EMV 167.12 · Tome 3, p. 62
LâEvangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©
Citation
Dieu "veut se faire un trĂŽne de toute Ăąme bonne".
Notes du thĂšme
EMV 167.12 · Tome 3, p. 62
Dieu "veut se faire un trĂŽne de toute Ăąme bonne".
EMV 167.13 · Tome 3, p. 63
167.13 Plautina rĂ©flĂ©chit profondĂ©ment. JĂ©sus lâobserve en silence. Finalement, elle demande :
« Et toi, tu as une ùme ?
â Certainement.
â Mais es-tu Dieu ou non ?
â Je suis Dieu. Je te lâai dit. Mais maintenant jâai pris une nature humaine. Sais-tu pour quelle raison ? Parce que câest seulement par mon sacrifice que je pouvais rĂ©soudre les difficultĂ©s qui dĂ©passent votre entendement et, aprĂšs avoir abattu lâerreur, libĂ©rer aussi lâĂąme dâun esclavage que je ne puis tâexpliquer pour lâinstant. Câest pourquoi jâai enfermĂ© la Sagesse dans un corps, la SaintetĂ© dans un corps. Je rĂ©pands la Sagesse comme une semence sur la terre, comme le pollen au vent ; et comme dâune amphore prĂ©cieuse que lâon a brisĂ©e, la SaintetĂ© coulera sur le monde Ă lâheure de la grĂące et sanctifiera les hommes. Alors, le Dieu inconnu sera connu.
EMV 167.13 · Tome 3, p. 63-64
â (...) Ton Ăąme a faim.
â Câest vrai ! Jâai faim de vĂ©ritĂ©.
â Moi, je suis la VĂ©ritĂ©.
â Alors donne-toi Ă moi, qui suis affamĂ©e.
â Tu nâas quâĂ venir Ă ma table. Ma parole est pain de vĂ©ritĂ©.
EMV 167.14 · Tome 3, p. 64
L'homme "ignore Dieu mais a besoin de croire, car la foi est lâĂ©tat permanent et nĂ©cessaire de lâhomme."
EMV 168.1-10 · Tome 3, p. 65-76
Marie est seule à Nazareth. On frappe à la porte. C'est Aglaé qui demande pitié au nom de Jésus. Marie l'accueille aussitÎt, mais la jeune femme est en larmes. Elle se considÚre comme une moins que rien, mais la Vierge la met en confiance et l'invite à parler.
AglaĂ© confesse alors toute sa vie. Elle parle de sa jeunesse, de ses parents, de son attirance pour les spectacles Ă Syracuse. Elle parle d'un patricien romain devant qui elle a dansĂ© en Ă©tant quasiment dĂ©nudĂ©e. Elle avoue l'avoir suivi pour aller Ă Rome, oĂč elle a menĂ© une vie de dĂ©bauche. Le patricien s'Ă©tant lassĂ©, elle a survĂ©cu en exploitant ses talents de danse. Un maĂźtre de danse l'accueille, perfectionne son art, puis la lance dans le patriarcat corrompu de Rome. Finalement, on l'a amenĂ©e en Palestine, et son nouveau maĂźtre l'a conduite Ă HĂ©bron oĂč elle dĂ©couvre qui est JĂ©sus.
Elle fuit un peu plus tard et retrouve JĂ©sus Ă la Belle-Eau. C'est la femme voilĂ©e. Mais bientĂŽt, on s'en prend au MaĂźtre. Il doit s'en aller, et AglaĂ©, de son cĂŽtĂ©, l'attend, sauf qu'elle est repĂ©rĂ©e par des pharisiens. Elle s'en va en consĂ©quence Ă Nazareth mais la Vierge n'est alors pas prĂ©sente. Alors elle va Ă CapharnaĂŒm, oĂč on lui propose d'ĂȘtre l'amante du Christ, et elle n'ose pas se reprĂ©senter au Seigneur de cette façon. La jeune femme va Ă Nazareth et lui avoue tout.
Marie est bouleversée par son récit, mais elle lui assure que tout commence pour cette ùme repentie et l'accueille dans sa maison. La Vierge lui assure par ailleurs le pardon du Christ et dit qu'elle la confiera à une famille amie. En attendant, Aglaé logera à Nazareth.
EMV 168.1-10 · Tome 3, p. 65-76
168.1 Marie travaille paisiblement sur une toile. Câest le soir. Toutes les portes sont fermĂ©es, une lampe Ă trois becs Ă©claire la petite piĂšce de Nazareth et plus particuliĂšrement la table auprĂšs de laquelle la Vierge est assise. La toile â câest peut-ĂȘtre un drap â retombe du coffre et de ses genoux jusquâĂ terre et Marie, vĂȘtue de bleu foncĂ©, paraĂźt Ă©merger dâun tas de neige. Elle est seule. Elle coud avec agilitĂ©, la tĂȘte penchĂ©e sur son ouvrage, et la lumiĂšre Ă©claire le haut de sa tĂȘte en y produisant des reflets dâor pĂąle. Le reste du visage est dans la pĂ©nombre.
Dans la piĂšce bien rangĂ©e rĂšgne le plus grand silence. Il ne vient mĂȘme aucun bruit de la rue, dĂ©serte pendant la nuit, et pas plus du jardin. La lourde porte qui, de la piĂšce oĂč Marie travaille â celle oĂč elle a lâhabitude de prendre ses repas et de recevoir ses amis â, conduit au jardin, est fermĂ©e et fait mĂȘme obstacle au bruit de la fontaine qui jaillit dans le bassin. Je voudrais bien savoir Ă quoi peut penser la Vierge pendant que ses mains sâactivent sur sa coutureâŠ
On frappe discrĂštement Ă la porte qui donne sur la rue. Marie lĂšve la tĂȘte, Ă©coute⊠Le coup a Ă©tĂ© si lĂ©ger que Marie doit penser quâil est le fait de quelque animal nocturne ou dâun peu de vent qui a secouĂ© la porte, et elle penche de nouveau la tĂȘte sur son travail. Mais on frappe plus distinctement. Marie se lĂšve et se dirige vers la porte. Avant dâouvrir, elle demande :
« Qui frappe ? »
Une voix faible répond :
« Une femme. Au nom de Jésus, ouvre-moi. »
Marie ouvre aussitĂŽt, en tenant haut la lampe pour distinguer qui est cette pĂšlerine. Elle voit un amas dâĂ©toffe, un enchevĂȘtrement dont rien ne transparaĂźt, un pauvre enchevĂȘtrement qui sâincline profondĂ©ment en disant :
« Salut, Maßtresse. »
Et elle répÚte :
« Au nom de Jésus, aie pitié de moi.
â Entre et dis-moi ce que tu veux. Je ne te connais pas.
â Personne ne me connaĂźt et beaucoup me connaissent, MaĂźtresse. Le vice me connaĂźt. La saintetĂ© elle aussi me connaĂźt. Mais jâai besoin que la misĂ©ricorde mâouvre les bras. Or la misĂ©ricorde, câest toi⊠»
Elle pleure.
« Mais entre donc⊠et dis-moi⊠Tu en as assez dit pour que je comprenne que tu es malheureuse⊠Mais qui tu es, je ne le sais toujours pas. Quel est ton nom, ma sĆur ?
â Ah non ! Pas â ma sĆur â ! Je ne puis ĂȘtre ta sĆur⊠Tu es la MĂšre du Bien⊠moi⊠moi je suis le mal⊠»
Elle redouble de larmes sous son manteau qui la cache entiĂšrement.
Marie pose la lampe sur un siĂšge, prend la main de lâinconnue agenouillĂ©e sur le seuil, et lâoblige Ă se lever.
168.2 Marie ne la connaĂźt pas⊠moi, si : câest la femme voilĂ©e de la Belle Eau.
Elle se lÚve, humble, tremblante, secouée de sanglots, mais hésite encore à entrer :
« Je suis paĂŻenne, MaĂźtresse. Pour vous, les juifs, autant dire une ordure, mĂȘme si jâĂ©tais sainte. Mais une ordure Ă double titre, parce que je suis une prostituĂ©e.
â Si tu viens Ă moi, si tu cherches mon Fils Ă travers moi, tu ne peux plus ĂȘtre quâun cĆur qui se repent. Cette maison accueille tout ce qui sâappelle douleur. »
Et elle lâattire Ă lâintĂ©rieur, referme la porte, remet la lampe sur la table et lui offre un siĂšge en disant :
« Parle. »
Mais la femme voilĂ©e ne veut pas sâasseoir ; lĂ©gĂšrement inclinĂ©e, elle continue Ă pleurer. Marie, douce et majestueuse, se tient devant elle. Elle attend, en priant, que son chagrin sâapaise. Je la vois qui prie Ă toute son attitude, bien que rien en elle ne rĂ©vĂšle quâelle prie. Ni ses mains, qui tiennent toujours la petite main de la femme voilĂ©e, ni ses lĂšvres closes.
Enfin, les pleurs se calment. La femme voilĂ©e sâessuie le visage de son voile, puis dit :
« Mais je ne suis pas venue de si loin pour rester inconnue. Câest lâheure de ma rĂ©demption et je dois me rĂ©vĂ©ler pour⊠pour te montrer de combien de plaies mon cĆur est couvert⊠Or⊠tu es une mĂšre⊠sa MĂšre⊠par consĂ©quent tu auras pitiĂ© de moi.
â Oui, ma fille.
â Oh, oui ! Appelle-moi â ma fille â ! Jâavais une mĂšre⊠mais je lâai abandonnĂ©e⊠On mâa appris par la suite quâelle en Ă©tait morte de chagrin⊠Jâavais un pĂšre⊠il mâa maudite, et il disait aux gens de la ville : â Je nâai plus de fille. â »
Une violente crise de larmes la saisit. Marie est peinĂ©e jusquâĂ en pĂąlir. Mais elle lui pose une main sur la tĂȘte pour la rĂ©conforter. La femme voilĂ©e reprend :
« Je nâaurai plus personne qui mâappelle â ma fille â ! Oui, comme ça, caresse-moi comme ça, comme ma mĂšre le faisait⊠quand jâĂ©tais pure et bonne⊠Laisse-moi tâembrasser la main et mâen servir pour essuyer mes larmes. Elles seules ne me lavent pas. Comme jâai pleurĂ© depuis que jâai compris ! Certes, jâavais aussi pleurĂ© auparavant, car câest horrible de nâĂȘtre quâune chair vendue, insultĂ©e par lâhomme. Mais ce nâĂ©taient que les plaintes dâun animal brutalisĂ© qui hait et se rĂ©volte contre celui qui le torture et le souille toujours plus⊠je changeais de maĂźtre, mais câĂ©tait toujours la mĂȘme bestialité⊠Cela fait huit mois que je pleure⊠parce que jâai compris⊠Jâai compris ma misĂšre, ma pourriture. Jâen suis couverte et cela me donne la nausĂ©e⊠Mais mes larmes ont beau ĂȘtre toujours plus conscientes, elles ne me lavent pas. Elles se mĂȘlent Ă ma pourriture, mais ne lâenlĂšvent pas. Oh ! MĂšre, essuie-moi de ces larmes, et je serai purifiĂ©e, je pourrai mâapprocher de mon Sauveur !
â Oui, ma fille, oui. Assieds-toi lĂ , avec moi, et parle en paix. DĂ©pose tout ton fardeau ici, sur mes genoux de MĂšre. »
Marie sâassied.
168.3 Mais la femme voilée glisse à ses pieds et veut parler dans cette position. Elle commence doucement :
« Je suis de Syracuse⊠Jâai vingt-six ans⊠JâĂ©tais la fille dâun intendant, comme vous dites, ou â dans notre vocabulaire â du procurateur dâun grand seigneur romain. JâĂ©tais fille unique. Je vivais heureuse. Nous habitions prĂšs de la plage dans la magnifique villa dont mon pĂšre Ă©tait lâintendant. De temps Ă autre, le maĂźtre de maison venait, ou bien sa femme, ses enfants⊠Ils nous traitaient bien et se montraient gentils avec moi. Les petites filles jouaient avec moi⊠Ma mĂšre Ă©tait heureuse⊠Elle Ă©tait fiĂšre de moi. JâĂ©tais belle⊠jâĂ©tais intelligente⊠tout me rĂ©ussissait facilement⊠Mais je prĂ©fĂ©rais les choses frivoles aux bonnes. A Syracuse, il y a un grand théùtre. Un grand théùtre, beau, vaste⊠Il sert aux jeux et Ă la comĂ©die. Dans les comĂ©dies et les tragĂ©dies quâon y donne, on se sert beaucoup de mimes. Ils soulignent par leurs danses muettes la signification du chĆur. Tu ne sais pas⊠mais les mains, les mouvements du corps peuvent exprimer les sentiments de lâhomme agitĂ© par quelque passion⊠Dans un gymnase spĂ©cial, on enseignait Ă des adolescents et Ă des jeunes filles le mĂ©tier de mime. Ils doivent ĂȘtre beaux comme des dieux et agiles comme des papillons⊠Jâaimais beaucoup monter sur une espĂšce de hauteur qui dominait cet endroit et regarder les danses des mimes. Je les reproduisais ensuite sur les prĂ©s fleuris, sur le sable blond de ma terre, dans le jardin de la villa. Je ressemblais Ă une statue artistique, ou bien Ă un vent qui survole, tant je savais me fixer dans des poses de statue ou voler en touchant Ă peine le sol. Mes riches amies mâadmiraient⊠et maman en Ă©tait fiĂšre⊠»
La femme voilée parle, se souvient, revoit le passé et pleure. Ses paroles sont ponctuées de sanglots.
« Un jour â câĂ©tait au mois de mai â, Syracuse Ă©tait toute en fleurs. Les fĂȘtes Ă©taient terminĂ©es depuis peu et, moi, jâavais Ă©tĂ© enthousiasmĂ©e par une danse exĂ©cutĂ©e au théùtre⊠Ce sont les maĂźtres qui mây avaient emmenĂ©e, avec leurs filles. Jâavais quatorze ans⊠Dans cette danse, les mimes devaient reprĂ©senter les nymphes du printemps accourant pour adorer CĂ©rĂšs ; elles dansaient couronnĂ©es de roses, revĂȘtues de roses⊠seulement de roses, car leur vĂȘtement Ă©tait un voile des plus lĂ©gers, un filet de fil dâaraignĂ©e sur lequel les roses Ă©taient Ă©parses⊠La lĂ©gĂšretĂ© avec laquelle elles dansaient Ă©tait telle quâelles ressemblaient Ă des HĂ©bĂ© ailĂ©es. Leur corps splendide transparaissait Ă travers les Ă©charpes de voile fleuri qui, dĂ©nouĂ©es, formaient des ailes derriĂšre elles. Jâai Ă©tudiĂ© la danse⊠et un jour⊠un jour⊠»
168.4 La femme voilée pleure encore plus fort, puis elle se reprend.
« JâĂ©tais belle. Je le suis encore. Regarde. »
Elle se dresse debout, rejette rapidement son voile en arriĂšre et laisse retomber son manteau. Je suis Ă©bahie, parce que je vois surgir, des Ă©toffes quâelle a repoussĂ©es, AglaĂ©, trĂšs belle dans son vĂȘtement modeste, coiffĂ©e trĂšs simplement avec des tresses, sans bijoux, sans Ă©toffes de prix, une vraie fleur de chair, svelte et pourtant parfaite, avec un trĂšs beau visage brun clair et des yeux veloutĂ©s mais pleins de feu.
Elle revient sâagenouiller devant Marie :
« Pour mon malheur, jâĂ©tais belle, et jâĂ©tais folle. Ce jour-lĂ , je me revĂȘtis de voiles. Les filles de mon maĂźtre, qui aimaient me voir danser, mây aidĂšrent. Je mâhabillai dans un coin de la plage blonde, face Ă la mer bleue. Sur la plage, dĂ©serte Ă cet endroit, il y avait des fleurs sauvages blanches et jaunes au parfum pĂ©nĂ©trant dâamandier, de vanille, de chair Ă peine pure. Des agrumes Ă©manaient des bouffĂ©es de senteurs capiteuses, les roses de Syracuse embaumaient, de mĂȘme que la mer et le sable ; le soleil faisait exhaler des odeurs de toutes choses⊠Un vague sentiment de panique me montait Ă la tĂȘte. Je me sentais nymphe, moi aussi, et jâadorais⊠quoi ? La terre fertile ? Le soleil qui la fĂ©conde ? Je ne sais. PaĂŻenne parmi les paĂŻens, je crois que jâadorais la SensualitĂ©, cette reine despotique, que je ne pensais pas avoir en moi, mais qui Ă©tait plus puissante quâun dieu⊠Je me suis couronnĂ©e de roses que jâavais prises dans le jardin, et jâai dansĂ©, dansé⊠JâĂ©tais ivre de lumiĂšre, de parfums, ivre du plaisir dâĂȘtre jeune, agile et belle. Je dansais⊠et on mâa vue. Jâai remarquĂ© quâon me regardait. Mais je nâai pas eu honte de me montrer nue aux yeux avides dâun homme. Au contraire, je me complaisais Ă parfaire mes sauts⊠Le plaisir dâĂȘtre admirĂ©e me donnait vraiment des ailes⊠Et ce fut ma ruine. Trois jours plus tard, je demeurai seule parce que les maĂźtres de maison avaient regagnĂ© leur demeure patricienne de Rome. Mais je ne suis pas restĂ©e Ă la maison⊠Ces deux yeux admirateurs mâavaient rĂ©vĂ©lĂ© autre chose que la danse⊠Ils mâavaient rĂ©vĂ©lĂ© la sensualitĂ© et le sexe. »
Marie a un geste de dĂ©goĂ»t involontaire quâAglaĂ© remarque.
« Oh, mais tu es pure, et je dois te paraßtre répugnante.
â Parle, parle, ma fille. Il vaut mieux que ce soit Ă Marie quâĂ lui. Marie, câest la mer qui lave.
â Oui, il vaut mieux que ce soit Ă toi, câest aussi ce que je me suis dit quand jâai su quâil avait une MĂšre⊠Car, au premier abord, en le voyant si diffĂ©rent de tout autre homme, le seul Ă ĂȘtre tout esprit â maintenant je sais que lâesprit existe et ce que câest â, je nâaurais su dire de quoi Ă©tait fait ton Fils pour ĂȘtre ainsi pur de toute sensualitĂ© bien qu'Ă©tant un homme, et je mâimaginais quâil nâavais pas de mĂšre, mais quâil Ă©tait descendu comme cela sur terre, pour sauver les horribles misĂšres dont je suis la plus grandeâŠ
168.5 Je revenais chaque jour Ă cet endroit dans lâespoir de revoir cet homme jeune, brun, beau⊠De fait, aprĂšs quelque temps, je le revis. Il me parla. Il me dit : â Viens Ă Rome avec moi. Je tâamĂšnerai Ă la cour impĂ©riale, tu seras la perle de Rome. â Je rĂ©pondis : â Oui, je serai ta fidĂšle Ă©pouse. Viens chez mon pĂšre. â Il se mit Ă rire dâun air moqueur et me donna un baiser. Il prĂ©cisa : â Pas mon Ă©pouse, mais ma dĂ©esse. Je serai ton prĂȘtre, et je te rĂ©vĂ©lerai les secrets de la vie et du plaisir. â JâĂ©tais folle, jâĂ©tais jeune. MalgrĂ© tout, je nâignorais pas les rĂ©alitĂ©s de la vie⊠JâĂ©tais rusĂ©e. JâĂ©tais folle, mais pas encore dĂ©pravĂ©e⊠et sa proposition mâa dĂ©goĂ»tĂ©e. Je mâĂ©chappai de ses bras et courus Ă la maison. Mais je nâai rien dit Ă ma mĂšre⊠et je nâai pas su rĂ©sister Ă la tentation de le revoir. Ses baisers mâavaient rendue encore plus folle⊠et jây suis retournĂ©e. JâĂ©tais Ă peine revenue sur cette plage solitaire que dĂ©jĂ il mâembrassait, me donnant des baisers avec frĂ©nĂ©sie, une vraie pluie de baisers, de mots dâamour, de questions : â Est-ce que tout nâest pas dans cet amour ? Nâest-ce pas plus doux que les liens du mariage ? Que veux-tu dâautre ? Peux-tu vivre sans cela ? â
Oh, MĂšre ! Le soir mĂȘme, je me suis enfuie avec ce patricien dĂ©goĂ»tant⊠Et je fus une vraie loque piĂ©tinĂ©e par sa bestialité⊠Pas une dĂ©esse, mais de la boue. Pas une perle, mais du fumier. Ce nâest pas la vie quâil mâa rĂ©vĂ©lĂ©e, mais lâordure de la vie, lâinfamie, le dĂ©goĂ»t, la souffrance, la honte, lâinfinie misĂšre de ne mĂȘme plus mâappartenir. Et puis⊠ce fut la chute complĂšte. AprĂšs six mois dâorgie, fatiguĂ© de moi, il est passĂ© Ă de nouvelles amours et je me suis retrouvĂ©e Ă la rue. Jâutilisai alors mes talents de danseuse⊠Je savais dĂ©sormais que ma mĂšre Ă©tait morte de chagrin et que je nâavais plus de maison, plus de pĂšre⊠Un maĂźtre de danse mâaccueillit dans son gymnase. Il me fit faire des progrĂšs⊠mâexploita⊠et me lança comme une fleur au courant de tous les arts sensuels au milieu du patriciat corrompu de Rome. DĂ©jĂ souillĂ©e, la fleur tomba dans un Ă©gout. Ce furent dix annĂ©es de descente Ă lâabĂźme, toujours plus bas. Puis on mâamena ici pour charmer les loisirs dâHĂ©rode, et je fus prise par un nouveau maĂźtre. Ah ! Il nâest pas de chien enchaĂźnĂ© qui le soit plus que nous ! Et il nây a pas de dresseur de chiens qui soit plus brutal que lâhomme qui possĂšde une femme ! MĂšre⊠tu trembles ! Je te fais horreur ! »
Marie a portĂ© la main Ă son cĆur comme si elle avait reçu un coup. Mais elle rĂ©pond :
« Non, pas toi. Ce qui me fait horreur, câest le Mal qui domine tellement la terre. Continue, ma pauvre enfant.
â Il mâa amenĂ©e Ă HĂ©bron⊠Est-ce que jâĂ©tais libre ? Est-ce que jâĂ©tais riche ? Oui, puisque je nâĂ©tais pas en prison et que jâĂ©tais couverte de bijoux. Non, car je ne pouvais voir que ceux quâil voulait, lui, et je nâavais plus aucun droit sur moi-mĂȘme.
168.6 Un jour, un homme vint Ă HĂ©bron : lâHomme, ton Fils. Cette maison lui Ă©tait chĂšre. Je le savais et je lâinvitai Ă entrer. ShammaĂŻ nâĂ©tait pas là ⊠par la fenĂȘtre, jâavais dĂ©jĂ entendu ses paroles et vu une personne qui mâavait bouleversĂ©e. Mais je te le jure, MĂšre, ce nâest pas la chair qui mâa poussĂ©e vers ton JĂ©sus. Câest ce quâil mâa rĂ©vĂ©lĂ© qui mâa guidĂ©e sur le seuil de la porte, au mĂ©pris des plaisanteries des gens, pour lui dire : â Entre. â Ce fut mon Ăąme, dont jâappris alors lâexistence. Il me dit : â Mon nom signifie Sauveur. Je sauve ceux qui ont un rĂ©el dĂ©sir dâĂȘtre sauvĂ©s. Je sauve en enseignant Ă ĂȘtre pur, Ă vouloir rechercher lâhonneur, le bien Ă tout prix, quitte Ă en souffrir. Je suis celui qui vient chercher ceux qui Ă©taient perdus, celui qui donne la vie. Je suis PuretĂ© et VĂ©ritĂ©. â Il mâa encore appris que je possĂ©dais moi aussi une Ăąme et que je lâavais tuĂ©e par ma maniĂšre de vivre. Mais il ne mâa pas maudite, il ne sâest pas moquĂ© de moi. Pas une fois il ne mâa regardĂ©e ! Câest le premier homme Ă ne pas mâavoir dĂ©visagĂ©e dâun regard avide, car jâai la terrible malĂ©diction dâattirer les hommes⊠Il mâa dit que qui le cherche le trouve, parce quâil se trouve lĂ oĂč on a besoin dâun mĂ©decin et de remĂšdes. Puis il est parti. Mais ses paroles sont restĂ©es en moi, et elles nâen sont plus sorties. Je me disais : â Son nom signifie Sauveur â, comme pour commencer Ă guĂ©rir. Ses paroles mâĂ©taient restĂ©es, ainsi que ses amis les bergers. Et je fis mon premier pas pour leur apporter mon obole et demander leur priĂšre⊠AprĂšs quoi⊠je me suis enfuieâŠ
Ah, quelle sainte fugue ! Jâai fui le pĂ©chĂ©, Ă la recherche du Sauveur. Je suis allĂ©e le chercher, certaine de le trouver puisquâil me lâavait promis. On mâa envoyĂ©e auprĂšs dâun homme du nom de Jean en me disant que câĂ©tait lui. Mais ce nâĂ©tait pas lui. Un juif me dirigea vers la Belle Eau. Je vivais grĂące Ă la vente de lâor que jâavais en grande quantitĂ©. Pendant les mois oĂč jâĂ©tais Ă sa recherche, jâavais dĂ» me couvrir le visage pour ne pas risquer dâĂȘtre reprise et parce que, rĂ©ellement, AglaĂ© Ă©tait ensevelie sous ce voile. Lâancienne AglaĂ© Ă©tait morte. Il y avait sous ce voile son Ăąme blessĂ©e et exsangue qui cherchait son mĂ©decin. Il mâa fallu bien des fois Ă©chapper Ă la sensualitĂ© des hommes qui me poursuivaient, bien que je sois camouflĂ©e sous ce vĂȘtement. MĂȘme un des amis de ton FilsâŠ
168.7 Je vivais Ă la Belle Eau comme une bĂȘte, pauvre mais heureuse. Les averses et le fleuve mâont moins purifiĂ©e que ses paroles. Ah, je nâen ai perdu aucune ! Une fois, il a pardonnĂ© Ă un assassin. Jâavais entendu, et jâai failli lui dire : â Pardonne-moi, Ă moi aussi. â Une autre fois, il a parlĂ© de lâinnocence perdue⊠Ah ! Quels pleurs de remords ! Ou encore il a guĂ©ri un lĂ©preux⊠et je fus sur le point de crier : â Purifie-moi de mon pĂ©ché⊠â Il a aussi guĂ©ri un fou, or câĂ©tait un Romain⊠jâai pleuré⊠et il me fit dire que les patries passent, mais que le Ciel reste. Un soir de tempĂȘte, il mâaccueillit dans la maison⊠puis il me fit trouver un logement par le rĂ©gisseur⊠et il me fit dire par lâentremise dâun enfant : â Ne pleure pas â⊠Oh ! sa bontĂ© ! oh ! ma misĂšre ! Elles Ă©taient toutes deux si grandes que je nâosais pas porter ma misĂšre Ă ses pieds⊠bien que lâun de ses disciples mâait instruite, une nuit, sur lâinfinie misĂ©ricorde de ton Fils. Par la suite, il fut exposĂ© aux piĂšges de ceux qui voyaient un pĂ©chĂ© dans le dĂ©sir quâavait une Ăąme de renaĂźtre. Mon sauveur est parti⊠et moi, je lâai attendu⊠de mĂȘme que mâattendait la vengeance de gens plus indignes que moi de le regarder. Car, moi, câest en tant que paĂŻenne que jâai pĂ©chĂ© contre moi-mĂȘme, alors quâeux ont pĂ©chĂ© contre le Fils de Dieu, bien que connaissant Dieu. Ils mâont frappĂ©e, et leur accusation mâa blessĂ©e plus que les pierres, mon Ăąme poussĂ©e au dĂ©sespoir a Ă©tĂ© blessĂ©e plus que mon corps.
Ah ! Quelle terrible lutte contre moi-mĂȘme ! DĂ©chirĂ©e, en sang, blessĂ©e, fiĂ©vreuse, privĂ©e de mon MĂ©decin, sans toit ni pain, jâai regardĂ© en arriĂšre, devant moi⊠Le passĂ© me conseillait : â Reviens â, le prĂ©sent me soufflait : â Tue-toi â, le futur mâexhortait : â EspĂšre. â Jâai espĂ©rĂ©. Je ne me suis pas suicidĂ©e. Je le ferais si, lui, il me chassait, car je ne veux plus ĂȘtre celle que jâĂ©tais. Je me suis traĂźnĂ©e jusquâĂ un village pour y demander un abri. Mais jây ai Ă©tĂ© reconnue. Comme une bĂȘte, jâai dĂ» fuir çà et lĂ , toujours poursuivie, toujours mĂ©prisĂ©e, toujours maudite parce que je voulais ĂȘtre honnĂȘte et que jâavais déçu ceux qui voulaient frapper ton Fils par mon intermĂ©diaire. Jâai suivi le fleuve pour remonter jusquâen GalilĂ©e, et je suis venue ici. Mais tu Ă©tais absente⊠Je suis alors allĂ©e Ă CapharnaĂŒm. Mais tu venais dâen partir. Un vieillard mâa vue, un de ses ennemis, et il mâa fait un texte dâaccusation contre lui, ton Fils. Et comme je pleurais sans rĂ©agir, il mâa dit⊠il mâa dit⊠: â Tout pourrait changer pour toi si tu acceptais dâĂȘtre ma maĂźtresse et ma complice pour accuser le Rabbi de Nazareth. Il suffit que tu dises devant mes amis quâil Ă©tait ton amant⊠â Je me suis enfuie comme si jâavais vu grouiller un nĆud de vipĂšres sous un buissons de fleurs.
168.8 Jâai compris de cette façon que je ne pouvais aller Ă ses pieds⊠si bien que je viens aux tiens. PiĂ©tine-moi donc, je ne suis que de la boue. Chasse-moi, je suis la pĂ©cheresse. Donne-moi mon nom : prostituĂ©e. Jâaccepterai tout de toi, mais aie pitiĂ© de moi, MĂšre. Prends ma pauvre Ăąme souillĂ©e et porte-la lui. Câest un pĂ©chĂ© que de remettre entre tes mains ma luxure. Mais il nây a que lĂ quâelle sera protĂ©gĂ©e du monde, qui la rĂ©clame, et quâelle deviendra pĂ©nitence. Dis-moi comment faire. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi quels moyens je dois mettre en Ćuvre pour nâĂȘtre plus AglaĂ©. Que dois-je mutiler en moi ? Quâest-ce que je dois mâarracher pour nâĂȘtre plus pĂ©chĂ©, plus sĂ©duction, pour ne plus rien avoir Ă craindre de moi-mĂȘme et de lâhomme ? Dois-je mâarracher les yeux ? Dois-je me brĂ»ler les lĂšvres ? Dois-je me couper la langue ? Mes yeux, mes lĂšvres, ma langue mâont servi Ă faire le mal. Je ne veux plus du mal et je suis disposĂ©e Ă me punir et Ă les punir en les sacrifiant. Ou bien veux-tu que je mâarrache ces reins avides qui mâont poussĂ©e Ă des amours dĂ©pravĂ©es ? Ces entrailles insatiables dont je crains toujours le rĂ©veil ? Dis-moi, dis-moi comment on sây prend pour oublier quâon est femme et pour faire oublier quâon est femme ! »
Marie est bouleversĂ©e. Elle pleure, elle souffre, mais les seuls signes de sa douleur, ce sont les larmes qui tombent sur la reÂpentie.
« Je veux mourir pardonnĂ©e. Je veux mourir sans autre souvenir que mon Sauveur. Je veux mourir avec sa sagesse pour amie⊠et je ne peux plus lâapprocher car le monde nous guette, lui et moi, pour nous accuser⊠»
Tombée à terre comme une vraie loque, Aglaé pleure.
168.9 Presque haletante, Marie se lĂšve en murmurant :
« Comme il est difficile dâĂȘtre rĂ©dempteurs ! »
Aglaé, qui entend ce murmure et voit sa réaction, gémit :
« Tu vois ? Tu vois quâĂ toi aussi jâinspire le dĂ©goĂ»t ? Maintenant, je mâen vais. Câen est fini pour moi !
â Non, ma fille. Non, ce nâest pas fini. Pour toi maintenant, tout commence. Ecoute, pauvre Ăąme. Ce nâest pas pour toi que je gĂ©mis, mais pour le monde cruel. Non seulement je ne te laisse pas partir, mais je te recueille, pauvre hirondelle que la bourrasque a abattue contre mes murs. Je tâamĂšnerai Ă JĂ©sus et, lui, il tâindiquera le chemin de la rĂ©demptionâŠ
â Je nâai plus dâespoir⊠Le monde a raison. Je ne peux ĂȘtre pardonnĂ©e.
â Par le monde, non. Mais par Dieu, oui. Laisse-moi te parler au nom du suprĂȘme Amour qui mâa donnĂ© un Fils pour que je le donne au monde. Il mâa sortie de la bienheureuse ignorance de ma virginitĂ© consacrĂ©e pour que le monde obtienne le pardon. Il a pris mon sang non de lâenfantement, mais de mon cĆur en me rĂ©vĂ©lant que mon Fils est la grande victime. Regarde-moi, ma fille. Il y a dans ce cĆur une grande blessure. Elle gĂ©mit depuis trente ans et plus. Elle ne cesse de sâĂ©largir et me consume. Sais-tu quel nom, elle a ?
â Douleur ?
â Non. Amour. Et câest cet amour qui me saigne pour que le Fils ne soit pas seul Ă opĂ©rer le salut. Câest lâamour qui met en moi un feu pour que je purifie ceux qui nâosent pas aller vers mon Fils. Câest lâamour qui suscite en moi les larmes par lesquelles je lave les pĂ©cheurs. Tu voulais mes caresses. Je te donne mes larmes qui dĂ©jĂ te purifient pour que tu puisses regarder mon Seigneur. Ne pleure pas ainsi. Tu nâes pas la seule pĂ©cheresse qui vient au Seigneur et repart rachetĂ©e. Il y en a eu dâautres, et il y en aura dâautres.
Doutes-tu quâil puisse te pardonner ? Mais ne vois-tu pas en tout ce qui tâest arrivĂ© une mystĂ©rieuse volontĂ© de la bontĂ© divine ? Qui tâa amenĂ©e en JudĂ©e ? Qui tâa conduite dans la maison de Jean ? Qui tâa mise Ă la fenĂȘtre ce matin-lĂ ? Qui a allumĂ© une lumiĂšre pour toi pour Ă©clairer ses paroles ? Qui tâa donnĂ© la capacitĂ© de comprendre que la charitĂ©, unie Ă la priĂšre de celui qui reçoit un bienfait, obtient lâaide de Dieu ? Qui tâa donnĂ© la force de tâenfuir de la maison de ShammaĂŻ et de persĂ©vĂ©rer les premiers jours jusquâĂ lâarrivĂ©e de mon Fils ? Qui tâa mise sur son chemin ? Qui tâa rendue capable de vivre en pĂ©nitente pour purifier toujours plus ton Ăąme ? Qui tâa rendu lâĂąme dâune martyre, lâĂąme dâune croyante, une Ăąme persĂ©vĂ©rante, une Ăąme pure ?âŠ
Oui. Ne secoue pas la tĂȘte. Crois-tu quâil nây a de pur que celui qui nâa pas connu la sensualitĂ© ? Crois-tu que lâĂąme ne puisse plus jamais redevenir vierge et belle ? Oh, ma fille ! Mais entre ma puretĂ© qui est tout entiĂšre grĂące du Seigneur et ton hĂ©roĂŻque ascĂšse pour retourner vers le sommet de ta puretĂ© perdue, sois sĂ»re que câest la tienne qui est la plus grande. Câest toi qui la construis : contre la sensualitĂ©, le besoin et lâhabitude. Pour moi, câest un don naturel comme la respiration. Toi, tu dois tailler Ă vif dans ta pensĂ©e, tes affections, ta chair, pour ne pas te souvenir, pour ne pas dĂ©sirer, pour ne pas favoriser. Moi⊠Est-ce quâune petite enfant de quelques heures peut dĂ©sirer la chair ? Et a-t-elle le mĂ©rite de ne pas le faire ? Câest ce quâil en est pour moi. Jâignore ce quâest cette tragique faim qui a fait de lâhumanitĂ© une victime. Je ne connais que la trĂšs sainte faim de Dieu. Mais, toi, tu ne la connaissais pas, et câest par toi-mĂȘme que tu lâas apprise. Et lâautre faim, tragique et horrible, tu lâas domptĂ©e pour lâamour de Dieu, ton unique amour maintenant. Souris, fille de la misĂ©ricorde divine ! Mon Fils fait en toi ce quâil tâa dit Ă HĂ©bron. Il lâa dĂ©jĂ fait. Tu es dĂ©jĂ sauvĂ©e car tu as eu la volontĂ© sincĂšre de te sauver, parce que tu as appris la puretĂ©, la douleur, le bien. Ton Ăąme est revenue Ă la vie. Oui. Il te faut sa parole pour te dire au nom de Dieu : â Tu es pardonnĂ©e. â Moi, je ne peux la dire, mais je te donne mon baiser comme une promesse, comme un commencement de pardonâŠ
O Esprit Ă©ternel, un peu de toi est toujours en ta Marie ! Permets quâelle te rĂ©pande, Esprit sanctificateur, sur la crĂ©ature qui pleure et espĂšre. Au nom de notre Fils, ĂŽ Dieu dâamour, sauve celle qui attend de Dieu son salut. Que la grĂące dont lâange mâa dit que Dieu mâa comblĂ©e se pose miraculeusement sur cette femme et la soutienne, jusquâĂ ce que JĂ©sus, le Sauveur bĂ©ni, le PrĂȘtre suprĂȘme lâabsolve au nom du PĂšre, du Fils et de lâEspritâŠ
168.10 Il fait nuit, ma fille. Tu es fatiguĂ©e et brisĂ©e. Viens te reposer. Tu repartiras demain⊠Je tâenverrai dans une famille de gens honnĂȘtes, car il vient dĂ©sormais trop de monde ici. Et je te donnerai un vĂȘtement semblable au mien. On te prendra pour une juive. Je dois revoir mon Fils en JudĂ©e, car la PĂąque approche et Ă la nouvelle lune dâavril, nous serons Ă BĂ©thanie. Je lui parlerai alors de toi. Viens chez Simon le ZĂ©lote. Tu mây trouveras et je te conduirai Ă lui. »
AglaĂ© pleure encore, maintenant paisiblement. Elle sâest assise par terre. Marie aussi sâest assise de nouveau. AglaĂ© pose la tĂȘte sur les genoux de Marie et baise sa main⊠Puis, elle gĂ©mit :
« On va me reconnaĂźtreâŠ
â Oh non ! Nâaie pas peur. Ton vĂȘtement Ă©tait dĂ©sormais trop connu. Mais je te prĂ©parerai pour ce voyage que tu entreprends vers le Pardon. Et tu seras comme la vierge qui va Ă ses noces : diffĂ©rente et inconnue Ă travers la foule ignorante du rite. Viens. Jâai une petite chambre Ă cĂŽtĂ© de la mienne. Elle a abritĂ© des saints et des pĂšlerins dĂ©sireux dâaller vers Dieu. Elle tâabritera toi aussi. »
Aglaé veut reprendre son manteau et son voile.
« Laisse-les. Ce sont les habits de la pauvre AglaĂ© perdue. Elle nâexiste plus⊠et dâelle il ne doit mĂȘme pas rester ce vĂȘtement. Il a reçu trop de haine⊠et la haine blesse autant que le pĂ©chĂ©. »
Elles sortent dans le jardin obscur et entrent dans la petite chambre de Joseph. Marie allume la lampe posĂ©e sur une petite table, caresse encore la femme repentie, ferme la porte et avec sa triple flamme sâĂ©claire pour voir oĂč elle peut porter le manteau dĂ©chirĂ© dâAglaĂ© pour quâaucun visiteur ne le voie le lendemain.
Viens Ă la maison de Simon le ZĂ©lote. Tu m'y trouveras et je te conduirai Ă Lui : La rencontre Ă BĂ©thanie a lieu en EMV 200.1/5.ï»ż
EMV 168.2 · Tome 3, p. 66
â Si tu viens Ă moi, si tu cherches mon Fils Ă travers moi, tu ne peux plus ĂȘtre quâun cĆur qui se repent. Cette maison accueille tout ce qui sâappelle douleur.
La Vierge parle Ă une jeune femme qui est venue la trouver.
EMV 168.2 · Tome 3, p. 67
Assieds-toi là , avec moi, et parle en paix. Dépose tout ton fardeau ici, sur mes genoux de MÚre.
C'est la Vierge Marie qui parle.
EMV 168.4 · Tome 3, p. 69
Marie, câest la mer qui lave.
Conforme à la tradition qui depuis St JérÎme, interprÚte le mot Marie: mara étoile et jam mer.
A ne pas interpréter hors de son contexte : Marie n'absout pas les péchés, mais elle est la MÚre à qui on peut tout dire et qui nous lave par ses larmes.
EMV 168.6 · Tome 3, p. 71
â Mon nom signifie Sauveur. Je sauve ceux qui ont un rĂ©el dĂ©sir dâĂȘtre sauvĂ©s. Je sauve en enseignant Ă ĂȘtre pur, Ă vouloir rechercher lâhonneur, le bien Ă tout prix, quitte Ă en souffrir. Je suis celui qui vient chercher ceux qui Ă©taient perdus, celui qui donne la vie. Je suis PuretĂ© et VĂ©ritĂ©. â
Aglaé reformule ce que Jésus lui a dit, dans l'EMV 77.