celui qui lâaura traitĂ© de fou et lui aura donc fait du tort sera condamnĂ© par Dieu.
Il est inutile de faire des offrandes Ă lâautel si, auparavant, du fond du cĆur, on nâa pas sacrifiĂ© ses propres rancĆurs pour lâamour de Dieu et si lâon nâa pas accompli le rite trĂšs saint de savoir pardonner. Par consĂ©quent, quand tu es sur le point de faire une offrande Ă Dieu, si tu te souviens dâavoir mal agi envers ton frĂšre ou dâĂ©prouver de la rancĆur pour une de ses fautes, laisse ton offrande devant lâautel, immole dâabord ton amour-propre en te rĂ©conciliant avec lui et reviens ensuite Ă lâautel : alors seulement, ton sacrifice sera saint.
Un bon accord est toujours la meilleure des affaires. Le jugement de lâhomme est prĂ©caire, et celui qui le brave obstinĂ©ment pourrait bien perdre sa cause et devoir payer Ă son adversaire jusquâĂ son dernier sou ou languir en prison.
En toutes choses, Ă©levez votre regard vers Dieu. Demandez-vous : â Ai-je le droit de faire aux autres ce que Dieu ne me fait pas, Ă moi ? â Car Dieu nâest pas inexorable et obstinĂ© comme vous. Malheur Ă vous sâil lâĂ©tait ! Personne ne serait sauvĂ©. Que cette rĂ©flexion vous amĂšne Ă des sentiments doux, humbles, pleins de pitiĂ©. Alors vous obtiendrez de Dieu votre rĂ©compense, ici-bas et aprĂšs.