« Venez autour de moi. Pendant ces mois de prĂ©sence et dâabsence, je vous ai soupesĂ©s et Ă©tudiĂ©s. Je vous ai connus et jâai connu le monde par expĂ©rience humaine. Maintenant jâai dĂ©cidĂ© de vous envoyer dans le monde. Mais auparavant, je dois vous instruire, pour vous rendre capables dâaffronter le monde avec la douceur et la sagacitĂ©, le calme et la constance, la conscience et la science de votre mission. Ce temps de soleil brĂ»lant empĂȘche de longues pĂ©rĂ©grinations en Palestine, et je veux lâemployer Ă vous instruire et Ă former en vous des disciples. Comme un musicien, jâai senti ce quâil y a en vous de discordant et je viens vous donner le ton pour lâharmonie cĂ©leste que vous devez transmettre au monde, en mon nom. Je retiens ce fils (il dĂ©signe Joseph) car je lui dĂ©lĂšgue la charge de porter Ă ses compagnons mes paroles, pour quâil se forme lĂ un noyau solide qui mâannonce en faisant connaĂźtre, non seulement mon existence, mais aussi les caractĂ©ristiques les plus essentielles de mon enseignement.
91.2 Je commence par vous dire quâil est absolument nĂ©cessaire que vous vous aimiez et que vous ne fassiez quâun. Qui ĂȘtes-vous ? Des hommes de toutes classes sociales, de tout Ăąge, et de toute rĂ©gion. Jâai prĂ©fĂ©rĂ© prendre des esprits encore vierges en matiĂšre de doctrine et de connaissances, car je les pĂ©nĂ©trerai plus facilement de mon enseignement. Par ailleurs, vous ĂȘtes destinĂ©s Ă Ă©vangĂ©liser des gens qui seront dans lâignorance absolue du vrai Dieu : je veux donc quâen vous souvenant de votre primitive ignorance de Dieu, vous ne les dĂ©daigniez pas, mais que vous les instruisiez avec pitiĂ©, vous rappelant avec quelle pitiĂ© jâai fait de mĂȘme Ă votre Ă©gard.
Je sens sâĂ©lever en vous une objection : â Nous ne sommes pas paĂŻens, mĂȘme si nous nâavons pas de culture intellectuelle. â Non, vous ne lâĂȘtes pas. Cependant non seulement vous, mais mĂȘme ceux qui parmi vous reprĂ©sentent les savants et les riches, vous vous ĂȘtes tous laissĂ©s prendre par une religion qui, dĂ©naturĂ©e par trop de raisons, nâa de religion que le nom. En vĂ©ritĂ©, je vous dĂ©clare que nombreux sont ceux qui se glorifient dâĂȘtre des fils de la Loi. Mais 80% dâentre eux ne sont que des idolĂątres qui ont embrouillĂ© dans les nuĂ©es de mille petites religions humaines la Loi vraie, sainte, Ă©ternelle du Dieu dâAbraham, dâIsaac et de Jacob. Aussi, quand vous vous regardez les uns les autres, aussi bien vous, les pĂȘcheurs humbles et sans culture, que vous qui ĂȘtes marchands ou fils de marchands, officiers ou fils dâofficiers, riches ou fils de riches, dites : â Nous sommes tous pareils. Tous, nous avons les mĂȘmes lacunes et tous nous avons besoin du mĂȘme enseignement. FrĂšres par nos dĂ©fauts personnels ou nationaux, nous devons dĂ©sormais devenir frĂšres dans la connaissance de la vĂ©ritĂ© et lâeffort pour la mettre en pratique. â
Oui, des frĂšres : je veux que ce soit le nom que vous vous donniez lâun Ă lâautre et que vous vous considĂ©riez comme tels. Vous ĂȘtes comme une seule famille. Quand est-ce quâune famille est prospĂšre et que le monde lâadmire ? Quand on y trouve lâunion et la concorde. Si un fils devient lâennemi de lâautre, si un frĂšre nuit Ă lâautre, la prospĂ©ritĂ© de cette famille sera-t-elle durable ? Non. Câest en vain que le pĂšre de famille sâefforce de travailler, dâaplanir les difficultĂ©s et de sâimposer au monde. Ses efforts restent sans rĂ©sultat, car les ressources sâeffritent, les difficultĂ©s augmentent, le monde se moque de cet Ă©tat de procĂšs perpĂ©tuels qui Ă©miettent les affections et les biens â alors que, unis, ils Ă©taient puissants contre le monde â en un tas de petits, de mesquins intĂ©rĂȘts contraires dont profitent les ennemis de la famille pour en accĂ©lĂ©rer la ruine. Quâil nâen soit jamais ainsi parmi vous ! Soyez unis. Aimez-vous. Aimez-vous pour vous apporter une aide mutuelle. Aimez-vous pour enseigner Ă aimer.
91.3 Observez. MĂȘme ce qui nous entoure nous enseigne cette grande force. Regardez cette tribu de fourmis qui accourt tout entiĂšre vers un mĂȘme endroit. Suivons-la et nous dĂ©couvrirons la raison de leur affluence, qui nâest pas inutile, vers ce point dĂ©terminĂ©... VoilĂ : lâune de leurs petites soeurs a dĂ©couvert, grĂące Ă ses organes minuscules qui nous sont invisibles, un grand trĂ©sor sous cette large feuille de radis sauvage. Câest un morceau de mie de pain, peut-ĂȘtre tombĂ© des mains dâun paysan venu soigner ses oliviers, ou bien de celles dâun voyageur qui a fait une pause Ă lâombre pour prendre son repas, ou encore de celles dâun joyeux gamin courant sur lâherbe fleurie. Comment, Ă elle seule, aurait-elle pu traĂźner dans sa fourmiliĂšre ce trĂ©sor mille fois plus gros quâelle ? Alors elle a appelĂ© lâune de ses soeurs et lui a dit : â Regarde et cours vite dire Ă nos soeurs quâil y a lĂ de la nourriture pour toute la tribu et pour plusieurs jours. HĂąte-toi avant quâun oiseau ne dĂ©couvre ce trĂ©sor, appelle ses compagnons et quâils le dĂ©vorent. â Et la petite fourmi a couru, tout essoufflĂ©e par les accidents du terrain, Ă travers graviers et herbes, jusquâĂ la fourmiliĂšre et elle a dit : â Venez, lâune de nous vous appelle. Elle a fait une dĂ©couverte pour toutes. Mais elle ne peut la charrier jusquâici toute seule. Venez. â Alors toutes, mĂȘme celles qui, extĂ©nuĂ©es par le travail accompli durant toute la journĂ©e, se reposaient dans les galeries de la fourmiliĂšre, sont accourues ; mĂȘme celles qui Ă©taient en train de ranger les provisions dans les rĂ©serves. Une, dix, cent, mille... Voyez-les qui le saisissent de leurs griffes, le soulĂšvent en faisant de leur corps un chariot, le traĂźnent en sâarc-boutant sur le sol. Lâune tombe... lâautre, lĂ , a failli sâestropier parce que le pain, en rebondissant, la cloue entre son extrĂ©mitĂ© et un caillou. Celle-ci, encore, si petite, une jeune de la tribu, sâarrĂȘte, Ă©puisĂ©e... mais, aprĂšs avoir repris son souffle, elle repart. Oh ! Comme elles sont unies ! Regardez : maintenant le morceau de pain est bien agrippĂ© et il avance, il avance lentement mais il avance. Suivons-le... Encore un peu, petites soeurs, encore un peu et votre fatigue sera rĂ©compensĂ©e. Elles nâen peuvent plus, mais elles ne cĂšdent pas. Elles se reposent et repartent... VoilĂ quâelles arrivent Ă la fourmiliĂšre. Et maintenant ? Maintenant, au travail pour rĂ©duire en miettes ce gros morceau de mie. Voyez ce travail ! Les unes dĂ©coupent, les autres transportent... VoilĂ , câest fini. Maintenant tout est en sĂ©curitĂ© et, heureuses, elles disparaissent par les fissures au fond des galeries. Ce sont des fourmis, rien dâautre que des fourmis. Pourtant elles sont fortes parce quâelles sont unies. MĂ©ditez lĂ -dessus.