EMV 12.6-8 · Tome 1, p. 88-91
LâEvangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©
Citation
12.6 Les deux fiancĂ©s se font face. Marie, toute rouge, a la tĂȘte inclinĂ©e. Joseph, un peu rouge lui aussi, lâobserve et cherche les mots Ă dire pour commencer.
Il les trouve finalement et un sourire lâĂ©claire.
« Je te salue, Marie. Je tâai vue toute petite, alors que tu avais quelques jours seulement... JâĂ©tais un ami de ton pĂšre et jâai un neveu, un petit-fils de mon frĂšre AlphĂ©e, qui aimait beaucoup ta mĂšre. CâĂ©tait pour elle un petit ami, parce quâil nâa que dix-huit ans aujourdâhui et, quand tu nâĂ©tais pas encore nĂ©e, câĂ©tait un tout petit bonhomme qui rĂ©jouissait la tristesse de ta mĂšre. Elle lâaimait beaucoup. Tu ne nous connais pas, parce que tu es venue ici toute petite. Mais Ă Nazareth tout le monde tâaime bien, pense Ă toi, et parle de la petite Marie, la fille de Joachim, dont la naissance fut un miracle du Seigneur qui fit refleurir la femme stĂ©rile... Je me rappelle ce soir oĂč tu es nĂ©e... Nous nous en souvenons tous Ă cause du prodige dâune forte pluie qui sauva les rĂ©coltes, et dâun orage violent dans lequel la foudre ne brisa pas mĂȘme un brin de bruyĂšre sauvage et se termina par un arc-en-ciel, le plus grand et le plus beau quâon ait jamais vu. Et puis... qui ne se rappelle pas la joie de Joachim ? Il te berçait en te montrant Ă ses voisins... Il tâadmirait comme si tu Ă©tais une fleur tombĂ©e du ciel et voulait que tout le monde tâadmire. Ton heureux et vieux pĂšre mourut en parlant de sa Marie, si belle et bonne, dont les paroles Ă©taient si pleines de grĂące et de sagesse... Il avait bien raison de tâadmirer et de dire que nulle autre nâest plus belle que toi ! Et ta mĂšre ? Elle remplissait de son chant lâendroit oĂč se trouvait ta maison. On aurait dit une alouette au printemps quand elle te portait et plus tard, quand elle te donnait le sein. Câest moi qui ai fait ton berceau, un petit berceau ornĂ© de roses sculptĂ©es, comme le voulait ta mĂšre. Peut-ĂȘtre est-il encore dans votre maison fermĂ©e... Moi, jâai dĂ©jĂ un certain Ăąge, Marie. Lorsque tu es nĂ©e, je faisais mon apprentissage. Je travaillais dĂ©jĂ ... Qui aurait dit que jâallais tâavoir pour Ă©pouse ! Peut-ĂȘtre la mort de tes parents aurait-elle Ă©tĂ© plus heureuse, puisque nous Ă©tions amis. Jâai enseveli ton pĂšre en le pleurant dâun coeur sincĂšre, car il avait Ă©tĂ© pour moi un bon maĂźtre dans la vie. »
Lentement, trĂšs lentement, Marie lĂšve la tĂȘte. Elle est de plus en plus rassurĂ©e en entendant les mots de Joseph. Quand il lui parle du berceau, elle esquisse un sourire et quand Joseph lui parle de son pĂšre, elle lui tend la main et dit : « Merci, Joseph », un merci timide et plein de douceur.
Joseph prend la petite main de jasmin entre ses mains courtes et fortes de charpentier et la caresse avec une affection qui veut la rassurer. Peut-ĂȘtre attend-il quâelle en dise davantage, mais Marie se tait de nouveau. Il reprend alors :
« La maison, tu le sais, est intacte, exceptĂ© la partie qui a Ă©tĂ© abattue par ordre du consul pour transformer le sentier en une voie pour les fourgons de Rome. Mais les champs sont un peu nĂ©gligĂ©s, du moins ce qui tâen reste car, tu sais... la maladie de ton pĂšre a coĂ»tĂ© une grande partie de tes biens. Voici plus de trois printemps que les arbres et les vignes nâont pas vu la cisaille du jardinier, et la terre est devenue inculte et dure. Mais les arbres que tu as connus dans ton enfance sont toujours lĂ et, si tu me le permets, je vais tout de suite mâen occuper.
â Merci, Joseph. Mais tu as dĂ©jĂ ton travail...
â Je travaillerai Ă ton jardin aux premiĂšres et aux derniĂšres heures du jour. A cette Ă©poque, les jours sâallongent. Je veux que tout soit en ordre au printemps, pour te faire plaisir. Regarde, voici un rameau de lâamandier qui jouxte la maison. Si jâai voulu le cueillir... â on peut entrer de tout cĂŽtĂ© par la haie Ă©ventrĂ©e, mais je vais la consolider et la renforcer â, si donc jâai voulu le cueillir, câest que je pensais quâau cas oĂč je serais choisi â mais je ne lâespĂ©rais pas, car je suis nazir et jâai obĂ©i Ă la convocation parce quâelle provenait du prĂȘtre, non par dĂ©sir de mariage â je pensais, disais-je, que tu serais heureuse dâavoir une fleur de ton jardin. La voilĂ , Marie, câest pour toi. Avec elle, je te donne mon coeur qui jusquâici nâa fleuri que pour le Seigneur, et maintenant fleurit pour toi, mon Ă©pouse. »
12.7 Marie prend le rameau dâamandier. Elle est Ă©mue et regarde Joseph dâun air toujours plus rassurĂ© et radieux. Elle se sent sĂ»re de lui quand il lui dit : « Je suis nazir », son visage devient tout lumineux, et elle prend courage.
« Moi aussi, Joseph, jâappartiens totalement Ă Dieu. Je ne sais pas si le grand-prĂȘtre te lâa dit...
â Il mâa seulement appris que tu es bonne et pure, et que tu dois me rĂ©vĂ©ler un voeu que tu as fait, et il mâa recommandĂ© dâĂȘtre bon avec toi. Parle, Marie. Ton Joseph veut satisfaire tous tes dĂ©sirs pour te rendre heureuse. Je ne tâaime pas charnellement. Je tâaime spirituellement, comme une sainte enfant que Dieu me donne ! Vois en moi un pĂšre et un frĂšre, pas seulement un Ă©poux. Confie-toi Ă moi comme Ă un pĂšre, aie confiance en moi comme en un frĂšre.
â DĂšs mon plus jeune Ăąge, je me suis consacrĂ©e au Seigneur. Je sais que cela ne se fait pas en IsraĂ«l. Mais jâentendais une Voix me demander ma virginitĂ© en sacrifice dâamour pour lâavĂšnement du Messie. Cela fait si longtemps quâIsraĂ«l lâattend ! Ce nâest pas trop de renoncer pour cela Ă la joie dâĂȘtre mĂšre ! »
Joseph lâobserve fixement comme sâil voulait lire au fond de son coeur puis, prenant ses deux mains qui tiennent encore le rameau en fleurs, il rĂ©pond :
« Moi aussi, jâunirai mon sacrifice au tien, et par notre chasÂtetĂ© nous tĂ©moignerons un tel amour Ă lâEternel quâil donnera plus tĂŽt le Sauveur Ă la terre, nous permettant ainsi de voir sa lumiĂšre resplendir dans le monde. Viens, Marie. Allons Ă sa Maison et jurons de nous aimer Ă la maniĂšre des anges. 12.8Puis je retournerai Ă Nazareth tout prĂ©parer pour toi, dans ta maison si tu le dĂ©sires, ou ailleurs si tu prĂ©fĂšres.
â Chez moi... il y avait une grotte, tout au fond... elle y est toujours ?
â Elle y est, mais elle ne tâappartient plus... Je tâen ferai une autre oĂč tu pourras trouver calme et fraĂźcheur aux heures les plus chaudes de la journĂ©e. Et puis, dis-moi, qui veux-tu pour te tenir compagnie ?
â Personne. Je nâai pas peur. La mĂšre dâAlphĂ©e, qui vient toujours me rendre visite, me tiendra un peu compagnie dans la journĂ©e et je prĂ©fĂšre rester seule la nuit. Il ne peut rien mâarriver de mal.
â Et puis, je suis lĂ , moi, dĂ©sormais... Quand dois-je venir te chercher ?
â Quand tu veux, Joseph.
â Alors je viendrai dĂšs que la maison sera prĂȘte. Je ne toucherai Ă rien. Je veux que tu la trouves telle que ta mĂšre lâa laissĂ©e. Mais je dĂ©sire quâelle soit pleine de soleil et bien propre, pour que tu ne tây sentes pas accueillie tristement. Viens, Marie. Allons dire au TrĂšs-Haut que nous le bĂ©nissons. »
Je ne vois rien de plus. Mais je garde au fond du coeur le sentiment de sĂ©curitĂ© quâĂ©prouve Marie.