Personne ne répond [parmi les apÎtres], et Jésus a un sourire triste, plein de compassion.
154.9 Ce matin, il en a eu un pour moi aussi...
Un tel dĂ©couragement mâavait envahie que je me suis mise Ă pleurer pour beaucoup de raisons. La derniĂšre nâĂ©tait pas la fatigue dâĂ©crire encore et encore avec la conviction que tant de bontĂ© de la part de Dieu et tant de fatigue pour le petit Jean Ă©taient bien inutiles. Dans mes larmes, jâai invoquĂ© mon MaĂźtre. Et puisque, par bontĂ©, il est venu tout exprĂšs pour moi, je lui ai fait part de mes pensĂ©es.
Il a eu un haussement dâĂ©paules qui Ă©quivalait Ă : « Laisse tomber le monde et ses histoires », puis il mâa fait une caresse en me disant :
« Eh quoi ? Tu ne voudrais plus mâaider ? Le monde ne veut pas connaĂźtre mes paroles ? Eh bien, racontons-les-nous entre nous pour la joie que jâai de les rĂ©pĂ©ter Ă un coeur fidĂšle et pour celle que tu as de les entendre. Les lassitudes de lâapostolat !... Elles sont plus accablantes que celles de tout autre travail ! Elles assomÂbrissent le jour le plus serein et remplissent dâamertume la plus douce des nourritures. Tout devient cendre et boue, nausĂ©e et fiel. Mais, mon Ăąme, ce sont les heures oĂč nous prenons sur nous le fardeau de la lassitude, du doute, de la misĂšre des gens du monde qui meurent de ne pas possĂ©der ce que nous avons. Ce sont les heures oĂč nous agissons le plus. Je te lâai dĂ©jĂ dit lâan passĂ©. â A quoi bon ? â se demande lâĂąme submergĂ©e par tout ce qui submerge le monde, câest-Ă -dire les flots quâenvoie Satan et oĂč le monde se noie. Mais lâĂąme clouĂ©e avec son Dieu sur la croix ne se noie pas. Elle perd pour un instant la lumiĂšre et est engloutie sous les eaux nausĂ©euses du dĂ©couragement spirituel, puis se dĂ©gage, plus fraĂźche et plus belle. Ce que tu dis : â Je ne suis plus bonne Ă rien â est une consĂ©quence de cette lassitude. Tu ne serais jamais bonne Ă rien. Mais moi, je suis toujours moi, par consĂ©quent tu seras toujours bonne pour ta fonction de porte-parole. Certainement, si je voyais que, tel un joyau lourd et trĂšs prĂ©cieux, mon don Ă©tait enfoui avarement, utilisĂ© imprudemment ou que, par paresse, on ne cherchait pas Ă le protĂ©ger par ces garanties que la mĂ©chancetĂ© humaine impose de prendre dans certains cas pour protĂ©ger le don et la personne par lâentremise de laquelle il arrive, je dirais mon â ça suffit ! â. Et cette fois, sans retour. Ăa suffit pour tous, exceptĂ© pour ma petite Ăąme qui, aujourdâhui, ressemble tout Ă fait Ă une petite fleur sous une averse. Et ces caresses peuvent-elles te faire douter que, moi, je tâaime ? Allons ! Tu mâas aidĂ© en temps de guerre. Aide-moi, maintenant, encore... Il y a tant Ă faire ! »
Je me suis alors calmĂ©e sous la caresse de la longue main et du sourire si doux de mon JĂ©sus, vĂȘtu de blanc, comme toujours quand il est tout Ă moi.