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Confort de lecture

EMV 98.12 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Ne jugez pas. Oh ! Ne jugez pas ! Cela fait peu de temps que vous ĂȘtes avec moi, et pourtant vous voyez combien de fois moi, qui suis innocent, j’ai Ă©tĂ© Ă  tort mal jugĂ© et accusĂ© de pĂ©chĂ©s inexistants. Mal juger, c’est offenser. Or seul celui qui est vraiment saint ne rĂ©pond pas Ă  l’offense par l’offense. Abstenez-vous donc d’offenser pour n’ĂȘtre pas offensĂ©s. Vous ne manquerez ainsi ni Ă  la charitĂ©, ni Ă  la sainte, chĂšre et douce humilitĂ©, cette ennemie de Satan avec la chastetĂ©.

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EMV 98.12 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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AmĂ©liorez-vous sans cesse, avec patience, avec fermetĂ©, hĂ©roĂŻquement. Qui vous dit que devenir bon n’est pas pĂ©nible ? Je vous l’affirme mĂȘme : c’est l’effort le plus difficile de tous. Mais le Ciel en est la rĂ©compense et il vaut la peine de s’épuiser dans cet effort.

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EMV 99 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Jésus est à Tibériade. Il est guidé par le berger Simon jusqu'à la demeure de Kouza. Il est bien accueilli, mais Jeanne est mourante et Jonathas, dans un dernier effort désespéré, l'a conduite sur les monts du Liban. Elise, la nourrice de Jeanne, pleure et Jésus l'encourage à avoir foi. Il signale qu'il sera à Nazareth et que si Jonathas revient d'ici les six jours, il faut envoyer sa maßtresse dans sa ville natale.

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EMV 099

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Titre du chapitre : x

Date de la vision : x

Calendrier : x

Lieux (carte) : x

Cycle : Apostolat en Philistie

Résumé : x

Contenu du chapitre : x

Ancienne édition : Tome

Détail

Cette note sert uniquement de canevas pour le mot-clé "Résumé de l'EMV".

Annotation

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EMV 100 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Détail

Le groupe apostolique arrive à Nazareth. Philippe veut céder son lit à Matthieu, qui refuse, et c'est finalement Thomas qui gagne la partie : c'est lui qui donnera son lit à l'ancien percepteur d'impÎts. Les fils d'Alphée s'en vont voir leur pÚre en premier. Jésus parle d'eux avec Pierre.

Le Christ croise ensuite Alphée, le petit ami d'Anne aujourd'hui devenu adulte. Il lui présente son fils qu'il a appelé Joseph. Le nazaréen apprend ensuite au Messie que sa MÚre est chez Alphée. Quand le Christ apprend que le vieux pÚre pourrait maltraiter Jude et Jacques, il quitte son compagnon de route pour aller à la maison des Alphée. On est alors devant une scÚne injuste et Jésus apaise le vieillard, mais celui-ci ne veut pas pardonner ses fils d'avoir rejoint le Sauveur, et il chasse Jésus. Le Seigneur le quitte en lui laissant sa paix, et il va consoler Jude et Jacques, qui sont véritablement affligés. Pierre aussi dit des choses réconfortantes et Marie finit par le rejoindre...

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EMV 100.2-9 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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100.2 Les voici arrivĂ©s Ă  Nazareth. Des femmes voient JĂ©sus et le saluent, des hommes et des enfants Ă©galement. Mais on n’entend pas ici, comme dans les autres bourgades, les acclamations au Messie : ce sont des amis qui saluent, plus ou moins chaleureusement, l’Ami qui revient. Chez beaucoup je remarque une curiositĂ© ironique Ă  la vue du groupe hĂ©tĂ©roclite qui accompagne JĂ©sus. Cela ne ressemble vraiment pas Ă  une cour de dignitaires royaux ni Ă  un cortĂšge pompeux de prĂȘtres. En sueur, couverts de poussiĂšre, vĂȘtus trĂšs modestement, sauf Judas, Matthieu, Simon et BarthĂ©lemy – je les ai mis par ordre dĂ©croissant d’élĂ©gance –, ils ressemblent plus Ă  un groupe d’hommes du peuple en voyage qui se rendent Ă  un marchĂ© qu’à la suite d’un roi. Ce Roi n’a pour lui que l’ascendant de la taille et celui de son aspect.

Ils font quelques mĂštres, puis Pierre et Jean s’éloignent sur la droite, tandis que JĂ©sus et les autres s’avancent jusqu’à une petite place remplie d’enfants qui crient autour d’une vasque pleine d’eau oĂč les mĂšres vont puiser.

100.3 Un homme aperçoit Jésus et fait un signe de joyeux étonnement. Il se hùte vers lui et le salue :

« Bon retour ! Je ne t’attendais pas si tĂŽt ! Tiens : embrasse mon dernier petit-enfant. C’est le petit Joseph. Il est nĂ© en ton absence. »

Et il lui tend un bĂ©bĂ© qu’il tient dans les bras.

« Tu l’as appelĂ© Joseph ?

– Oui, je ne l’oublie pas, lui qui Ă©tait un peu de ma parentĂ©. Plus qu’un parent, c’était pour moi un grand ami. J’ai donnĂ© Ă  mes petits-enfants les noms qui m’étaient les plus chers : Anne, mon amie de ma petite enfance, et Joachim. Puis Marie... Ah ! Quelle fĂȘte Ă  sa naissance ! Je me souviens qu’ils me l’ont donnĂ©e Ă  embrasser en disant : “ Tu vois ce bel arc-en-ciel ? C’est le pont par lequel elle est descendue du ciel. C’est le chemin que prennent les anges ” et, c’est vrai, elle ressemblait Ă  un petit ange tant elle Ă©tait belle... Maintenant voici Joseph. Si j’avais su que tu revenais si tĂŽt, je t’aurais attendu pour la circoncision.

– Je te remercie de ton amour pour mes grands-parents et pour mon pĂšre et ma mĂšre. C’est un bel enfant. Qu’il soit juste pour l’éternitĂ© comme Joseph le Juste. »

Jésus berce le petit qui lui fait des risettes pleines de lait.

« Si tu m’attends, je viens avec toi. J’attends que les amphores soient pleines. Je ne veux pas que ma fille Marie se fatigue. Et mĂȘme, regarde ce que je fais. Je donne les brocs Ă  tes disciples, s’ils veulent les prendre, et je parle un peu seul Ă  seul avec toi.

– Mais bien sĂ»r que nous les prenons ! Nous ne sommes pas des rois assyriens, s’exclame Thomas, saisissant aussitĂŽt un broc.

– Alors, attention. Marie, femme de Joseph, n’est pas Ă  la maison. Elle est chez son beau-frĂšre, sais-tu ? Mais la clĂ© est chez moi. Faites-la-vous remettre pour entrer dans la maison, dans l’atelier, je veux dire.

– Oui, oui, entrez mĂȘme dans la maison, je viendrai plus tard. »

Les apĂŽtres s’en vont et JĂ©sus reste avec AlphĂ©e, fils de Sarah.

« Je voulais te dire... Je suis vraiment ton ami... Quand on est un vrai ami, plus ĂągĂ©, et de la mĂȘme ville, on peut parler. Je crois que je dois parler... Moi... je ne veux pas te donner de conseil. Tu sais mieux que moi. Je veux seulement t’avertir que... oh, je ne veux pas faire l’espion, ni te faire voir ta famille sous un mauvais jour. Mais je crois en toi, Messie et... et cela me fait de la peine, voilĂ , de voir qu’ils disent que tu n’es pas toi, je veux dire pas le Messie, que tu es un malade, que tu ruines la famille et ta parentĂ©. La ville... Tu sais, AlphĂ©e est trĂšs estimĂ© et la ville les Ă©coute eux aussi, et maintenant il est malade et il fait pitiĂ©... Parfois la pitiĂ© elle-mĂȘme pousse Ă  des actes injustes. Vois, j’y Ă©tais, le soir oĂč Jude et Jacques t’ont dĂ©fendu, toi et la libertĂ© de te suivre... Oh, quelle scĂšne ! Je ne sais comment ta MĂšre y rĂ©siste ! Et cette pauvre Marie, femme d’AlphĂ©e ? Les femmes sont toujours victimes dans certaines situations de famille.

– En ce moment, mes cousins sont chez leur pùre...

– Chez leur pĂšre ? Ah, je les plains ! Ce vieillard est vraiment hors de lui et, c’est sĂ»rement l’ñge et la maladie, mais il se conduit comme un fou. S’il n’était pas fou, il me ferait encore davantage pitiĂ© car... il y perdrait son Ăąme.

– Penses-tu qu’il va maltraiter ses fils ?

– J’en suis certain. Je le regrette pour eux et pour les femmes... OĂč vas-tu ?

– A la maison du vieil AlphĂ©e.

– Non, JĂ©sus ! Ne te fais pas manquer de respect !

– Mes cousins m’aiment plus qu’eux-mĂȘmes, et il est juste que je leur montre un Ă©gal amour... Et il y a lĂ -bas deux femmes qui me sont chĂšres... J’y vais. Ne me retiens pas. »

JĂ©sus se hĂąte vers la maison d’AlphĂ©e, pendant que l’autre reste, pensif, au milieu de la rue.

100.4 JĂ©sus marche rapidement. Je le vois atteindre la bordure du jardin d’AlphĂ©e. Il est rejoint par les pleurs d’une femme et les hurlements incohĂ©rents d’un homme. JĂ©sus parcourt encore plus vite les derniers mĂštres qui le sĂ©parent de la maison, Ă  travers le jardin tout vert.

Il va arriver sur le seuil de la maison, quand sa MĂšre apparaĂźt Ă  la porte et voit son fils.

« Maman !

– JĂ©sus ! »

Deux cris d’amour.

Jésus va entrer, mais Marie dit :

« Non, mon Fils. »

Et elle se met sur le seuil, les bras ouverts, les mains serrĂ©es aux montants de la porte, une vraie barriĂšre de chair et d’amour, et elle rĂ©pĂšte :

« Non, mon Fils, ne fais pas cela.

– Laisse, Maman, il ne va rien se passer. »

JĂ©sus est trĂšs calme, mĂȘme si la grande pĂąleur de Marie doit sĂ»rement le troubler. Il saisit son fin poignet, dĂ©tache sa main de l’huisserie, et passe.

Dans la cuisine sont rĂ©pandus sur le sol les oeufs rĂ©duits Ă  l’état de pĂątĂ©e visqueuse, les grappes de raisin, le pot de miel apportĂ©s de Cana.

D’une autre piĂšce parvient la voix plaintive d’un vieillard qui jure, accuse, se lamente, dans une de ces colĂšres sĂ©niles si injustes, si impuissantes, pĂ©nibles Ă  voir et douloureuse Ă  subir :

« Ma maison est dĂ©truite, elle est devenue la fable de tout Nazareth, et me voilĂ  ici, seul, sans aide, blessĂ© au coeur, atteint dans mon respect, dans mes besoins ! VoilĂ  ce qu’il te reste, AlphĂ©e, pour avoir agi en vrai fidĂšle ! Et pourquoi ? Pourquoi ? Pour un fou. Un fou qui rend fous mes imbĂ©ciles de fils. Ah ! Ah ! Quelles souffrances ! »

Et la voix de Marie, femme d’AlphĂ©e, en larmes, qui supplie :

« Sois bon, AlphĂ©e, sois bon ! Tu ne vois pas que tu te fais du mal ? Viens, que je t’aide Ă  te coucher... Toi qui as toujours Ă©tĂ© bon, toujours juste... Pourquoi, maintenant, te montres-tu comme ça avec toi, avec moi, avec ces pauvres enfants ?...

– Non, non ! Ne me touche pas ! Je ne veux pas ! Bons, mes fils ? Ah oui, vraiment ! Ce sont deux ingrats ! Ils m’apportent du miel aprĂšs m’avoir rempli d’amertume. Ils m’apportent des oeufs et des fruits aprĂšs m’avoir mangĂ© le coeur ! Va-t’en, je te dis ! Va-t’en. Je ne veux pas de toi. Je veux Marie. Elle, elle sait comment faire. OĂč est maintenant cette faible femme qui ne sait pas se faire obĂ©ir de son Fils ? »

ChassĂ©e, Marie, femme d’AlphĂ©e, entre dans la cuisine au moment oĂč JĂ©sus est sur le point d’entrer dans la chambre d’AlphĂ©e. Elle le voit et s’écroule sur lui, en sanglotant de dĂ©sespoir, tandis que la Vierge Marie, humble et patiente, se rend auprĂšs du vieillard colĂ©rique.

« Ne pleure pas, ma tante. J’y vais Ă  mon tour.

– Non ! Ne te fais pas insulter ! Il semble fou. Il a son bĂąton. Non, JĂ©sus, non. Il a frappĂ© mĂȘme ses fils.

– Il ne me fera rien. »

Doucement mais fermement, Jésus écarte sa tante et entre.

100.5 « Paix à toi, Alphée. »

Le vieillard, qui allait se coucher avec mille plaintes et reproches adressĂ©s Ă  Marie sous prĂ©texte qu’elle ne sait pas s’y prendre (alors qu’il venait de dire qu’elle seule savait comment faire), se retourne brusquement.

« Toi ici ? Tu viens te moquer de moi ? MĂȘme ça ?

– Non. Je viens t’apporter la paix. Pourquoi es-tu aussi inquiet ? Tu te fais du mal. Maman, laisse. C’est moi qui vais le soulever. Je ne te ferai pas mal et tu n’auras pas d’effort Ă  faire. Maman, soulĂšve les couvertures. »

JĂ©sus prend dĂ©licatement ce petit tas d’os rĂąlant, flasque, mĂ©chant, pleurant, misĂ©rable, et l’allonge avec beaucoup de prĂ©cautions, comme s’il s’agissait d’un nouveau-nĂ©, sur le lit.

« VoilĂ , comme ça. Comme je le faisais pour mon pĂšre. Plus haut, ce coussin. Il te tiendra soulevĂ© et tu respireras mieux. Maman, mets-lui sous les reins ce petit coussin. Il sera plus moelleux. Arrangeons la lumiĂšre, maintenant, pour qu’elle ne lui blesse pas les yeux, mais laisse passer l’air pur. VoilĂ  qui est fait. Maintenant... j’ai vu une dĂ©coction sur le feu. Apporte-la, Maman. Et bien sucrĂ©e. Tu transpires et tu es en train de prendre froid. Cela va te faire du bien. »

Obéissante, Marie sort.

« Mais moi... mais moi... Pourquoi es-tu bon avec moi ?

– Parce que je t’aime, tu le sais.

– Moi, je t’en voulais... mais maintenant...

– Maintenant ne m’en veux plus. Je le sais. Mais moi je t’aime bien, et cela me suffit. Plus tard, tu m’aimeras.

– Et alors... aïe, quelles souffrances ! Et alors, s’il est vrai que tu m’aimes, pourquoi faire offense à mes cheveux blancs ?

– Je ne t’offense pas, AlphĂ©e, en aucune façon. Je t’honore.

– Tu m’honores ? Je suis la fable de Nazareth, voilà.

– Pourquoi parler ainsi, AlphĂ©e ? En quoi est-ce que je fais de toi la fable de Nazareth ?

– A propos de mes enfants. Pourquoi sont-ils rebelles ? Pour toi. Pourquoi se moque-t-on ? A cause de toi.

– Dis-moi : si, Ă  Nazareth, on faisait ton Ă©loge en raison du sort de tes fils, est-ce que tu Ă©prouverais la mĂȘme douleur ?

– Dans ce cas, non ! Mais Nazareth ne fait pas mon Ă©loge. Elle le ferait si tu Ă©tais rĂ©ellement un conquĂ©rant. Mais m’abandonner pour un homme qui n’est pas loin d’ĂȘtre un fou et qui va de par le monde en s’attirant haines et railleries, pauvre parmi les pauvres ! Ah, qui ne rirait ! Ma pauvre maison ! Pauvre maison de David, comment tu finis ! Et je devrais vivre assez longtemps pour voir ce malheur ? Te voir, toi le dernier rejeton de cette race glorieuse, sombrer dans la folie par trop de servilitĂ© ? Ah ! Malheur sur nous Ă  partir du jour oĂč mon faible frĂšre s’est laissĂ© unir Ă  cette femme insipide et pourtant autoritaire, qui a eu tout pouvoir sur lui. Je l’avais bien dit, alors : “ Joseph n’est pas fait pour le mariage. Il sera malheureux. ” Et il l’a Ă©tĂ©. Lui, il savait comme elle Ă©tait, et en fait de mariage il n’avait jamais rien voulu savoir. MalĂ©diction Ă  la loi des orphelines hĂ©ritiĂšres ! MalĂ©diction au destin. MalĂ©diction sur ce mariage. »

La “ Vierge hĂ©ritiĂšre ” est revenue avec la dĂ©coction, Ă  temps pour entendre les jĂ©rĂ©miades de son beau-frĂšre. Elle est encore plus pĂąle, mais sa grĂące patiente n’en est pas troublĂ©e. Elle s’approche d’AlphĂ©e et, avec un doux sourire, l’aide Ă  boire.

« Tu es injuste, AlphĂ©e. Mais tu as si mal qu’on te pardonne tout, dit JĂ©sus qui lui soulĂšve la tĂȘte.

– Ah oui, j’ai bien mal ! Tu prĂ©tends ĂȘtre le Messie ! Tu fais des miracles. C’est ce qu’on dit. Au moins, pour me payer des fils que tu m’as pris, guĂ©ris-moi. GuĂ©ris-moi... et je te pardonnerai.

– C’est à toi de pardonner à tes fils. Comprends leur ñme, et je te soulagerai. Si tu as de la rancune, je ne peux rien faire.

– Pardonner ? »

Le vieillard fait un saut qui, naturellement, exaspĂšre ses souffrances, et cela le rend de nouveau furieux.

« Pardonner ? Jamais ! Va-t’en ! Va-t’en, si c’est cela que tu dois me dire ! Va-t’en ! Je veux mourir sans qu’on me trouble davantage. »

Jésus fait un geste de résignation.

« Adieu, AlphĂ©e. Je m’en vais... Dois-je vraiment partir ? Mon oncle... dois-je vraiment partir ?

– Si tu ne me satisfais pas, oui, va-t’en. Et dis à ces deux serpents que leur vieux pùre meurt avec de la rancune contre eux.

– Non, pas cela. Ne perds pas ton Ăąme. Ne m’aime pas si tu veux, ne crois pas que je suis le Messie, mais ne hais pas. Ne hais pas, AlphĂ©e. Ridiculise-moi, dis que je suis fou, mais ne hais pas.

– Mais pourquoi m’aimes-tu, si je t’insulte ?

– Parce que je suis Celui que tu ne veux pas reconnaütre : je suis l’Amour. Maman, je vais à la maison.

– Oui, mon Fils, je vais venir dans quelque temps.

– Je te laisse ma paix, AlphĂ©e. Si tu me veux, envoie-moi chercher, Ă  n’importe quelle heure, et je viendrai. »

JĂ©sus sort, calme comme si rien ne s’était passĂ©. Il est seulement plus pĂąle.

« Oh ! JĂ©sus, JĂ©sus, pardonne-lui, gĂ©mit Marie, femme d’AlphĂ©e.

– Mais oui, Marie. Il n’est mĂȘme pas nĂ©cessaire de le faire. On pardonne tout Ă  une personne qui souffre. Il est dĂ©jĂ  plus calme, maintenant. La grĂące travaille Ă  l’insu des coeurs. Et puis il y a tes larmes, et certainement la souffrance de Jude et de Jacques, ainsi que leur fidĂ©litĂ© Ă  leur vocation. Que la paix vienne dans ton coeur angoissĂ©, ma tante. »

Il l’embrasse et sort dans le jardin pour aller à la maison.

100.6 Au moment oĂč il sort dans la rue, voici qu’entre Pierre et derriĂšre lui Jean, essoufflĂ©s aprĂšs avoir couru.

« MaĂźtre ! Mais qu’est-il donc arrivĂ© ? Jacques m’a dit : “ Cours chez moi. Qui sait comment JĂ©sus est traitĂ© ? ” Mais, non, je me trompe. AlphĂ©e, celui de la fontaine, est entrĂ© et il a dit Ă  Jude : “ JĂ©sus est chez toi. ” C’est alors que Jacques a dit cela... Tes cousins sont atterrĂ©s. Moi je n’y comprends rien, mais je te vois... et je suis rassurĂ©.

– Ce n’est rien, Pierre. Un pauvre malade que les souffrances rendent intolĂ©rant. Maintenant, tout est fini.

– Ah, je m’en rĂ©jouis ! Et toi, pourquoi es-tu ici ? »

Pierre interpelle Judas qui accourt lui aussi. Le ton n’est pas trùs doux.

« toi aussi, tu es là, il me semble.

– On m’a priĂ© de venir et je suis venu.

– Moi aussi, je suis venu. Si le MaĂźtre Ă©tait en danger, dans sa patrie, moi, qui l’ai dĂ©jĂ  dĂ©fendu en JudĂ©e, je peux aussi le dĂ©fendre en GalilĂ©e.

– Nous suffisons Ă  celĂ . Mais en GalilĂ©e ce n’est pas nĂ©cessaire.

– Ah ! En effet, sa patrie le rejette comme une nourriture indigeste. C’est bien. J’en suis content pour toi qui t’es scandalisĂ© d’un petit incident survenu en JudĂ©e, oĂč il est inconnu. Ici, en revanche !... »

Sur ces mots, Judas sifflote d’un air moqueur.

« Ecoute, mon garçon. Je suis peu en humeur de te supporter. ArrĂȘte donc, si tu tiens Ă ... quelque chose. MaĂźtre, ils t’ont fait du mal ?

– Mais non, mon Pierre. Je te l’assure. 100.7 HĂątons-nous d’aller con­soler mes cousins. »

Ils partent et entrent dans le grand atelier. Jude et Jacques se tiennent prĂšs du grand Ă©tabli de menuisier, Jacques debout, Jude assis sur un tabouret, le coude appuyĂ© sur le banc, la tĂȘte posĂ©e sur la main.

JĂ©sus s’avance vers eux en souriant, pour leur tĂ©moigner tout de suite son affection :

« Alphée est plus tranquille, maintenant. Les douleurs se calment et la paix revient tout à fait. Soyez tranquilles, vous aussi.

– Tu l’as vu ? Et maman ?

– J’ai vu tout le monde. »

Jude demande :

« MĂȘme nos frĂšres ?

– Non, ils n’étaient pas lĂ .

– Si, ils Ă©taient lĂ  ! Ils n’ont pas voulu se montrer Ă  toi. Mais Ă  nous, oui. Ah ! Si nous avions commis un crime, ils ne nous auraient pas traitĂ©s de la sorte. Et nous qui venions de Cana, volant par la joie de le revoir et de lui apporter des choses qui lui plaisent ! Nous l’aimons et... et il ne nous comprend plus... il n’a plus confiance en nous. »

Jude plie son bras et pleure, la tĂȘte sur le banc. Jacques est plus fort, mais son visage reflĂšte un vrai martyre intĂ©rieur.

« Ne pleure pas, Jude. Et toi, ne t’abandonne pas Ă  la souffrance.

– Oh JĂ©sus ! Nous sommes ses fils et... il nous a maudits. Mais malgrĂ© notre dĂ©chirement, non, nous ne revenons pas en arriĂšre ! Nous sommes Ă  toi, et c’est avec toi que nous demeurerons, mĂȘme si, pour nous en dĂ©tacher, on nous menace de mort ! S’écrie Jacques.

– Et tu te prĂ©tendais incapable d’hĂ©roĂŻsme ? Moi, je le savais. Mais toi, tu le dis de toi-mĂȘme. En vĂ©ritĂ© tu seras fidĂšle mĂȘme devant la mort. Et toi aussi. »

Jésus les caresse, mais eux souffrent. Les pleurs de Jude résonnent sous la voûte de pierre.

100.8 C'est pour moi l’occasion de mieux voir l’ñme des disciples.

Pierre, avec son honnĂȘte visage attristĂ©, s’écrie :

« Eh oui ! C’est une souffrance... Quelle tristesse ! Mais, mes enfants (il les secoue affectueusement), il n’est pas donnĂ© Ă  tous de mĂ©riter ces mots... Moi... moi je me rends compte que je suis chanceux, par l’appel que JĂ©sus m’a fait. Cette brave femme qu’est mon Ă©pouse ne cesse de me seriner : “ C’est comme si j’étais rĂ©pudiĂ©e, puisque tu n’es plus Ă  moi. Mais je dis : ‘ Heureuse rĂ©pudiation ! ’ ” Dites-le, vous aussi. Vous perdez un pĂšre, mais vous gagnez Dieu. »

Etant orphelin, le berger Joseph ignore qu’un pĂšre puisse ĂȘtre occasion de peine, si bien qu’il s’étonne :

« Je croyais ĂȘtre le plus malheureux, parce que sans pĂšre. Mais je m’aperçois qu’il vaut mieux le pleurer mort qu’ennemi. »

Jean se borne Ă  embrasser et caresser ses compagnons.

André soupire et se tait. Il brûle de parler, mais sa timidité lui serre la gorge.

Thomas, Philippe, Matthieu et NathanaĂ«l parlent doucement dans un coin, avec le respect qu’on Ă©prouve devant une vraie douleur.

Jacques, fils de Zébédée, prie, à voix basse, pour que Dieu donne sa paix.

Quant Ă  Simon le ZĂ©lote, comme son attitude me plaĂźt ! Il quitte son coin et s’approche des deux disciples en peine. Il pose une main sur la tĂȘte de Jude, l’autre bras enserre la taille de Jacques et il dit :

« Ne pleure pas, mon fils. JĂ©sus nous l’avait dit, Ă  toi et Ă  moi : “ Je vous unis : toi, qui, pour moi, perds un pĂšre, et toi qui as un coeur de pĂšre sans avoir d’enfant. ” Nous n’avions pas compris combien ces paroles Ă©taient prophĂ©tiques. Mais lui le savait. VoilĂ  : je vous en prie. Je suis ĂągĂ© et j’ai toujours rĂȘvĂ© qu’on m’appelle “ pĂšre ”. Acceptez-moi comme tel, et moi, comme pĂšre, je vous bĂ©nirai matin et soir. Je vous en prie, acceptez-moi comme pĂšre. »

Les deux acquiescent en sanglotant plus fortement.

100.9 Marie la trĂšs-sainte entre et accourt prĂšs des deux affligĂ©s. Elle caresse la chevelure d’ébĂšne de Jude et la joue de Jacques. Elle est blanche comme un lys.

Jude lui prend la main, la baise et demande :

« Que fait-il ?

– Il dort, mon fils. Votre maman vous envoie son baiser » et elle les embrasse tous les deux.

La voix rauque de Pierre explose :

« Allons, viens ici un moment, je veux te dire quelque chose. »

Je vois Pierre saisir de sa robuste main un bras de Judas et l’emmener dehors, dans la rue. Puis il revient seul.

« OĂč l’as-tu envoyĂ© ? demande JĂ©sus.

– OĂč ? Prendre l’air. Car si l’air ne l’avait pas calmĂ©, moi, je le lui aurais donnĂ© d’une autre façon... ce n’est qu’à cause de toi que je ne l’ai pas fait. Ah ! Maintenant, ça va mieux. Celui qui rit devant la souffrance est une vipĂšre, et moi, les serpents, je les chasse... Oui, heureusement que tu es lĂ ... je l’ai seulement envoyĂ© au clair de lune. Il se pourrait... mais moi je deviendrais plutĂŽt un scribe, chose que Dieu seul est capable de faire de moi qui ai tout juste conscience d’ĂȘtre au monde­ ; mais lui, mĂȘme avec l’aide de Dieu, je doute qu’il devienne bon. C’est Simon, fils de Jonas, qui te l’assure, et je ne me trompe pas. Non ! Ne t’en fais pas ! Il a Ă©tĂ© heureux de sortir et de ne pas partager notre peine. Son coeur est plus sec qu’un caillou sous le soleil d’aoĂ»t. Allons, les enfants ! Il y a lĂ  une MĂšre plus douce qu’il n’en pourrait y avoir au Ciel. Il y a lĂ  un MaĂźtre meilleur que tout le paradis. Il y a lĂ  bien des coeurs honnĂȘtes qui vous aiment sincĂšrement. Les averses, ça fait du bien : ça fait tomber la poussiĂšre. Demain, vous serez plus frais que des fleurs, plus lĂ©gers que des oiseaux pour suivre notre JĂ©sus. »

Et c’est sur ces simples et bonnes paroles de Pierre que tout se termine.

Détail

Saint Joseph est énoncé à deux reprises en 100.5 ; Marie d'Alphée est présente en 100. 4 et 100.5 ; on parle de Joseph et de Simon d'Alphée en 100.6. Judas et Pierre arrivent à partir de 100.6.

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