EMV 166.11 · Tome 3, p. 52
LâEvangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©
Citation
Mon frĂšre, jette-toi dans lâamour actif et joyeux de la TrinitĂ©.
Notes du thĂšme
EMV 166.11 · Tome 3, p. 52
Mon frĂšre, jette-toi dans lâamour actif et joyeux de la TrinitĂ©.
EMV 167.1-15 · Tome 3, p. 54-65
167.1 AidĂ© par un batelier qui lâa accueilli dans sa petite embarcation, JĂ©sus dĂ©barque sur le ponton du jardin de Kouza. DĂ©jĂ , un jardinier lâa aperçu et accourt pour lui ouvrir la grille qui interdit aux Ă©trangers dâentrer dans la propriĂ©tĂ© du cĂŽtĂ© du lac. Câest une grande grille solide dissimulĂ©e par une haute haie touffue de lauriers et de buis Ă lâextĂ©rieur, et de roses de toutes les couleurs Ă lâintĂ©rieur, du cĂŽtĂ© de la maison. Ces superbes rosiers fleurissent les feuillages couleur bronze des lauriers et des buis, sâinsinuent entre les ramilles, passent de lâautre cĂŽtĂ©, ou encore grimpent par-dessus cette barriĂšre de verdure pour faire retomber leur tignasse fleurie au-delĂ . A un seul endroit, Ă la hauteur dâun sentier, la grille est dĂ©couverte, et câest lĂ quâelle sâouvre pour laisser passer ceux qui viennent du lac ou sây rendent.
« Paix Ă cette maison et Ă toi, Joanna. OĂč est ta maĂźtresse ?
â LĂ -bas, avec ses amies. Je vais lâappeler. Elles tâattendent depuis trois jours par crainte dâarriver en retard. »
JĂ©sus sourit. Le serviteur court appeler Jeanne. En attendant, JĂ©sus marche lentement vers lâendroit que le serviteur lui a indiquĂ©, tout en admirant le superbe jardin, la splendide roseraie pourrait-on dire, que Kouza a fait planter pour sa femme. Dans cette anse du lac bien Ă lâabri, de magnifiques roses prĂ©coces et de toutes couleurs, tailles et formes sâĂ©panouissent dĂ©jĂ . Il y a bien dâautres plantes Ă fleur, mais elles ne sont pas encore fleuries et elles occupent une place minime face Ă la multitude des rosiers.
167.2 Jeanne accourt. Sans mĂȘme prendre le temps de poser sa corbeille Ă moitiĂ© remplie de roses ni les ciseaux quâelle tenait pour les couper, elle court, les bras tendus, svelte et gracieuse. Elle porte un riche vĂȘtement fait dâune fine laine dâun rose trĂšs tendre dont les plis sont maintenus par des broches et des fibules ornĂ©es de filigranes dâargent sur lesquels brillent de pĂąles grenats. Sur ses cheveux noirs et ondulĂ©s, un diadĂšme en forme de mitre, lui aussi en argent et ornĂ© de grenats, retient un voile de byssus trĂšs lĂ©ger, rose Ă©galement, qui retombe en arriĂšre et laisse dĂ©couvertes de petites oreilles quâalourdissent des boucles semblables au diadĂšme.
Son visage est rieur, et, Ă la base du cou â quâelle a fin â brille un collier de mĂȘme facture que les autres parures prĂ©cieuses.
Elle laisse tomber sa corbeille aux pieds de JĂ©sus et sâagenouille au milieu des roses Ă©parses pour baiser son vĂȘtement.
« Paix à toi, Jeanne. Je suis venu.
â Et jâen suis heureuse. Elles aussi sont venues. Ah ! Maintenant jâai lâimpression dâavoir eu tort dâagir ainsi : comment ferez-vous pour vous entendre ? Elles sont vraiment paĂŻennes ! »
Jeanne est un peu agitée.
JĂ©sus sourit et lui pose la main sur la tĂȘte :
« Nâaie pas peur. Nous nous entendrons trĂšs bien. Et tu as bien fait â dâagir ainsi â. Notre rencontre sera fleurie de bien comme ton jardin de roses. Maintenant, ramasse ces pauvres roses que tu as laissĂ©es tomber et allons voir tes amies.
â Il y a tellement de roses ! Je faisais cela pour passer le temps, et puis mes amies sont si⊠si⊠voluptueuses⊠Elles aiment les fleurs comme si câĂ©tait⊠je ne sais pasâŠ
â Mais je les aime moi aussi ! Tu vois que nous avons dĂ©jĂ trouvĂ© un terrain dâentente entre elles et moi ! Allez, ramassons ces superbes roses⊠», et JĂ©sus se baisse pour donner lâexemple.
« Non, pas toi, Seigneur ! Si câest ce que tu veux, voici⊠câest fait. »
167.3 Ils se dirigent vers une tonnelle faite de tout un enchevĂȘtrement de roses de toutes les couleurs. Sur le seuil, trois Romaines sont aux aguets : Plautina, ValĂ©ria et Lydia. HĂ©sitantes, la premiĂšre et la derniĂšre restent Ă leur place, alors que ValĂ©ria court et sâincline en disant :
« Salut, Sauveur de ma petite Fausta !
â Paix et lumiĂšre Ă toi et Ă tes amies. »
Ces derniĂšres sâinclinent sans mot dire.
Nous connaissons dĂ©jĂ Plautina. Grande, imposante, avec de splendides yeux noirs un peu impĂ©rieux sous un front lisse et trĂšs blanc, le nez droit, parfait, une bouche aux lĂšvres un peu Ă©paisses, mais bien faite, le menton rond et en saillie, elle me rappelle certaines statues trĂšs belles dâimpĂ©ratrices romaines. De grosses bagues brillent sur ses belles mains et de larges bracelets en or ornent ses bras, de vrais bras de statue, au poignet et au-dessus du coude, blanc rosĂ©, parfait, qui sort dâune manche courte drapĂ©e.
Lydia, au contraire, est blonde, plus fine et plus jeune. Sans avoir la beautĂ© imposante de Plautina, elle a toute la grĂące dâune trĂšs jeune femme. Et puisque nous sommes en domaine paĂŻen, on pourrait dire que, si Plautina ressemble Ă la statue dâune impĂ©ratrice, Lydia pourrait ĂȘtre une Diane ou une nymphe Ă lâaspect aimable et pudique.
ValĂ©ria, qui nâest plus dĂ©sespĂ©rĂ©e comme nous lâavons vue Ă CĂ©sarĂ©e, apparaĂźt dans toute sa beautĂ© de jeune mĂšre ; elle a des formes pleines mais encore trĂšs juvĂ©niles, un regard serein de mĂšre heureuse dâallaiter et de voir grandir son enfant grĂące Ă son lait. Le teint rose, les cheveux chĂątains, elle a un sourire paisible tout en douceur.
Jâai lâimpression que ce sont des dames dâun rang infĂ©rieur Ă Plautina, que, du regard, elles vĂ©nĂšrent comme une reine.
167.4 « Vous vous occupiez de fleurs ? Continuez donc. Nous pourrons parler tout aussi bien pendant que vous cueillez ces magnifiques Ćuvres du CrĂ©ateur que sont les fleurs et que vous les disposez, avec cette habilitĂ© qui caractĂ©rise Rome, dans ces coupes prĂ©cieuses pour prolonger leur existence, hĂ©las trop brĂšve⊠Si nous admirons ce bouton de rose qui esquisse Ă peine le sourire de ses pĂ©tales dâun jaune rosĂ©, comment ne pas regretter de les voir mourir ? Ah ! Comme les juifs seraient Ă©tonnĂ©s de me lâenÂtendre dire ! Mais câest quâen cette crĂ©ature qui sâĂ©panouit, nous sentons un je-ne-sais-quoi qui vit. Et dâen voir la mort nous peine. Pourtant, la plante est plus sage que nous. Elle sait que, sur toute blessure de la tige que lâon taille, naĂźt un rejet qui donne une nouvelle rose. Câest lĂ que notre esprit doit accueillir cet enseignement et faire, de lâamour quelque peu sensuel que nous avons pour une fleur, une invitation Ă une pensĂ©e plus Ă©levĂ©e.
â Laquelle, MaĂźtre ? demande Plautina, qui Ă©coute avec attention et que sĂ©duit la pensĂ©e Ă©lĂ©gante du MaĂźtre juif.
â Celle-ci : tout comme une plante ne meurt pas tant que ses racines sont nourries par le sol et nâest pas entraĂźnĂ©e dans la mort par la mort de la tige, lâhumanitĂ© ne meurt pas quand cesse la vie terrestre dâun ĂȘtre. Au contraire, de nouvelles fleurs ne cessent dây bourgeonner. Et voici une pensĂ©e encore plus Ă©levĂ©e, capable de nous faire bĂ©nir le CrĂ©ateur : alors que la fleur une fois morte ne revit pas â et câest bien triste ! â, lâhomme endormi de son dernier sommeil nâest pas mort, il mĂšne une vie plus Ă©clatante en recevant par ce quâil y a de meilleur en lui, vie Ă©ternelle et splendeur du CrĂ©ateur qui lâa formĂ©.
167.5 Par consĂ©quent, ValĂ©ria, si ta petite fille Ă©tait morte, tu nâaurais pas perdu ses caresses pour autant. Les baisers de ton enfant, sĂ©parĂ©e mais pas oublieuse de ton amour, se seraient toujours dĂ©posĂ©s sur ton Ăąme. Vois-tu comme il est doux dâavoir foi en la vie Ă©ternelle ? OĂč est ta fille en ce moment ?
â Dans ce berceau couvert. Je ne mâen Ă©tais jamais sĂ©parĂ©e auparavant, car mon amour pour mon Ă©poux et mon amour pour ma fille Ă©taient les deux buts de mon existence. Mais maintenant que je sais ce que câest de la voir mourir, je ne lâabandonne pas un seul instant. »
JĂ©sus se dirige vers un siĂšge sur lequel est posĂ© une sorte de petit berceau en bois, recouvert entiĂšrement dâune riche couverture. Il la dĂ©couvre et regarde la petite fille qui dort et que lâair plus vif rĂ©veille doucement. Elle ouvre des yeux Ă©tonnĂ©s, sa bouche esquisse un sourire dâange et ses menottes, qui Ă©taient fermĂ©es, sâouvrent pour essayer dâattraper les cheveux ondulĂ©s de JĂ©sus pendant quâun babil de moineau marque la progression de sa pensĂ©e. Enfin, elle crie ce grand mot universel :
« Maman !
â Prends-la, prends-la, dit JĂ©sus, qui sâĂ©carte pour permettre Ă ValĂ©ria de se pencher sur le berceau.
â Mais elle va tâennuyer ! Je vais appeler une esclave et la faire conduire dans le jardin.
â Mâennuyer ? Oh non ! Les enfants ne mâennuient jamais. Ce sont toujours mes amis.
â Tu as des enfants ou des neveux, MaĂźtre ? demande Plautina, qui observe avec quels sourires JĂ©sus essaie de faire rire lâenfant.
â Je nâai ni enfant ni neveu, mais jâaime les enfants comme jâaime les fleurs, parce quâils sont purs et sans malice. Et mĂȘme, femme, donne-moi ta petite fille. Il mâest si doux de serrer sur mon cĆur un petit ange ! »
Sur ce, il sâassied avec lâenfant qui lâobserve et lui dĂ©peigne la barbe, puis trouve plus intĂ©ressant de sâamuser avec les franges de son manteau et le cordon de son vĂȘtement auxquels elle adresse un long et mystĂ©rieux discours.
167.6 Plautina dit :
« Notre amie est bonne et sage, et câest lâune des rares Ă ne pas nous mĂ©priser et Ă ne pas ĂȘtre corrompue par notre frĂ©quentation ; elle tâaura sĂ»rement dit que nous avons dĂ©sirĂ© te voir et tâentendre pour te juger dâaprĂšs ce que tu es. Car Rome ne croit pas aux fables⊠pourquoi souris-tu, MaĂźtre ?
â Je te le dirai plus tard. Continue.
â ⊠car Rome ne croit pas aux fables et elle veut juger avec science et conscience avant de condamner ou dâexalter. Ton peuple tâexalte et te calomnie Ă Ă©gale mesure. Tes actes porteraient Ă tâexalter, mais les paroles de nombreux juifs te font considĂ©rer comme guĂšre moins quâun dĂ©linquant. Tes paroles sont solennelles et sages comme celles dâun philosophe. Or Rome apprĂ©cie grandement les doctrines philosophiques et⊠je dois le reconnaĂźtre, nos philosophes actuels nâont pas de doctrine satisfaisante, en particulier parce que leur maniĂšre de vivre nây correspond pas.
â Ils ne peuvent avoir une maniĂšre de vivre conforme Ă leur enseignement.
â Parce quâils sont paĂŻens, nâest-ce pas ?
â Non, parce quâils sont athĂ©es.
â AthĂ©es ? Ils ont leurs dieux.
â Ils ne les ont mĂȘme plus, femme. Je te rappelle les anciens philosophes, les plus grands. Ils Ă©taient paĂŻens, eux aussi, mais regarde quelle Ă©lĂ©vation de vie ils ont eue ! MĂȘlĂ©e Ă lâerreur, car lâhomme est enclin Ă lâerreur. Mais quand ils se sont trouvĂ©s en face des plus grands mystĂšres tels que la vie et la mort, quand ils ont Ă©tĂ© mis devant le dilemme de lâhonnĂȘtetĂ© ou de la malhonnĂȘtetĂ©, de la vertu ou du vice, de lâhĂ©roĂŻsme ou de la lĂąchetĂ©, quand ils ont pensĂ© que se tourner vers le mal aurait Ă©tĂ© malĂ©fique pour leur patrie et leurs concitoyens, alors ils ont mis toute leur volontĂ© â une volontĂ© de gĂ©ants â Ă rejeter les tentacules des mauvais polypes ; libres et saints, ils surent vouloir le Bien Ă tout prix, ce Bien qui nâest autre que Dieu.
167.7â On dit que tu es dieu : est-ce vrai ?
â Je suis le Fils du vrai Dieu, fait chair tout en restant Dieu.
â Mais qui est Dieu ? Si nous te regardons, câest le plus grand des maĂźtres.
â Dieu est bien plus quâun maĂźtre. Ne rabaissez pas lâidĂ©e sublime de la divinitĂ© en la limitant Ă la sagesse.
â La sagesse est une divinitĂ©. Nous avons Minerve : câest la dĂ©esse du savoir.
â Vous avez aussi VĂ©nus, la dĂ©esse du plaisir. Pouvez-vous admettre quâun dieu, câest-Ă -dire un ĂȘtre supĂ©rieur aux mortels, puisse possĂ©der, portĂ© Ă la perfection, tout ce qui est laideur chez les mortels ? Pouvez-vous penser quâun ĂȘtre Ă©ternel puisse avoir Ă©ternellement les petits plaisirs, mesquins, avilissants, de ceux dont la vie est fugace ? Et quâil en fasse le but de sa vie ? Ne pensez-vous pas quâil est rĂ©pugnant, ce ciel que vous appelez Olympe et oĂč fermentent les plus mauvaises tendances de lâhumanitĂ© ? Si vous regardez votre ciel, quây voyez-vous ? Luxures, crimes, haines, guerres, vols, ripailles, piĂšges, vengeances⊠Quand vous voulez cĂ©lĂ©brer les fĂȘtes de vos dieux, que faites-vous ? Des orgies. Quel culte leur rendez-vous ? OĂč est la vraie chastetĂ© des femmes consacrĂ©es Ă Vesta ? Sur quel code divin sâappuient vos pontifes pour juger ? Quelles paroles vos augures peuvent-ils lire dans le vol des oiseaux ou le fracas du tonnerre ? Quant aux viscĂšres sanglants des animaux sacrifiĂ©s, quelles rĂ©ponses peuvent-ils fournir Ă vos aruspices ? Tu as dit : â Rome ne croit pas aux fables. â Dans ce cas, pourquoi croit-elle que, en faisant faire le tour des champs Ă un porc, une brebis et un taureau et en les immolant ensuite, douze pauvres hommes peuvent se rendre CĂ©rĂšs propice, si vous avez un nombre infini de divinitĂ©s qui se haĂŻssent les unes les autres et aux vengeances desquelles vous croyez ? Non : Dieu est bien diffĂ©rent. Il est Ă©ternel, unique et spirituel.
â Mais tu dis que tu es dieu, or tu es chair.
â Il y a dans la patrie des dieux un autel qui nâest dĂ©diĂ© Ă aucun dâeux. La sagesse humaine lâa dĂ©diĂ© au dieu inconnu. Car les sages, les vrais philosophes, ont eu lâintuition quâil existe autre chose que ces histoires inventĂ©es pour ces Ă©ternels enfants que sont les hommes, dont les esprits sont enveloppĂ©s dans les bandeaux de lâerreur. Si donc ces sages â qui ont eu lâintuition quâil existe autre chose que ces mises en scĂšnes mensongĂšres, quelque chose de vraiment sublime et divin qui a fait tout ce qui existe et dâoĂč provient tout ce quâil y a de bon dans le monde â ont voulu Ă©lever un autel au dieu inconnu, quâils pressentaient ĂȘtre le vrai Dieu, comment pouvez-vous donner le nom de Dieu Ă ce qui ne lâest pas et prĂ©tendre savoir ce quâen rĂ©alitĂ© vous ignorez ? Sachez donc qui est Dieu pour pouvoir le connaĂźtre et lâhonorer.
167.8 Dieu est celui qui, par sa pensĂ©e, a fait du NĂ©ant le Tout. La fable des pierres qui se changent en hommes peut-elle vous persuader et vous satisfaire ? En vĂ©ritĂ©, certains hommes sont plus durs et plus mauvais que des pierres, et certaines pierres sont plus utiles que lâhomme. Mais ne tâest-il pas plus doux, ValĂ©ria, de penser en regardant ta petite fille : â Câest une vivante volontĂ© de Dieu créée et formĂ©e par lui, dotĂ©e par lui dâune seconde vie qui ne meurt pas, de sorte que je lâaurai encore, ma petite Fausta, et pour lâĂ©ternitĂ©, si je crois au vrai Dieu. â Au lieu de dire : â Cette chair rose, ces cheveux plus fins que les fils dâune toile dâaraignĂ©e, ces yeux sereins viennent dâune pierre â ? Ou encore : â Je suis en tout point semblable Ă la louve ou Ă la jument : je mâaccouple comme une bĂȘte, jâenfante comme une bĂȘte, jâĂ©lĂšve comme une bĂȘte ma fille qui est le fruit de mon instinct animal, elle est une bĂȘte qui me ressemble, et demain, quand nous serons toutes les deux mortes, nous serons deux charognes qui se dĂ©composeront dans la puanteur et qui jamais plus ne se reverront â ? Dis-moi laquelle de ces deux explications ton cĆur de mĂšre prĂ©fĂ©rerait.
â SĂ»rement pas la seconde, Seigneur ! Si jâavais su que Fausta nâĂ©tait pas une chose qui pouvait se dĂ©composer pour toujours, ma douleur, lors de son agonie, aurait Ă©tĂ© moins atroce. Car je me serais dit : â Jâai perdu une perle, mais elle existe encore et je la retrouverai. â
â Tu lâas dit.
167.9 Quand je suis venu vers vous, votre amie mâa dit quâelle sâĂ©tonnait de votre passion pour les fleurs. Elle craignait mĂȘme que cela me choque. Mais je lâai rassurĂ©e en lui disant : â Moi aussi, je les aime, nous allons donc bien nous entendre. â Mais je veux vous amener Ă aimer les fleurs comme jâamĂšne ValĂ©ria Ă aimer son enfant dont, jâen suis sĂ»r, elle prendra un plus grand soin maintenant quâelle sait que Fausta possĂšde une Ăąme, câest-Ă -dire une parcelle de Dieu enfermĂ©e dans le corps quâelle, sa mĂšre, lui a fait ; une parcelle qui ne meurt pas et que sa mĂšre retrouvera au Ciel, si elle croit au vrai Dieu.
Il en va de mĂȘme de vous. Regardez cette superbe rose : la pourpre qui orne les vĂȘtements de lâempereur est moins splendide que ce pĂ©tale, qui non seulement fait la joie des yeux par sa couleur, mais aussi celle du toucher par sa dĂ©licatesse et de lâodorat par son parfum. Regardez encore celle-ci, et celle-lĂ et cette autre. La premiĂšre, câest du sang qui a coulĂ© dâun cĆur, la deuxiĂšme de la neige fraĂźchement tombĂ©e, la troisiĂšme de lâor pĂąle, et la derniĂšre ressemble Ă cette douce figure dâenfant qui sourit sur mon cĆur. Allons plus loin : la premiĂšre est raide sur une grosse tige presque sans Ă©pines, avec un feuillage rougeĂątre comme si on lâavait aspergĂ© de sang ; la deuxiĂšme a quelques rares Ă©pines en crochet avec des feuilles mates et pĂąles le long de sa tige ; la troisiĂšme est souple comme un jonc et ses feuilles sont petites et brillantes comme de la cire verte ; enfin la derniĂšre semble barrer la route Ă toute tentative dâattraper sa corolle rose tant elle est couverte dâĂ©pines. On dirait une lime aux pointes acĂ©rĂ©es.
Maintenant, rĂ©flĂ©chissez : qui a fait tout cela ? Comment ? Quand ? OĂč ? QuâĂ©tait cet endroit dans la nuit des temps ? Ce nâĂ©tait rien dâautre quâun tohu-bohu informe dâĂ©lĂ©ments. Un seul, Dieu, a dit : â Je veux â, et les Ă©lĂ©ments se sĂ©parĂšrent en se groupant par famille. Un second â Je veux â retentit, et ils se mirent en bon ordre les uns par rapport aux autres comme lâeau au milieu des terres ; lâun sur lâautre, comme lâair et la lumiĂšre au-dessus de la planĂšte organisĂ©e. Encore un â Je veux â, et les plantes apparurent, puis les Ă©toiles, les animaux, enfin lâhomme. Et pour que lâhomme y trouve sa joie, comme si câĂ©taient de magnifiques jouets, Dieu offrit Ă son prĂ©fĂ©rĂ© les fleurs, les astres et, comme dernier don, la joie de procrĂ©er non pas ce qui meurt, mais ce qui survit Ă la mort grĂące Ă ce don de Dieu quâest lâĂąme. Ces roses sont autant de volontĂ©s du PĂšre. Son infinie puissance se manifeste dans une infinitĂ© de beautĂ©s.
167.10 Mes explications sont entravĂ©es parce quâelles se heurtent au bronze rĂ©sistant de vos croyances. Mais jâespĂšre que, pour une premiĂšre rencontre, nous nous sommes un peu compris. Que votre Ăąme mĂ©dite sur mes paroles. Avez-vous des questions ? Posez-les. Je suis lĂ pour vous Ă©clairer. Il ne faut pas avoir honte de son ignorance. Ce dont il faut avoir honte, câest dây persister quand quelquâun est disposĂ© Ă Ă©claircir les doutes. »
Et, comme sâil Ă©tait le plus adroit des pĂšres, JĂ©sus sort de la tonnelle en soutenant la petite fille qui fait ses premiers pas et veut aller vers un jet dâeau qui ondule au soleil.
167.11 Les femmes restent à leur place en discutant entre elles. Jeanne, prise entre deux désirs, se tient sur le seuil de la tonnelle.
Enfin Lydia se dĂ©cide, suivie des autres, et elle se dirige vers JĂ©sus, qui rit parce que lâenfant veut attraper le spectre solaire du jet dâeau, mais ne prend que de la lumiĂšre⊠et elle insiste tant et plus en pĂ©piant comme un poussin de ses lĂšvres roses.
« MaĂźtre⊠je nâai pas bien compris pourquoi tu as dit que nos maĂźtres ne peuvent avoir une bonne forme de vie sous prĂ©texte quâils sont athĂ©es. Ils croient Ă un Olympe, mais ils croientâŠ
â Ils nâont plus que lâaspect extĂ©rieur de la croyance. Tant quâils ont vraiment cru comme les vrais sages ont cru Ă ce dieu inconnu dont je tâai parlĂ©, Ă ce dieu qui satisfaisait leur Ăąme mĂȘme sâil nâavait pas de nom, mĂȘme sans le vouloir, tant quâils ont tournĂ© leur esprit vers cet Etre, bien supĂ©rieur aux pauvres dieux pĂ©tris dâhumanitĂ© â et de basse humanitĂ© â que le paganisme sâest donnĂ©s, ils ont nĂ©cessairement reflĂ©tĂ© un peu de Dieu. LâĂąme est un miroir qui reflĂšte et un Ă©cho qui rĂ©sonne.
â Quoi, MaĂźtre ?
â Dieu.
â Quel grand mot !
â Câest une grande vĂ©ritĂ©. »
167.12 ValĂ©ria, que sĂ©duit la pensĂ©e de lâimmortalitĂ©, demande :
« MaĂźtre, explique-moi oĂč se trouve lâĂąme de ma fille. Jâembrasserai cet endroit comme un sanctuaire et je lâadorerai, puisque câest une partie de Dieu.
â LâĂąme ! Câest comme cette lumiĂšre que ta petite Fausta essaie dâattraper, sans y parvenir puisquâelle est incorporelle. Pourtant, elle existe. Tes amies, toi et moi la voyons. De mĂȘme, lâĂąme est visible en tout ce qui diffĂ©rencie lâhomme de lâanimal. Lorsque ta fille te partagera ses premiĂšres idĂ©es, pense que cette intelligence, câest son Ăąme qui se manifeste. Lorsquâelle tâaimera, non par instinct mais de maniĂšre raisonnĂ©e, pense que cet amour, câest son Ăąme. Lorsquâelle grandira Ă tes cĂŽtĂ©s, belle non seulement de corps mais par ses vertus, pense que cette beautĂ©, câest son Ăąme. Et nâadore pas lâĂąme, mais Dieu son CrĂ©ateur, Dieu qui veut se faire un trĂŽne de toute Ăąme bonne.
â Mais oĂč est cette chose incorporelle et sublime ? Dans le cĆur ? Dans le cerveau ?
â Elle est dans tout ce qui fait lâhomme. Elle vous contient et elle est contenue en vous. Quand elle vous quitte, vous devenez des cadavres. Quand elle est tuĂ©e par un crime que lâhomme commet contre lui-mĂȘme, vous ĂȘtes damnĂ©s, sĂ©parĂ©s de Dieu pour toujours.
â Tu admets donc que le philosophe qui nous a dĂ©clarĂ©s â immortels â avait raison, bien que paĂŻen ? demande Plautina.
â Non seulement je lâadmets, mais je vais plus loin : je dis que câest un article de foi. LâimmortalitĂ© de lâĂąme, autrement dit lâimmortalitĂ© de la partie supĂ©rieure de lâhomme, est le mystĂšre le plus certain et le plus consolant de la foi. Câest celui qui nous donne lâassurance de notre origine, de notre but, de ce que nous sommes, et cela enlĂšve toute amertume Ă nos sĂ©parations. »
167.13 Plautina rĂ©flĂ©chit profondĂ©ment. JĂ©sus lâobserve en silence. Finalement, elle demande :
« Et toi, tu as une ùme ?
â Certainement.
â Mais es-tu Dieu ou non ?
â Je suis Dieu. Je te lâai dit. Mais maintenant jâai pris une nature humaine. Sais-tu pour quelle raison ? Parce que câest seulement par mon sacrifice que je pouvais rĂ©soudre les difficultĂ©s qui dĂ©passent votre entendement et, aprĂšs avoir abattu lâerreur, libĂ©rer aussi lâĂąme dâun esclavage que je ne puis tâexpliquer pour lâinstant. Câest pourquoi jâai enfermĂ© la Sagesse dans un corps, la SaintetĂ© dans un corps. Je rĂ©pands la Sagesse comme une semence sur la terre, comme le pollen au vent ; et comme dâune amphore prĂ©cieuse que lâon a brisĂ©e, la SaintetĂ© coulera sur le monde Ă lâheure de la grĂące et sanctifiera les hommes. Alors, le Dieu inconnu sera connu.
â Mais tu es dĂ©jĂ connu. Ceux qui mettent en doute ta puissance et ta sagesse sont mauvais ou menteurs.
â Je suis connu, mais nous nâen sommes quâĂ lâaurore. Le midi sera rempli de la connaissance de moi.
â Que sera ton midi ? Un triomphe ? et moi, le verrai-je ?
â En vĂ©ritĂ©, ce sera un triomphe. Et tu y seras. Car tu as la nausĂ©e de ce que tu sais et tu dĂ©sires connaĂźtre ce que tu ignores. Ton Ăąme a faim.
â Câest vrai ! Jâai faim de vĂ©ritĂ©.
â Moi, je suis la VĂ©ritĂ©.
â Alors donne-toi Ă moi, qui suis affamĂ©e.
â Tu nâas quâĂ venir Ă ma table. Ma parole est pain de vĂ©ritĂ©.
167.14 â Mais que diront nos dieux si nous les abandonnons ? Ne vont-ils pas se venger sur nous ? demande Lydia craintivement.
â femme, as-tu dĂ©jĂ vue un matin brumeux ? Les prĂ©s disparaissent sous une vapeur qui les cache. Vient le soleil, cette vapeur se dissout, et les prĂ©s resplendissent avec encore plus de beautĂ©. Vos dieux, câest cela, le brouillard dâune pauvre pensĂ©e humaine, qui ignore Dieu mais a besoin de croire, car la foi est lâĂ©tat permanent et nĂ©cessaire de lâhomme. Elle a donc créé cet Olympe, une vraie fable inconsistante. Ainsi, au lever du Soleil â le vrai Dieu â dans vos cĆurs, vos dieux se dissiperont sans pouvoir vous nuire, car ils nâexistent pas.
â il nous faudra encore tâĂ©couter⊠longuement⊠Nous sommes absolument face Ă lâinconnu. Tout ce que tu dis est nouveau.
â Cela te rĂ©pugne-t-il ? Ne peux-tu lâaccepter ? »
Plautina répond avec assurance :
« Non, je me sens plus fiĂšre de ce peu que je sais â et que CĂ©sar ne connaĂźt pas â, que de mon nom.
â Alors, persĂ©vĂšre. 167.15 Je vous laisse avec ma paix.
â Comment, tu ne restes pas, mon Seigneur ? »
Jeanne est désolée.
« Je ne reste pas. Jâai beaucoup Ă faireâŠ
â Oh ! Moi qui voulais te dire ma peine ! »
JĂ©sus, qui sâest mis en route aprĂšs les salutations des Romaines, se retourne et dit :
« Accompagne-moi à la barque. Tu me partageras ton tourment. »
Jeanne va et dit :
« Kouza veut mâenvoyer quelque temps Ă JĂ©rusalem, et cela me chagrine. Il fait cela parce quâil ne veut pas que je reste plus longtemps Ă lâĂ©cart, maintenant que je suis en bonne santĂ©âŠ
â Toi aussi, tu te crĂ©es des brumes inconsistantes ! »
Jésus a déjà un pied dans la barque.
« Si tu pensais que cela va te permettre de me recevoir chez toi ou de me suivre plus facilement, tu te rĂ©jouirais et tu dirais : â La BontĂ© y a pensĂ©. â
â Ah ! Câest vrai, mon Seigneur ! Je nây avais pas rĂ©flĂ©chi.
â tu vois donc ! ObĂ©is en bonne Ă©pouse. LâobĂ©issance te vaudra la rĂ©compense de mâavoir chez toi pour la prochaine PĂąque et lâhonneur de mâaider Ă Ă©vangĂ©liser tes amies. Que la paix soit toujours avec toi ! »
La barque est détachée, et tout prend fin.
Le chapitre entier concerne les dames romaines, que sont Valeria, Plautina et Lydia.
Plautina, nous la connaissons dĂ©jĂ : Comme le souligne François-Michel Debroise sur www.maria-valtorta.org, "c'est chronologiquement la premiĂšre apparition de Plautina dans l'Ćuvre. Cette remarque pourrait sembler surprenante pour qui aurait oubliĂ© que des visions de la Passion ont Ă©tĂ© reçues en 1944, plus d'un an avant celle-ci, dans lesquelles Plautina intervient."
EMV 167.4 · Tome 3, p. 56
Tout comme une plante ne meurt pas tant que ses racines sont nourries par le sol et nâest pas entraĂźnĂ©e dans la mort par la mort de la tige, lâhumanitĂ© ne meurt pas quand cesse la vie terrestre dâun ĂȘtre. Au contraire, de nouvelles fleurs ne cessent dây bourgeonner. Et voici une pensĂ©e encore plus Ă©levĂ©e, capable de nous faire bĂ©nir le CrĂ©ateur : alors que la fleur une fois morte ne revit pas â et câest bien triste ! â, lâhomme endormi de son dernier sommeil nâest pas mort, il mĂšne une vie plus Ă©clatante en recevant par ce quâil y a de meilleur en lui, vie Ă©ternelle et splendeur du CrĂ©ateur qui lâa formĂ©.
EMV 167.5 · Tome 3, p. 57
Si ta petite fille Ă©tait morte, tu nâaurais pas perdu ses caresses pour autant. Les baisers de ton enfant, sĂ©parĂ©e mais pas oublieuse de ton amour, se seraient toujours dĂ©posĂ©s sur ton Ăąme. Vois-tu comme il est doux dâavoir foi en la vie Ă©ternelle ?
EMV 167.5 · Tome 3, p. 57
â (...) Les enfants ne mâennuient jamais. Ce sont toujours mes amis.
â Tu as des enfants ou des neveux, MaĂźtre ? demande Plautina, qui observe avec quels sourires JĂ©sus essaie de faire rire lâenfant.
â Je nâai ni enfant ni neveu, mais jâaime les enfants comme jâaime les fleurs, parce quâils sont purs et sans malice. Et mĂȘme, femme, donne-moi ta petite fille. Il mâest si doux de serrer sur mon cĆur un petit ange ! »
EMV 167.7 · Tome 3, p. 57
â On dit que tu es dieu : est-ce vrai ?
â Je suis le Fils du vrai Dieu, fait chair tout en restant Dieu.
EMV 167.8 · Tome 3, p. 59
Dieu est celui qui, par sa pensée, a fait du Néant le Tout.
EMV 167.8 · Tome 3, p. 59-60
En vĂ©ritĂ©, certains hommes sont plus durs et plus mauvais que des pierres, et certaines pierres sont plus utiles que lâhomme.
EMV 167.10 · Tome 3, p. 61
Que votre ùme médite sur mes paroles.
EMV 167.10 · Tome 3, p. 61
Avez-vous des questions ? Posez-les. Je suis lĂ pour vous Ă©clairer. Il ne faut pas avoir honte de son ignorance. Ce dont il faut avoir honte, câest dây persister quand quelquâun est disposĂ© Ă Ă©claircir les doutes.