9.1 Jésus dit :
« Comme un crĂ©puscule rapide dâhiver oĂč un vent de neige accumule les nuages dans le ciel, la vie de mes grands-parents sâavança rapidement vers la nuit aprĂšs que leur Soleil sâĂ©tait Ă©tabli devant le Voile sacrĂ© du Temple pour y resplendir.
9.2 Mais nâest-il pas dit : â La Sagesse Ă©lĂšve ses enfants et prend soin de ceux qui la cherchent... Celui qui lâaime aime la vie, ceux qui la cherchent dĂšs le matin seront remplis de joie. Celui qui la possĂšde hĂ©ritera la gloire. Ceux qui la servent rendent un culte au Saint, et ceux qui lâaiment sont aimĂ©s du Seigneur... Sâil se confie en elle il lâaura en partage, et sa postĂ©ritĂ© en conservera la jouissance. Car elle peut le conduire dâabord par un chemin sinueux, faisant venir sur lui crainte et tremblement, le tourmenter par sa discipline jusquâĂ ce quâelle puisse lui faire confiance... puis elle revient vers lui sur le droit chemin et le rĂ©jouit, et lui dĂ©couvre ses secrets. Elle mettra en lui des trĂ©sors de grĂące et dâintelligence dans la justice â ?
Oui, tout cela a Ă©tĂ© dit. Les livres sapientiels peuvent sâappliquer Ă tous les hommes qui y trouvent le reflet de leur comportement et un guide, mais heureux ceux que lâon peut reconnaĂźtre au nombre des amants spirituels de la Sagesse.
Je me suis entouré de sages dans ma parenté mortelle. Anne, Joachim, Joseph, Zacharie, et plus encore Elisabeth, et plus tard Jean-Baptiste ne sont-ils pas de vrais sages ? Et je ne parle pas de ma MÚre, en qui la Sagesse avait fait sa demeure.
9.3 De la jeunesse Ă la tombe, la Sagesse avait inspirĂ© Ă mes grands-parents une maniĂšre de vie agrĂ©able Ă Dieu. Comme une tente protĂšge des Ă©lĂ©ments en furie, elle les avait protĂ©gĂ©s contre le danger du pĂ©chĂ©. Une sainte crainte de Dieu est la base de lâarbre de la sagesse : câest Ă partir dâelle quâil sâĂ©lance avec toutes ses branches pour atteindre Ă son sommet lâamour tranquille dans sa paix, lâamour paisible dans sa tranquillitĂ©, lâamour sĂ»r de lui dans sa fidĂ©litĂ©, lâamour fidĂšle dans son intensitĂ©, lâamour total, gĂ©nĂ©reux et actif des saints.
â Celui qui aime la Sagesse aime la vie et possĂšdera la vie en hĂ©ritageâ, dit le Siracide. Mais cela se rattache Ă ma parole : â Qui perdra sa vie Ă cause de moi la sauvera. â Câest quâil nâest pas question ici de la pauvre vie de cette terre, mais de la vie Ă©ternelle, non des joies dâun instant, mais des joies immortelles.
Joachim et Anne ont aimé la Sagesse de cette façon, et elle fut à leur cÎté dans leurs épreuves.
Combien dâentre vous, sans ĂȘtre complĂštement mauvais, ne voudriez jamais avoir Ă pleurer ni Ă souffrir ! Combien dâĂ©preuves nâendurĂšrent pas ces justes qui mĂ©ritĂšrent dâavoir Marie pour fille ! La persĂ©cution politique qui les chassa de la terre de David et les appauvrit considĂ©rablement. La tristesse de voir les annĂ©es passer sans quâune fleur vienne leur dire : â Je perpĂ©tue votre lignĂ©e. â Et comme ils lâavaient eue Ă un Ăąge avancĂ©, ils Ă©taient certains de ne pas la voir sâĂ©panouir en femme, ce qui les rendait anxieux. Ils avaient dĂ» lâarracher de leur coeur pour lâamener Ă lâautel de Dieu. Il leur fallait vivre dans un silence dâautant plus pesant quâils sâĂ©taient habituĂ©s au gazouillement de leur petite tourterelle, au bruit de ses petits pas, aux sourires et aux baisers de leur enfant... et attendre avec ces souvenirs lâheure de Dieu. Maladies, calamitĂ©s dues aux intempĂ©ries, arrogance des puissants furent autant de coups de bĂ©lier dans le faible Ă©difice de leur modeste prospĂ©ritĂ©. Et ce nâest pas tout : la peine de leur enfant si Ă©loignĂ©e qui reste seule et pauvre et qui, malgrĂ© leur sollicitude et leur sacrifice, nâaura quâun reste du patrimoine paternel. Dans quel Ă©tat le retrouvera-t-elle sâil reste pendant des annĂ©es encore en friche, immobilisĂ© dans lâattente de son retour ? Devant ces craintes, peurs, Ă©preuves et tentations, ils rĂ©pondaient par la fidĂ©litĂ© Ă Dieu, encore et toujours.
9.4 La tentation la plus forte Ă©tait de ne pas se refuser le rĂ©confort de leur fille au moment oĂč leur vie dĂ©cline. Mais les enfants appartiennent Ă Dieu avant dâappartenir Ă leurs parents. Chaque enfant peut donc rĂ©pĂ©ter ce que jâai dit Ă ma MĂšre : â Ne saviez-vous pas que je dois ĂȘtre dans la maison de mon PĂšre ? â Et chaque mĂšre, chaque pĂšre doit apprendre comment se comporter en contemplant Marie et Joseph au Temple ainsi quâAnne et Joachim dans leur maison de Nazareth qui se fait chaque jour plus vide et plus triste. Mais si quelque chose nây diminue pas mais augmente au contraire, câest bien la saintetĂ© de deux coeurs, la saintetĂ© de leur union.
Que reste-t-il Ă Joachim infirme et Ă son Ă©pouse souffrante pour illuminer leurs longues et silencieuses soirĂ©es de vieillards qui attendent la mort ? Les petits vĂȘtements, les premiĂšres sandalettes, les pauvres joujoux de leur petite fille au loin, et tant de souvenirs... mais avec cela, la paix de pouvoir se dire : â Je souffre, mais jâai accompli mon devoir dâamour envers Dieu. â
Câest alors que survient une joie surnaturelle qui brille dâune lumiĂšre cĂ©leste, inconnue aux hommes de la terre. Elle tombe sans pĂąlir sur des paupiĂšres lourdes, sur des yeux qui sâĂ©Âteignent ; au contraire, elle resplendit davantage en cette heure extrĂȘme et Ă©claire des vĂ©ritĂ©s restĂ©es au fond dâeux toute leur vie, enfermĂ©es comme des papillons dans leur cocon, ne manifestant leur existence que par quelques doux mouvements faits de lĂ©gers Ă©clairs ; mais elles ouvrent maintenant leurs ailes ensoleillĂ©es et montrent les paroles qui les dĂ©corent. Leur vie sâĂ©teint alors dans la connaissance dâun avenir bienheureux pour eux-mĂȘmes et pour leur descendance, pendant que leurs lĂšvres sâĂ©panouissent en une derniĂšre bĂ©nĂ©diction de Dieu.
9.5 Telle fut la mort de mes grands-parents, comme leur sainte vie le leur avait mĂ©ritĂ©. Leur saintetĂ© leur a valu dâĂȘtre les premiers gardiens de la Plus-AimĂ©e de Dieu. Câest seulement quand un Soleil plus grand vint les Ă©clairer au soir de leur vie quâils comprirent la grĂące que Dieu leur avait accordĂ©e.
Du fait de sa saintetĂ©, Anne nâa pas connu les souffrances de lâenfantement : câest en extase quâelle donna le jour Ă lâImmaculĂ©e quâelle avait portĂ©e. Au lieu de connaĂźtre lâagonie, ils sâĂ©teignirent doucement, de mĂȘme quâune Ă©toile sâĂ©teint naturellement quand le soleil pointe Ă lâaurore. Et sâils nâeurent pas la consolation de me possĂ©der, moi, la Sagesse incarnĂ©e, comme ce fut le cas de Joseph, jâĂ©tais invisiblement prĂ©sent Ă leurs cĂŽtĂ©s et leur disais des paroles sublimes, penchĂ© sur leur oreiller pour les endormir en paix, en attendant leur triomphe.
Certains diront : â Pourquoi donc nâont-ils pas eu Ă souffrir pour engendrer et mourir, puisquâils Ă©taient fils dâAdam ? â Je leur rĂ©ponds : â Jean-Baptiste, qui est fils dâAdam, engendrĂ© avec le pĂ©chĂ© originel, fut bien sanctifiĂ© dâavance pour sâĂȘtre approchĂ© de moi alors que jâĂ©tais encore dans le sein de ma MĂšre ; dans ce cas, comment nâaurait-elle eu aucune grĂące, la sainte mĂšre de la Femme toute sainte, de lâImmaculĂ©e prĂ©servĂ©e par Dieu, elle qui le porta dans son Ăąme presque divine et dans son coeur encore embryonnaire, elle qui ne sâest jamais sĂ©parĂ©e du PĂšre depuis lâinstant oĂč il lâa pensĂ©e, qui fut conçue dans un sein qui retourna au Ciel possĂ©der Dieu pour une Ă©ternitĂ© de gloire ? â Et jâajoute : â Une conscience droite procure une mort sereine, ce que vous obtiennent aussi les priĂšres des saints. â
Joachim et Anne avaient derriĂšre eux toute une vie de droiture. Elle se dĂ©couvrait Ă eux comme un panorama paisible et se faisait leur guide vers le Ciel. Et puis, leur sainte fille priait devant la Tente de Dieu pour ses parents au loin. Certes, ils passaient pour elle aprĂšs Dieu, ce Bien suprĂȘme, mais elle les aimait, comme le voulaient la Loi et les sentiments, dâun sentiment surnaturellement parfait. »