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EMV 167.1-15 · Tome 3, p. 54-65

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

↗

Citation

167.1 AidĂ© par un batelier qui l’a accueilli dans sa petite embarcation, JĂ©sus dĂ©barque sur le ponton du jardin de Kouza. DĂ©jĂ , un jardinier l’a aperçu et accourt pour lui ouvrir la grille qui interdit aux Ă©trangers d’entrer dans la propriĂ©tĂ© du cĂŽtĂ© du lac. C’est une grande grille solide dissimulĂ©e par une haute haie touffue de lauriers et de buis Ă  l’extĂ©rieur, et de roses de toutes les couleurs Ă  l’intĂ©rieur, du cĂŽtĂ© de la maison. Ces superbes rosiers fleurissent les feuillages couleur bronze des lauriers et des buis, s’insinuent entre les ramilles, passent de l’autre cĂŽtĂ©, ou encore grimpent par-dessus cette barriĂšre de verdure pour faire retomber leur tignasse fleurie au-delĂ . A un seul endroit, Ă  la hauteur d’un sentier, la grille est dĂ©couverte, et c’est lĂ  qu’elle s’ouvre pour laisser passer ceux qui viennent du lac ou s’y rendent.

« Paix Ă  cette maison et Ă  toi, Joanna. OĂč est ta maĂźtresse ?

– LĂ -bas, avec ses amies. Je vais l’appeler. Elles t’attendent depuis trois jours par crainte d’arriver en retard. »

JĂ©sus sourit. Le serviteur court appeler Jeanne. En attendant, JĂ©sus marche lentement vers l’endroit que le serviteur lui a indiquĂ©, tout en admirant le superbe jardin, la splendide roseraie pourrait-on dire, que Kouza a fait planter pour sa femme. Dans cette anse du lac bien Ă  l’abri, de magnifiques roses prĂ©coces et de toutes couleurs, tailles et formes s’épanouissent dĂ©jĂ . Il y a bien d’autres plantes Ă  fleur, mais elles ne sont pas encore fleuries et elles occupent une place minime face Ă  la multitude des rosiers.

167.2 Jeanne accourt. Sans mĂȘme prendre le temps de poser sa corbeille Ă  moitiĂ© remplie de roses ni les ciseaux qu’elle tenait pour les couper, elle court, les bras tendus, svelte et gracieuse. Elle porte un riche vĂȘtement fait d’une fine laine d’un rose trĂšs tendre dont les plis sont maintenus par des broches et des fibules ornĂ©es de filigranes d’argent sur lesquels brillent de pĂąles grenats. Sur ses cheveux noirs et ondulĂ©s, un diadĂšme en forme de mitre, lui aussi en argent et ornĂ© de grenats, retient un voile de byssus trĂšs lĂ©ger, rose Ă©galement, qui retombe en arriĂšre et laisse dĂ©couvertes de petites oreilles qu’alourdissent des boucles semblables au diadĂšme.

Son visage est rieur, et, Ă  la base du cou – qu’elle a fin – brille un collier de mĂȘme facture que les autres parures prĂ©cieuses.

Elle laisse tomber sa corbeille aux pieds de JĂ©sus et s’agenouille au milieu des roses Ă©parses pour baiser son vĂȘtement.

« Paix à toi, Jeanne. Je suis venu.

– Et j’en suis heureuse. Elles aussi sont venues. Ah ! Maintenant j’ai l’impression d’avoir eu tort d’agir ainsi : comment ferez-vous pour vous entendre ? Elles sont vraiment paĂŻennes ! »

Jeanne est un peu agitée.

JĂ©sus sourit et lui pose la main sur la tĂȘte :

« N’aie pas peur. Nous nous entendrons trĂšs bien. Et tu as bien fait “ d’agir ainsi ”. Notre rencontre sera fleurie de bien comme ton jardin de roses. Maintenant, ramasse ces pauvres roses que tu as laissĂ©es tomber et allons voir tes amies.

– Il y a tellement de roses ! Je faisais cela pour passer le temps, et puis mes amies sont si
 si
 voluptueuses
 Elles aiment les fleurs comme si c’était
 je ne sais pas


– Mais je les aime moi aussi ! Tu vois que nous avons dĂ©jĂ  trouvĂ© un terrain d’entente entre elles et moi ! Allez, ramassons ces superbes roses
 », et JĂ©sus se baisse pour donner l’exemple.

« Non, pas toi, Seigneur ! Si c’est ce que tu veux, voici
 c’est fait. »

167.3 Ils se dirigent vers une tonnelle faite de tout un enchevĂȘtrement de roses de toutes les couleurs. Sur le seuil, trois Romaines sont aux aguets : Plautina, ValĂ©ria et Lydia. HĂ©sitantes, la premiĂšre et la derniĂšre restent Ă  leur place, alors que ValĂ©ria court et s’incline en disant :

« Salut, Sauveur de ma petite Fausta !

– Paix et lumiĂšre Ă  toi et Ă  tes amies. »

Ces derniùres s’inclinent sans mot dire.

Nous connaissons dĂ©jĂ  Plautina. Grande, imposante, avec de splendides yeux noirs un peu impĂ©rieux sous un front lisse et trĂšs blanc, le nez droit, parfait, une bouche aux lĂšvres un peu Ă©paisses, mais bien faite, le menton rond et en saillie, elle me rappelle certaines statues trĂšs belles d’impĂ©ratrices romaines. De grosses bagues brillent sur ses belles mains et de larges bracelets en or ornent ses bras, de vrais bras de statue, au poignet et au-dessus du coude, blanc rosĂ©, parfait, qui sort d’une manche courte drapĂ©e.

Lydia, au contraire, est blonde, plus fine et plus jeune. Sans avoir la beautĂ© imposante de Plautina, elle a toute la grĂące d’une trĂšs jeune femme. Et puisque nous sommes en domaine paĂŻen, on pourrait dire que, si Plautina ressemble Ă  la statue d’une impĂ©ratrice, Lydia pourrait ĂȘtre une Diane ou une nymphe Ă  l’aspect aimable et pudique.

ValĂ©ria, qui n’est plus dĂ©sespĂ©rĂ©e comme nous l’avons vue Ă  CĂ©sarĂ©e, apparaĂźt dans toute sa beautĂ© de jeune mĂšre ; elle a des formes pleines mais encore trĂšs juvĂ©niles, un regard serein de mĂšre heureuse d’allaiter et de voir grandir son enfant grĂące Ă  son lait. Le teint rose, les cheveux chĂątains, elle a un sourire paisible tout en douceur.

J’ai l’impression que ce sont des dames d’un rang infĂ©rieur Ă  Plautina, que, du regard, elles vĂ©nĂšrent comme une reine.

167.4 « Vous vous occupiez de fleurs ? Continuez donc. Nous pourrons parler tout aussi bien pendant que vous cueillez ces magnifiques Ɠuvres du CrĂ©ateur que sont les fleurs et que vous les disposez, avec cette habilitĂ© qui caractĂ©rise Rome, dans ces coupes prĂ©cieuses pour prolonger leur existence, hĂ©las trop brĂšve
 Si nous admirons ce bouton de rose qui esquisse Ă  peine le sourire de ses pĂ©tales d’un jaune rosĂ©, comment ne pas regretter de les voir mourir ? Ah ! Comme les juifs seraient Ă©tonnĂ©s de me l’en­tendre dire ! Mais c’est qu’en cette crĂ©ature qui s’épanouit, nous sentons un je-ne-sais-quoi qui vit. Et d’en voir la mort nous peine. Pourtant, la plante est plus sage que nous. Elle sait que, sur toute blessure de la tige que l’on taille, naĂźt un rejet qui donne une nouvelle rose. C’est lĂ  que notre esprit doit accueillir cet enseignement et faire, de l’amour quelque peu sensuel que nous avons pour une fleur, une invitation Ă  une pensĂ©e plus Ă©levĂ©e.

– Laquelle, MaĂźtre ? demande Plautina, qui Ă©coute avec attention et que sĂ©duit la pensĂ©e Ă©lĂ©gante du MaĂźtre juif.

– Celle-ci : tout comme une plante ne meurt pas tant que ses racines sont nourries par le sol et n’est pas entraĂźnĂ©e dans la mort par la mort de la tige, l’humanitĂ© ne meurt pas quand cesse la vie terrestre d’un ĂȘtre. Au contraire, de nouvelles fleurs ne cessent d’y bourgeonner. Et voici une pensĂ©e encore plus Ă©levĂ©e, capable de nous faire bĂ©nir le CrĂ©ateur : alors que la fleur une fois morte ne revit pas – et c’est bien triste ! –, l’homme endormi de son dernier sommeil n’est pas mort, il mĂšne une vie plus Ă©clatante en recevant par ce qu’il y a de meilleur en lui, vie Ă©ternelle et splendeur du CrĂ©ateur qui l’a formĂ©.

167.5 Par consĂ©quent, ValĂ©ria, si ta petite fille Ă©tait morte, tu n’aurais pas perdu ses caresses pour autant. Les baisers de ton enfant, sĂ©parĂ©e mais pas oublieuse de ton amour, se seraient toujours dĂ©posĂ©s sur ton Ăąme. Vois-tu comme il est doux d’avoir foi en la vie Ă©ternelle ? OĂč est ta fille en ce moment ?

– Dans ce berceau couvert. Je ne m’en Ă©tais jamais sĂ©parĂ©e auparavant, car mon amour pour mon Ă©poux et mon amour pour ma fille Ă©taient les deux buts de mon existence. Mais maintenant que je sais ce que c’est de la voir mourir, je ne l’abandonne pas un seul instant. »

JĂ©sus se dirige vers un siĂšge sur lequel est posĂ© une sorte de petit berceau en bois, recouvert entiĂšrement d’une riche couverture. Il la dĂ©couvre et regarde la petite fille qui dort et que l’air plus vif rĂ©veille doucement. Elle ouvre des yeux Ă©tonnĂ©s, sa bouche esquisse un sourire d’ange et ses menottes, qui Ă©taient fermĂ©es, s’ouvrent pour essayer d’attraper les cheveux ondulĂ©s de JĂ©sus pendant qu’un babil de moineau marque la progression de sa pensĂ©e. Enfin, elle crie ce grand mot universel :

« Maman !

– Prends-la, prends-la, dit JĂ©sus, qui s’écarte pour permettre Ă  ValĂ©ria de se pencher sur le berceau.

– Mais elle va t’ennuyer ! Je vais appeler une esclave et la faire conduire dans le jardin.

– M’ennuyer ? Oh non ! Les enfants ne m’ennuient jamais. Ce sont toujours mes amis.

– Tu as des enfants ou des neveux, MaĂźtre ? demande Plautina, qui observe avec quels sourires JĂ©sus essaie de faire rire l’enfant.

– Je n’ai ni enfant ni neveu, mais j’aime les enfants comme j’aime les fleurs, parce qu’ils sont purs et sans malice. Et mĂȘme, femme, donne-moi ta petite fille. Il m’est si doux de serrer sur mon cƓur un petit ange ! »

Sur ce, il s’assied avec l’enfant qui l’observe et lui dĂ©peigne la barbe, puis trouve plus intĂ©ressant de s’amuser avec les franges de son manteau et le cordon de son vĂȘtement auxquels elle adresse un long et mystĂ©rieux discours.

167.6 Plautina dit :

« Notre amie est bonne et sage, et c’est l’une des rares Ă  ne pas nous mĂ©priser et Ă  ne pas ĂȘtre corrompue par notre frĂ©quentation ; elle t’aura sĂ»rement dit que nous avons dĂ©sirĂ© te voir et t’entendre pour te juger d’aprĂšs ce que tu es. Car Rome ne croit pas aux fables
 pourquoi souris-tu, MaĂźtre ?

– Je te le dirai plus tard. Continue.

– 
 car Rome ne croit pas aux fables et elle veut juger avec science et conscience avant de condamner ou d’exalter. Ton peuple t’exalte et te calomnie Ă  Ă©gale mesure. Tes actes porteraient Ă  t’exalter, mais les paroles de nombreux juifs te font considĂ©rer comme guĂšre moins qu’un dĂ©linquant. Tes paroles sont solennelles et sages comme celles d’un philosophe. Or Rome apprĂ©cie grandement les doctrines philosophiques et
 je dois le reconnaĂźtre, nos philosophes actuels n’ont pas de doctrine satisfaisante, en particulier parce que leur maniĂšre de vivre n’y correspond pas.

– Ils ne peuvent avoir une maniùre de vivre conforme à leur enseignement.

– Parce qu’ils sont païens, n’est-ce pas ?

– Non, parce qu’ils sont athĂ©es.

– AthĂ©es ? Ils ont leurs dieux.

– Ils ne les ont mĂȘme plus, femme. Je te rappelle les anciens philosophes, les plus grands. Ils Ă©taient paĂŻens, eux aussi, mais regarde quelle Ă©lĂ©vation de vie ils ont eue ! MĂȘlĂ©e Ă  l’erreur, car l’homme est enclin Ă  l’erreur. Mais quand ils se sont trouvĂ©s en face des plus grands mystĂšres tels que la vie et la mort, quand ils ont Ă©tĂ© mis devant le dilemme de l’honnĂȘtetĂ© ou de la malhonnĂȘtetĂ©, de la vertu ou du vice, de l’hĂ©roĂŻsme ou de la lĂąchetĂ©, quand ils ont pensĂ© que se tourner vers le mal aurait Ă©tĂ© malĂ©fique pour leur patrie et leurs concitoyens, alors ils ont mis toute leur volontĂ© – une volontĂ© de gĂ©ants – Ă  rejeter les tentacules des mauvais polypes ; libres et saints, ils surent vouloir le Bien Ă  tout prix, ce Bien qui n’est autre que Dieu.

167.7– On dit que tu es dieu : est-ce vrai ?

– Je suis le Fils du vrai Dieu, fait chair tout en restant Dieu.

– Mais qui est Dieu ? Si nous te regardons, c’est le plus grand des maütres.

– Dieu est bien plus qu’un maĂźtre. Ne rabaissez pas l’idĂ©e sublime de la divinitĂ© en la limitant Ă  la sagesse.

– La sagesse est une divinitĂ©. Nous avons Minerve : c’est la dĂ©esse du savoir.

– Vous avez aussi VĂ©nus, la dĂ©esse du plaisir. Pouvez-vous admettre qu’un dieu, c’est-Ă -dire un ĂȘtre supĂ©rieur aux mortels, puisse possĂ©der, portĂ© Ă  la perfection, tout ce qui est laideur chez les mortels ? Pouvez-vous penser qu’un ĂȘtre Ă©ternel puisse avoir Ă©ternellement les petits plaisirs, mesquins, avilissants, de ceux dont la vie est fugace ? Et qu’il en fasse le but de sa vie ? Ne pensez-vous pas qu’il est rĂ©pugnant, ce ciel que vous appelez Olympe et oĂč fermentent les plus mauvaises tendances de l’humanitĂ© ? Si vous regardez votre ciel, qu’y voyez-vous ? Luxures, crimes, haines, guerres, vols, ripailles, piĂšges, vengeances
 Quand vous voulez cĂ©lĂ©brer les fĂȘtes de vos dieux, que faites-vous ? Des orgies. Quel culte leur rendez-vous ? OĂč est la vraie chastetĂ© des femmes consacrĂ©es Ă  Vesta ? Sur quel code divin s’appuient vos pontifes pour juger ? Quelles paroles vos augures peuvent-ils lire dans le vol des oiseaux ou le fracas du tonnerre ? Quant aux viscĂšres sanglants des animaux sacrifiĂ©s, quelles rĂ©ponses peuvent-ils fournir Ă  vos aruspices ? Tu as dit : “ Rome ne croit pas aux fables. ” Dans ce cas, pourquoi croit-elle que, en faisant faire le tour des champs Ă  un porc, une brebis et un taureau et en les immolant ensuite, douze pauvres hommes peuvent se rendre CĂ©rĂšs propice, si vous avez un nombre infini de divinitĂ©s qui se haĂŻssent les unes les autres et aux vengeances desquelles vous croyez ? Non : Dieu est bien diffĂ©rent. Il est Ă©ternel, unique et spirituel.

– Mais tu dis que tu es dieu, or tu es chair.

– Il y a dans la patrie des dieux un autel qui n’est dĂ©diĂ© Ă  aucun d’eux. La sagesse humaine l’a dĂ©diĂ© au dieu inconnu. Car les sages, les vrais philosophes, ont eu l’intuition qu’il existe autre chose que ces histoires inventĂ©es pour ces Ă©ternels enfants que sont les hommes, dont les esprits sont enveloppĂ©s dans les bandeaux de l’erreur. Si donc ces sages – qui ont eu l’intuition qu’il existe autre chose que ces mises en scĂšnes mensongĂšres, quelque chose de vraiment sublime et divin qui a fait tout ce qui existe et d’oĂč provient tout ce qu’il y a de bon dans le monde – ont voulu Ă©lever un autel au dieu inconnu, qu’ils pressentaient ĂȘtre le vrai Dieu, comment pouvez-vous donner le nom de Dieu Ă  ce qui ne l’est pas et prĂ©tendre savoir ce qu’en rĂ©alitĂ© vous ignorez ? Sachez donc qui est Dieu pour pouvoir le connaĂźtre et l’honorer.

167.8 Dieu est celui qui, par sa pensĂ©e, a fait du NĂ©ant le Tout. La fable des pierres qui se changent en hommes peut-elle vous persuader et vous satisfaire ? En vĂ©ritĂ©, certains hommes sont plus durs et plus mauvais que des pierres, et certaines pierres sont plus utiles que l’homme. Mais ne t’est-il pas plus doux, ValĂ©ria, de penser en regardant ta petite fille : “ C’est une vivante volontĂ© de Dieu créée et formĂ©e par lui, dotĂ©e par lui d’une seconde vie qui ne meurt pas, de sorte que je l’aurai encore, ma petite Fausta, et pour l’éternitĂ©, si je crois au vrai Dieu. ” Au lieu de dire : “ Cette chair rose, ces cheveux plus fins que les fils d’une toile d’araignĂ©e, ces yeux sereins viennent d’une pierre ” ? Ou encore : “ Je suis en tout point semblable Ă  la louve ou Ă  la jument : je m’accouple comme une bĂȘte, j’enfante comme une bĂȘte, j’élĂšve comme une bĂȘte ma fille qui est le fruit de mon instinct animal, elle est une bĂȘte qui me ressemble, et demain, quand nous serons toutes les deux mortes, nous serons deux charognes qui se dĂ©composeront dans la puanteur et qui jamais plus ne se reverront ” ? Dis-moi laquelle de ces deux explications ton cƓur de mĂšre prĂ©fĂ©rerait.

– SĂ»rement pas la seconde, Seigneur ! Si j’avais su que Fausta n’était pas une chose qui pouvait se dĂ©composer pour toujours, ma douleur, lors de son agonie, aurait Ă©tĂ© moins atroce. Car je me serais dit : “ J’ai perdu une perle, mais elle existe encore et je la retrouverai. ”

– Tu l’as dit.

167.9 Quand je suis venu vers vous, votre amie m’a dit qu’elle s’étonnait de votre passion pour les fleurs. Elle craignait mĂȘme que cela me choque. Mais je l’ai rassurĂ©e en lui disant : “ Moi aussi, je les aime, nous allons donc bien nous entendre. ” Mais je veux vous amener Ă  aimer les fleurs comme j’amĂšne ValĂ©ria Ă  aimer son enfant dont, j’en suis sĂ»r, elle prendra un plus grand soin maintenant qu’elle sait que Fausta possĂšde une Ăąme, c’est-Ă -dire une parcelle de Dieu enfermĂ©e dans le corps qu’elle, sa mĂšre, lui a fait ; une parcelle qui ne meurt pas et que sa mĂšre retrouvera au Ciel, si elle croit au vrai Dieu.

Il en va de mĂȘme de vous. Regardez cette superbe rose : la pourpre qui orne les vĂȘtements de l’empereur est moins splendide que ce pĂ©tale, qui non seulement fait la joie des yeux par sa couleur, mais aussi celle du toucher par sa dĂ©licatesse et de l’odorat par son parfum. Regardez encore celle-ci, et celle-lĂ  et cette autre. La premiĂšre, c’est du sang qui a coulĂ© d’un cƓur, la deuxiĂšme de la neige fraĂźchement tombĂ©e, la troisiĂšme de l’or pĂąle, et la derniĂšre ressemble Ă  cette douce figure d’enfant qui sourit sur mon cƓur. Allons plus loin : la premiĂšre est raide sur une grosse tige presque sans Ă©pines, avec un feuillage rougeĂątre comme si on l’avait aspergĂ© de sang ; la deuxiĂšme a quelques rares Ă©pines en crochet avec des feuilles mates et pĂąles le long de sa tige ; la troisiĂšme est souple comme un jonc et ses feuilles sont petites et brillantes comme de la cire verte ; enfin la derniĂšre semble barrer la route Ă  toute tentative d’attraper sa corolle rose tant elle est couverte d’épines. On dirait une lime aux pointes acĂ©rĂ©es.

Maintenant, rĂ©flĂ©chissez : qui a fait tout cela ? Comment ? Quand ? OĂč ? Qu’était cet endroit dans la nuit des temps ? Ce n’était rien d’autre qu’un tohu-bohu informe d’élĂ©ments. Un seul, Dieu, a dit : “ Je veux ”, et les Ă©lĂ©ments se sĂ©parĂšrent en se groupant par famille. Un second “ Je veux ” retentit, et ils se mirent en bon ordre les uns par rapport aux autres comme l’eau au milieu des terres ; l’un sur l’autre, comme l’air et la lumiĂšre au-dessus de la planĂšte organisĂ©e. Encore un “ Je veux ”, et les plantes apparurent, puis les Ă©toiles, les animaux, enfin l’homme. Et pour que l’homme y trouve sa joie, comme si c’étaient de magnifiques jouets, Dieu offrit Ă  son prĂ©fĂ©rĂ© les fleurs, les astres et, comme dernier don, la joie de procrĂ©er non pas ce qui meurt, mais ce qui survit Ă  la mort grĂące Ă  ce don de Dieu qu’est l’ñme. Ces roses sont autant de volontĂ©s du PĂšre. Son infinie puissance se manifeste dans une infinitĂ© de beautĂ©s.

167.10 Mes explications sont entravĂ©es parce qu’elles se heurtent au bronze rĂ©sistant de vos croyances. Mais j’espĂšre que, pour une premiĂšre rencontre, nous nous sommes un peu compris. Que votre Ăąme mĂ©dite sur mes paroles. Avez-vous des questions ? Posez-les. Je suis lĂ  pour vous Ă©clairer. Il ne faut pas avoir honte de son ignorance. Ce dont il faut avoir honte, c’est d’y persister quand quelqu’un est disposĂ© Ă  Ă©claircir les doutes. »

Et, comme s’il Ă©tait le plus adroit des pĂšres, JĂ©sus sort de la tonnelle en soutenant la petite fille qui fait ses premiers pas et veut aller vers un jet d’eau qui ondule au soleil.

167.11 Les femmes restent à leur place en discutant entre elles. Jeanne, prise entre deux désirs, se tient sur le seuil de la tonnelle.

Enfin Lydia se dĂ©cide, suivie des autres, et elle se dirige vers JĂ©sus, qui rit parce que l’enfant veut attraper le spectre solaire du jet d’eau, mais ne prend que de la lumiĂšre
 et elle insiste tant et plus en pĂ©piant comme un poussin de ses lĂšvres roses.

« MaĂźtre
 je n’ai pas bien compris pourquoi tu as dit que nos maĂźtres ne peuvent avoir une bonne forme de vie sous prĂ©texte qu’ils sont athĂ©es. Ils croient Ă  un Olympe, mais ils croient


– Ils n’ont plus que l’aspect extĂ©rieur de la croyance. Tant qu’ils ont vraiment cru comme les vrais sages ont cru Ă  ce dieu inconnu dont je t’ai parlĂ©, Ă  ce dieu qui satisfaisait leur Ăąme mĂȘme s’il n’avait pas de nom, mĂȘme sans le vouloir, tant qu’ils ont tournĂ© leur esprit vers cet Etre, bien supĂ©rieur aux pauvres dieux pĂ©tris d’humanitĂ© – et de basse humanitĂ© – que le paganisme s’est donnĂ©s, ils ont nĂ©cessairement reflĂ©tĂ© un peu de Dieu. L’ñme est un miroir qui reflĂšte et un Ă©cho qui rĂ©sonne.

– Quoi, Maütre ?

– Dieu.

– Quel grand mot !

– C’est une grande vĂ©ritĂ©. »

167.12 ValĂ©ria, que sĂ©duit la pensĂ©e de l’immortalitĂ©, demande :

« MaĂźtre, explique-moi oĂč se trouve l’ñme de ma fille. J’embrasserai cet endroit comme un sanctuaire et je l’adorerai, puisque c’est une partie de Dieu.

– L’ñme ! C’est comme cette lumiĂšre que ta petite Fausta essaie d’attraper, sans y parvenir puisqu’elle est incorporelle. Pourtant, elle existe. Tes amies, toi et moi la voyons. De mĂȘme, l’ñme est visible en tout ce qui diffĂ©rencie l’homme de l’animal. Lorsque ta fille te partagera ses premiĂšres idĂ©es, pense que cette intelligence, c’est son Ăąme qui se manifeste. Lorsqu’elle t’aimera, non par instinct mais de maniĂšre raisonnĂ©e, pense que cet amour, c’est son Ăąme. Lorsqu’elle grandira Ă  tes cĂŽtĂ©s, belle non seulement de corps mais par ses vertus, pense que cette beautĂ©, c’est son Ăąme. Et n’adore pas l’ñme, mais Dieu son CrĂ©ateur, Dieu qui veut se faire un trĂŽne de toute Ăąme bonne.

– Mais oĂč est cette chose incorporelle et sublime ? Dans le cƓur ? Dans le cerveau ?

– Elle est dans tout ce qui fait l’homme. Elle vous contient et elle est contenue en vous. Quand elle vous quitte, vous devenez des cadavres. Quand elle est tuĂ©e par un crime que l’homme commet contre lui-mĂȘme, vous ĂȘtes damnĂ©s, sĂ©parĂ©s de Dieu pour toujours.

– Tu admets donc que le philosophe qui nous a dĂ©clarĂ©s “ immortels ” avait raison, bien que paĂŻen ? demande Plautina.

– Non seulement je l’admets, mais je vais plus loin : je dis que c’est un article de foi. L’immortalitĂ© de l’ñme, autrement dit l’immortalitĂ© de la partie supĂ©rieure de l’homme, est le mystĂšre le plus certain et le plus consolant de la foi. C’est celui qui nous donne l’assurance de notre origine, de notre but, de ce que nous sommes, et cela enlĂšve toute amertume Ă  nos sĂ©parations. »

167.13 Plautina rĂ©flĂ©chit profondĂ©ment. JĂ©sus l’observe en silence. Finalement, elle demande :

« Et toi, tu as une ùme ?

– Certainement.

– Mais es-tu Dieu ou non ?

– Je suis Dieu. Je te l’ai dit. Mais maintenant j’ai pris une nature humaine. Sais-tu pour quelle raison ? Parce que c’est seulement par mon sacrifice que je pouvais rĂ©soudre les difficultĂ©s qui dĂ©passent votre entendement et, aprĂšs avoir abattu l’erreur, libĂ©rer aussi l’ñme d’un esclavage que je ne puis t’expliquer pour l’instant. C’est pourquoi j’ai enfermĂ© la Sagesse dans un corps, la SaintetĂ© dans un corps. Je rĂ©pands la Sagesse comme une semence sur la terre, comme le pollen au vent ; et comme d’une amphore prĂ©cieuse que l’on a brisĂ©e, la SaintetĂ© coulera sur le monde Ă  l’heure de la grĂące et sanctifiera les hommes. Alors, le Dieu inconnu sera connu.

– Mais tu es dĂ©jĂ  connu. Ceux qui mettent en doute ta puissance et ta sagesse sont mauvais ou menteurs.

– Je suis connu, mais nous n’en sommes qu’à l’aurore. Le midi sera rempli de la connaissance de moi.

– Que sera ton midi ? Un triomphe ? et moi, le verrai-je ?

– En vĂ©ritĂ©, ce sera un triomphe. Et tu y seras. Car tu as la nausĂ©e de ce que tu sais et tu dĂ©sires connaĂźtre ce que tu ignores. Ton Ăąme a faim.

– C’est vrai ! J’ai faim de vĂ©ritĂ©.

– Moi, je suis la VĂ©ritĂ©.

– Alors donne-toi Ă  moi, qui suis affamĂ©e.

– Tu n’as qu’à venir Ă  ma table. Ma parole est pain de vĂ©ritĂ©.

167.14 – Mais que diront nos dieux si nous les abandonnons ? Ne vont-ils pas se venger sur nous ? demande Lydia craintivement.

– femme, as-tu dĂ©jĂ  vue un matin brumeux ? Les prĂ©s disparaissent sous une vapeur qui les cache. Vient le soleil, cette vapeur se dissout, et les prĂ©s resplendissent avec encore plus de beautĂ©. Vos dieux, c’est cela, le brouillard d’une pauvre pensĂ©e humaine, qui ignore Dieu mais a besoin de croire, car la foi est l’état permanent et nĂ©cessaire de l’homme. Elle a donc créé cet Olympe, une vraie fable inconsistante. Ainsi, au lever du Soleil – le vrai Dieu – dans vos cƓurs, vos dieux se dissiperont sans pouvoir vous nuire, car ils n’existent pas.

– il nous faudra encore t’écouter
 longuement
 Nous sommes absolument face Ă  l’inconnu. Tout ce que tu dis est nouveau.

– Cela te rĂ©pugne-t-il ? Ne peux-tu l’accepter ? »

Plautina répond avec assurance :

« Non, je me sens plus fiĂšre de ce peu que je sais – et que CĂ©sar ne connaĂźt pas –, que de mon nom.

– Alors, persĂ©vĂšre. 167.15 Je vous laisse avec ma paix.

– Comment, tu ne restes pas, mon Seigneur ? »

Jeanne est désolée.

« Je ne reste pas. J’ai beaucoup Ă  faire


– Oh ! Moi qui voulais te dire ma peine ! »

JĂ©sus, qui s’est mis en route aprĂšs les salutations des Romaines, se retourne et dit :

« Accompagne-moi à la barque. Tu me partageras ton tourment. »

Jeanne va et dit :

« Kouza veut m’envoyer quelque temps Ă  JĂ©rusalem, et cela me chagrine. Il fait cela parce qu’il ne veut pas que je reste plus longtemps Ă  l’écart, maintenant que je suis en bonne santé 

– Toi aussi, tu te crĂ©es des brumes inconsistantes ! »

Jésus a déjà un pied dans la barque.

« Si tu pensais que cela va te permettre de me recevoir chez toi ou de me suivre plus facilement, tu te rĂ©jouirais et tu dirais : “ La BontĂ© y a pensĂ©. ”

– Ah ! C’est vrai, mon Seigneur ! Je n’y avais pas rĂ©flĂ©chi.

– tu vois donc ! ObĂ©is en bonne Ă©pouse. L’obĂ©issance te vaudra la rĂ©compense de m’avoir chez toi pour la prochaine PĂąque et l’honneur de m’aider Ă  Ă©vangĂ©liser tes amies. Que la paix soit toujours avec toi ! »

La barque est détachée, et tout prend fin.

Détail

Le chapitre entier concerne les dames romaines, que sont Valeria, Plautina et Lydia.

Annotation

Plautina, nous la connaissons dĂ©jĂ  : Comme le souligne François-Michel Debroise sur www.maria-valtorta.org, "c'est chronologiquement la premiĂšre apparition de Plautina dans l'Ɠuvre. Cette remarque pourrait sembler surprenante pour qui aurait oubliĂ© que des visions de la Passion ont Ă©tĂ© reçues en 1944, plus d'un an avant celle-ci, dans lesquelles Plautina intervient."

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EMV 167.4 · Tome 3, p. 56

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Tout comme une plante ne meurt pas tant que ses racines sont nourries par le sol et n’est pas entraĂźnĂ©e dans la mort par la mort de la tige, l’humanitĂ© ne meurt pas quand cesse la vie terrestre d’un ĂȘtre. Au contraire, de nouvelles fleurs ne cessent d’y bourgeonner. Et voici une pensĂ©e encore plus Ă©levĂ©e, capable de nous faire bĂ©nir le CrĂ©ateur : alors que la fleur une fois morte ne revit pas – et c’est bien triste ! –, l’homme endormi de son dernier sommeil n’est pas mort, il mĂšne une vie plus Ă©clatante en recevant par ce qu’il y a de meilleur en lui, vie Ă©ternelle et splendeur du CrĂ©ateur qui l’a formĂ©.

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EMV 167.5 · Tome 3, p. 57

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Si ta petite fille Ă©tait morte, tu n’aurais pas perdu ses caresses pour autant. Les baisers de ton enfant, sĂ©parĂ©e mais pas oublieuse de ton amour, se seraient toujours dĂ©posĂ©s sur ton Ăąme. Vois-tu comme il est doux d’avoir foi en la vie Ă©ternelle ?

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EMV 167.5 · Tome 3, p. 57

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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– (...) Les enfants ne m’ennuient jamais. Ce sont toujours mes amis.

– Tu as des enfants ou des neveux, MaĂźtre ? demande Plautina, qui observe avec quels sourires JĂ©sus essaie de faire rire l’enfant.

– Je n’ai ni enfant ni neveu, mais j’aime les enfants comme j’aime les fleurs, parce qu’ils sont purs et sans malice. Et mĂȘme, femme, donne-moi ta petite fille. Il m’est si doux de serrer sur mon cƓur un petit ange ! »

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EMV 167.8 · Tome 3, p. 59-60

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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En vĂ©ritĂ©, certains hommes sont plus durs et plus mauvais que des pierres, et certaines pierres sont plus utiles que l’homme.

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EMV 167.10 · Tome 3, p. 61

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Avez-vous des questions ? Posez-les. Je suis lĂ  pour vous Ă©clairer. Il ne faut pas avoir honte de son ignorance. Ce dont il faut avoir honte, c’est d’y persister quand quelqu’un est disposĂ© Ă  Ă©claircir les doutes.

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