5.7 Jésus dit :
« HĂąte-toi de te lever, ma petite amie. Je dĂ©sire ardemment tâemmener avec moi dans lâazur paradisiaque de la contemplation de la virginitĂ© de Marie. Tu en sortiras lâĂąme aussi fraĂźche que si tu venais toi aussi dâĂȘtre créée par le PĂšre, telle une petite Eve qui nâa pas encore connu la chair. Tu en sortiras lâĂąme illuminĂ©e, parce que tu vas ĂȘtre plongĂ©e dans la contemplation du chef-dâoeuvre de Dieu. Quand tu en sortiras, tout ton ĂȘtre sera dĂ©bordant dâamour, car tu auras compris Ă quel point Dieu sait aimer. Parler de la conception de Marie, lâImmaculĂ©e, cela signifie se plonger dans lâazur, dans la lumiĂšre, dans lâamour.
5.8 Viens et lis les gloires de Marie dans le livre de lâAncĂȘtre :
â YahvĂ© mâa créée, prĂ©mices de son oeuvre, avant la crĂ©ation. DĂšs lâĂ©ternitĂ© je fus Ă©tablie, dĂšs le principe, avant lâorigine de la terre. Quand les abĂźmes nâĂ©taient pas, je fus enfantĂ©e, quand nâĂ©taient pas les sources aux eaux abondantes ; avant que fussent implantĂ©es les montagnes, avant les collines, je fus enfantĂ©e ; avant quâil eĂ»t fait la terre et la campagne et les premiers Ă©lĂ©ments du monde. Quand il affermit les cieux, jâĂ©tais lĂ , quand il traça un cercle Ă la surface de lâabĂźme, quand il condensa les nuĂ©es dâen haut, quand se gonflĂšrent les sources de lâabĂźme, quand il assigna ses limites Ă la mer â et les eaux nâen franchiront pas le bord â quand il traça les fondements de la terre, jâĂ©tais Ă ses cĂŽtĂ©s comme le maĂźtre dâoeuvre, je faisais ses dĂ©lices jour aprĂšs jour, mâĂ©battant tout le temps en sa prĂ©sence, mâĂ©battant Ă la surface de la terre... â Vous avez appliquĂ© ces paroles Ă la Sagesse, mais elles parlent dâelle : la MĂšre toute belle, toute sainte, la Vierge MĂšre de la Sagesse que je suis, moi qui te parle.
5.9 Jâai voulu que tu Ă©crives le premier vers de cette hymne en tĂȘte du livre qui traite dâelle pour que lâon reconnaisse et que lâon sache la consolation et la joie de Dieu, la raison de la joie constante, parfaite et intime de ce Dieu un et trine qui vous gouverne et Ă qui lâhomme a donnĂ© tant de motifs de tristesse, la raison pour laquelle il a perpĂ©tuĂ© la race humaine alors que, Ă la premiĂšre Ă©preuve, elle mĂ©ritait la destruction, la raison enfin du pardon que vous avez obtenu.
Avoir Marie pour en ĂȘtre aimĂ© : cela valait bien la peine de crĂ©er lâhomme, de le laisser vivre, de dĂ©crĂ©ter quâil lui serait pardonnĂ©, pour avoir la Vierge toute belle, toute sainte, la Vierge immaculĂ©e, pleine dâamour, la Fille bien-aimĂ©e, la MĂšre trĂšs pure, lâEpouse aimante ! Dieu vous a donnĂ© et vous aurait donnĂ© encore davantage pour possĂ©der la crĂ©ature qui fait ses dĂ©lices, le soleil de son coeur, la fleur de son jardin. Et il continue Ă vous donner beaucoup par elle, Ă sa demande, pour faire sa joie, car sa joie se dĂ©verse dans la joie de Dieu et lâaugmente de lueurs qui font Ă©tinceler la lumiĂšre, la grande lumiĂšre du paradis ; or toute Ă©tincelle est une grĂące pour lâunivers, pour lâespĂšce humaine et pour les bienheureux qui rĂ©pondent par un allĂ©luia Ă©tincelant Ă chaque miracle de Dieu, suscitĂ© par le dĂ©sir du Dieu trine de voir lâĂ©tincelant sourire de joie de la Vierge.
5.10 Dieu a voulu donner un roi Ă lâunivers quâil avait tirĂ© du nĂ©ant. Un roi qui soit le premier de nature matĂ©rielle de toutes les crĂ©atures sorties de la matiĂšre et elles-mĂȘmes matĂ©rielles. Un roi qui, de par sa nature spirituelle, soit Ă peine moins quâun Dieu, uni Ă la grĂące comme il lâĂ©tait Ă son premier jour, encore tout innocent. Mais lâIntelligence suprĂȘme connaĂźt tous les Ă©vĂ©nements les plus Ă©loignĂ©s dans lâĂ©tendue des siĂšcles et elle ne cesse de voir tout ce qui Ă©tait, est et sera. Tout en contemplant le passĂ© et en observant le prĂ©sent, elle plonge son regard dans lâavenir le plus lointain et nâignore pas quelle sera la mort du dernier homme, tout cela sans confusion ni discontinuitĂ©. Elle nâa donc jamais ignorĂ© que le roi quâelle avait créé pour ĂȘtre semi-divin Ă ses cĂŽtĂ©s au ciel, hĂ©ritier du PĂšre, parviendrait Ă son Royaume Ă lâĂąge adulte aprĂšs avoir vĂ©cu dans la maison de sa mĂšre â la terre dont il a Ă©tĂ© formĂ© â durant son enfance de fils de lâEternel pendant son sĂ©jour sur terre, et elle nâa pas ignorĂ© quâil allait commettre contre lui-mĂȘme le crime de tuer en lui la grĂące et le vol de se dĂ©rober au ciel.
Dans ce cas, pourquoi lâavoir créé ? Certes, beaucoup se le demandent. Auriez-vous prĂ©fĂ©rĂ© ne pas exister ? MĂȘme si ce sĂ©jour sur terre est pauvre, nu et rendu rude par votre mĂ©chancetĂ©, ne mĂ©rite-t-il pas dâĂȘtre vĂ©cu pour connaĂźtre et admirer lâinfinie beautĂ© que la main de Dieu a semĂ©e dans lâunivers ?
Pour qui aurait-il formĂ© ces astres et ces planĂštes qui strient la voĂ»te du firmament Ă la vitesse des flĂšches ou se dĂ©placent avec une lenteur apparente mais majestueuse dans leur course de bolides, vous offrant lumiĂšres et saisons ? Eternels, immuables et pourtant toujours changeants, ils vous offrent une nouvelle page Ă lire sur le ciel chaque soir, chaque mois, chaque annĂ©e, comme sâils voulaient vous dire : â Oubliez votre prison, laissez de cĂŽtĂ© vos publications pleines de noirceurs, de pourriture, de saletĂ©s, de poisons, de mensonges, de blasphĂšmes, de corruption, et Ă©levez-vous, ne serait-ce que du regard, vers lâinfinie libertĂ© des cieux ; faites-vous une Ăąme dâazur en regardant tant de sĂ©rĂ©nitĂ©, faites-vous une rĂ©serve de lumiĂšre Ă emporter dans vos sombres cachots ; lisez la parole que nous Ă©crivons en chantant notre choeur sidĂ©ral, plus harmonieux que la musique des orgues dâune cathĂ©drale, la parole quâĂ©crit notre splendeur, la parole quâĂ©crit notre amour ; car celui qui nous a donnĂ© la joie dâexister nous est toujours prĂ©sent, et nous lâaimons pour nous avoir donnĂ© cette existence, cet Ă©clat, ce mouvement, cette libertĂ© et cette beautĂ© au milieu de cet azur tout de douceur au-delĂ duquel nous apercevons un azur encore plus sublime, le Paradis. Nous rĂ©alisons la seconde partie de son commandement dâamour en vous aimant, vous, notre prochain universel, et ce en vous offrant direction et lumiĂšre, chaleur et beautĂ©. Lisez notre parole, câest elle qui inspire notre chant, notre splendeur, notre joie : Dieu.
Pour qui aurait-il fait cet azur liquide, miroir du Ciel, chemin vers la terre, sourire des eaux, voix des flots, parole elle aussi qui, par son bruissement de soie, par ces rires dâenfants paisibles, par ces soupirs des vieillards qui se souviennent et pleurent, par ces gifles de violence, par ces chocs, par ces mugissements et grondements, ne cesse de parler et de dire : â Dieu â ? Câest pour vous que la mer existe, tout comme le ciel et les astres et, avec la mer, les lacs et les fleuves, les Ă©tangs et les ruisseaux, ou encore les sources pures, qui servent tous Ă vous porter, Ă vous nourrir, Ă vous dĂ©saltĂ©rer et Ă vous purifier, et qui vous servent en servant le CrĂ©ateur, sans sortir de leur lit pour vous submerger comme vous le mĂ©ritez.
Pour qui aurait-il formĂ© les innombrables familles dâanimaux ? Ce sont autant de fleurs qui volent en chantant, de serviteurs qui courent et travaillent pour vous, qui vous nourrissent et vous divertissent, vous, les rois de la crĂ©ation.
Pour qui aurait-il créé les innombrables familles de plantes et de fleurs qui ressemblent Ă des papillons, des joyaux ou des oiseaux immobiles, les fruits qui ont lâair de bijoux et dâĂ©crins de joyaux, ou encore qui servent de tapis Ă vos pieds, dâabri pour vos tĂȘtes, de distraction, dâinstrument, de joie pour lâesprit, pour les membres, la vue et lâodorat ? Pour qui aurait-il créé les minĂ©raux dans les profondeurs du sol, les sels dissous dans les sources froides ou bouilÂlantes, le soufre, lâiode, le brome si ce nâest pour en faire profiter une personne qui nâest pas Dieu, mais enfant de Dieu, un ĂȘtre unique, lâhomme ?
Dieu nâavait besoin de rien, rien nâĂ©tait nĂ©cessaire Ă sa joie. Il se suffit Ă lui-mĂȘme. Sa contemplation fait sa bĂ©atitude, sa nourriture, sa vie et son repos. Toute la crĂ©ation nâa pas augmentĂ© dâun atome son infini de joie, de beautĂ©, de vie, de puissance. Tout cela, il lâa fait pour la crĂ©ature quâil a voulu Ă©tablir roi de sa crĂ©ation : lâhomme.
Pour voir tant dâoeuvres de Dieu et par gratitude pour la puissance quâil vous donne, cela vaut la peine de vivre. Vous devez lui ĂȘtre reconnaissants pour votre vie. Vous auriez dĂ» lâĂȘtre mĂȘme si vous nâaviez Ă©tĂ© rachetĂ©s quâĂ la fin des temps ; car, bien quâayant Ă©tĂ© dans les premiers et que vous soyez encore, individuellement, voleurs, orgueilleux, attirĂ©s par la luxure, homicides, Dieu vous accorde encore de jouir de la beautĂ© de lâunivers, et il vous traite comme si vous Ă©tiez bons, de bons fils Ă qui on enseigne et accorde tout pour leur rendre la vie plus douce et plus saine. Tout ce que vous savez de bien, vous le savez grĂące aux lumiĂšres de Dieu. Tout ce que vous dĂ©couvrez de bien, câest sur les indications de Dieu. Vos autres connaissances et dĂ©couvertes, qui portent le signe du mal, proviennent du Mal suprĂȘme : Satan.
5.11 LâIntelligence suprĂȘme, qui nâignore rien, savait dĂšs avant lâexistence de lâhomme quâil allait ĂȘtre, de son plein grĂ©, voleur et homicide. Et comme la BontĂ© Ă©ternelle ne connaĂźt pas de limites, câest dĂšs avant la faute quâelle pensa au moyen de lâeffacer. Ce moyen, câest moi. Lâinstrument pour faire de ce moyen un instrument efficace, câest Marie. Et la Vierge fut créée dans la PensĂ©e sublime de Dieu.
5.12 Tout fut créé pour moi, le Fils bien-aimĂ© du PĂšre. Comme Roi, jâaurais dĂ» avoir sous mes pieds de Roi divin des tapis et des joyaux comme aucun palais nâen eut jamais, ainsi que des chants, des voix, des serviteurs et des ministres pour mâentourer comme aucun souverain nâen eut jamais, et encore des fleurs et des bijoux, tout ce quâil y a de plus sublime, de plus grandiose, de plus gracieux, de plus dĂ©licat que lâon puisse tirer de la PensĂ©e de Dieu.
Mais je devais ĂȘtre chair et pas seulement esprit : chair pour sauver la chair, chair pour la sublimer en la portant au Ciel bien des siĂšcles avant lâheure. En effet, la chair habitĂ©e par lâesprit est le chef-dâoeuvre de Dieu, et câest pour elle que le Ciel avait Ă©tĂ© créé. Or, pour ĂȘtre chair, jâavais besoin dâune mĂšre. Pour ĂȘtre Dieu, jâavais besoin dâun pĂšre qui soit Dieu.
VoilĂ pourquoi Dieu crĂ©a son Epouse et lui dit : â Viens avec moi. A mes cĂŽtĂ©s, vois tout ce que je fais pour notre Fils. Regarde et rĂ©jouis-toi, Ă©ternelle Vierge, Ă©ternelle Enfant, et que ton souÂrire emplisse le Ciel, quâil donne le ton aux anges, quâil enseigne au Paradis lâharmonie cĂ©leste. Je te regarde, et je te vois telle que tu seras, toi la Femme immaculĂ©e qui nâes pour lâinstant quâesprit, lâesprit en qui je me complais. Je te regarde, et je donne le bleu de tes yeux Ă la mer et au firmament, la couleur de tes cheveux au grain saint, ta blancheur au lys et le rose de ton teint soyeux Ă la rose ; pour faire les perles, je copie tes petites dents, je crĂ©e les douces fraises en regardant ta bouche ; je donne les notes de ton chant au gosier du rossignol et ta plainte Ă la tourterelle. Câest en lisant tes futures pensĂ©es et en Ă©coutant les battements de ton coeur que je trouve le modĂšle qui guide la crĂ©ation. Viens, ma Joie, que les mondes te servent dâamusement jusquâĂ ce que tu sois lumiĂšre dansante dans ma PensĂ©e ; voilĂ les mondes pour ton sourire, prends les Ă©toiles pour couronne et les astres pour colliers, mets la lune sous tes pieds gracieux, fais-toi une Ă©cÂharpe des Ă©toiles de la Voie lactĂ©e. Les Ă©toiles et les planĂštes te sont destinĂ©es. Viens te rĂ©jouir Ă la vue des fleurs qui amuseront ton Enfant et serviront dâoreiller au Fils de ton sein. Viens assister Ă la crĂ©ation des brebis et des agneaux, des aigles et des colombes. Sois Ă mes cĂŽtĂ©s pendant que je fais les bassins des mers et des fleuves et que jâĂ©lĂšve les montagnes et les recouvre de neige et de forĂȘts, pendant que je sĂšme les blĂ©s, les arbres et les vignes, et aussi lâolivier pour toi, ma Pacifique, et la vigne pour toi, mon Sarment qui portera la Grappe eucharistique. Accours, vole, jubile, ma toute-belle ; toi qui es la Femme aimante, apprends Ă lâunivers, qui se crĂ©e dâheure en heure, Ă mâaimer ; MĂšre de mon Fils, Reine de mon paradis, Amour de ton Dieu, que ton sourire le rende plus beau. â
A la vue de lâErreur et dans lâadmiration de celle qui est sans erreur, il lui dit encore : â Viens Ă moi, toi qui effaces lâamertume de la dĂ©sobĂ©issance humaine, de la fornication des hommes avec Satan, de lâingratitude humaine. Par toi, je prendrai ma reÂvanche sur Satan. â
5.13 Dieu, le PĂšre crĂ©ateur, avait créé lâhomme et la femme avec une loi dâamour si parfaite que vous ne pouvez mĂȘme plus en comprendre les perfections. Et vous faites erreur quand vous pensez Ă ce quâaurait Ă©tĂ© lâespĂšce humaine si lâhomme ne lâavait pas soumise Ă lâenseignement de Satan.
Observez les plantes : obtiennent-elles leurs fruits et leurs semences par fornication, Ă la suite dâune seule fĂ©condation sur cent unions ? Non. La fleur mĂąle produit le pollen et celui-ci, dirigĂ© par un ensemble de lois mĂ©tĂ©oriques et magnĂ©tiques, parvient Ă lâoÂvaire de la fleur femelle. Cette derniĂšre sâouvre, le reçoit et produit du fruit. Elle ne se souille pas en le refusant ensuite, comme vous le faites, pour Ă©prouver la mĂȘme sensation le lendemain. Elle produit du fruit et ne fleurit plus jusquâĂ la prochaine saison et, quand elle fleurit, câest en vue de la reproduction.
Voyez les animaux, tous les animaux. Avez-vous jamais vu un mĂąle et une femelle aller lâun vers lâautre pour une Ă©treinte stĂ©rile et une relation impure ? Non. De prĂšs ou de loin, en volant ou en rampant, en sautant ou en courant, ils accomplissent, le moment venu, le rite de la fĂ©condation sans sây soustraire en sâarrĂȘtant Ă la jouissance, mais ils vont jusquâaux consĂ©quences sĂ©rieuses et saintes de la perpĂ©tuation de la race, qui en est lâunique but. Lâhomme, ce demi-dieu par son origine de grĂące que je lui ai accordĂ©e en plĂ©nitude, devrait accepter dans ce seul but lâacte animal rendu nĂ©cessaire depuis que vous ĂȘtes descendus dâun degrĂ© dans lâordre de lâanimalitĂ©.
Mais vous nâagissez pas comme les plantes et les animaux. Vous avez eu Satan pour maĂźtre, vous avez voulu quâil le soit et vous le voulez encore. Et vos actes sont dignes du maĂźtre que vous vous ĂȘtes choisi. Si vous Ă©tiez restĂ©s fidĂšles Ă Dieu, vous auriez connu la joie dâavoir des enfants saintement, sans douleur, sans vous livrer Ă des unions obscĂšnes, indignes, quâignorent les animaux eux-mĂȘmes, les animaux sans Ăąme raisonnable et spirituelle.
A lâhomme et Ă la femme pervertis par Satan, Dieu a voulu opposer lâHomme nĂ© dâune Femme sublimĂ©e par Dieu au point dâengendrer sans avoir connu dâhomme : câest une fleur qui engendre une Fleur sans avoir besoin de semence, mais sous lâeffet dâun unique baiser du Soleil sur le calice inviolĂ© du Lys, câest-Ă -dire de Marie.
5.14 VoilĂ la revanche de Dieu !
Crache ta rage, Satan, pendant quâelle naĂźt. Cette petite fille tâa vaincu ! Avant mĂȘme dâĂȘtre le Rebelle, le Tortueux, le Corrupteur, tu Ă©tais dĂ©jĂ le Vaincu et elle, la Victorieuse. Mille armĂ©es rangĂ©es en ordre de bataille ne peuvent rien contre ta puissance, les armes tombent des mains des hommes contre tes Ă©cailles, ĂŽ perpĂ©tuel corrupteur, et il nâest pas de vent assez fort pour dissiper la puanteur de ton souffle. Et pourtant ce talon dâenfant, rose Ă en paraĂźtre lâintĂ©rieur dâun camĂ©lia rosĂ©, si lisse et tendre que la soie paraĂźt rugueuse en comparaison, si petit quâil pourrait entrer dans la corolle dâune tulipe et se faire de ce satin vĂ©gĂ©tal une chaussure, voilĂ quâil tâĂ©crase sans crainte et tâenferme dans ton antre. Ses vagissements suffisent Ă te mettre en fuite, toi qui ne crains aucune armĂ©e, et son haleine purifie le monde de ta pestilence. Tu es vaincu. Son nom, son regard, sa puretĂ© sont autant de lances, dâĂ©clairs et de pierres qui te transpercent, te terrassent, tâemprisonnent dans ta taniĂšre infernale, ĂŽ Maudit qui as enlevĂ© Ă Dieu la joie dâĂȘtre le PĂšre de tous les hommes créés !
DĂ©sormais, câest en vain que tu les as corrompus, eux qui avaient Ă©tĂ© créés innocents, en les poussant Ă sâunir et Ă concevoir selon les dĂ©tours de la luxure, privant ainsi Dieu, dans sa crĂ©ature bien-aimĂ©e, de leur accorder des enfants selon des rĂšgles qui, si elles avaient Ă©tĂ© respectĂ©es, auraient maintenu sur la terre lâĂ©quilibre des sexes et des races capable dâĂ©viter les guerres entre les peuples et les malheurs dans les familles.
Sâils avaient obĂ©i, ils nâen auraient pas moins connu lâamour. Mieux, câest seulement par leur obĂ©issance quâils auraient connu lâamour ; ils lâauraient reçu par une possession pleine et tranquille de cette Ă©manation de Dieu qui descend du surnaturel au naturel, pour que la chair en Ă©prouve, elle aussi, une sainte joie, elle qui est unie Ă lâĂąme et créée par le mĂȘme Dieu qui a créé lâĂąme.
Or votre amour, ĂŽ hommes, vos amours, que sont-ils ? Ils sont soit luxure qui prend les apparences de lâamour, soit peur incurable de perdre lâamour de votre conjoint Ă cause de sa dĂ©Âbauche propre et de celle dâautrui. Depuis que la luxure est entrĂ©e dans le monde, vous nâavez plus aucune certitude de possĂ©der le coeur de votre conjoint. Vous tremblez, pleurez, devenez fous de jalousie, vous allez parfois jusquâau meurtre pour vous venger dâune trahison, ou encore vous tombez dans le dĂ©sespoir, frappĂ©s dâaboulie ou de dĂ©mence.
VoilĂ , Satan, ce que tu as fait aux enfants de Dieu. Si tu ne les avais corrompus, ils auraient connu la joie dâenfanter sans douleur, la joie dâĂȘtre nĂ©s sans redouter la mort. Or te voici dĂ©sormais vaincu dans une Femme et par la Femme. DĂšs lors, ceux qui lâaimeront retourneront Ă Dieu et surmonteront tes tentations pour pouvoir contempler sa puretĂ© immaculĂ©e. DĂšs lors, ne pouvant enfanter sans douleur, les mĂšres trouveront en elle un rĂ©confort. DĂšs lors, les Ă©pouses auront en elle un guide et les mourants une mĂšre, de sorte quâil leur sera doux de mourir sur ce sein qui les protĂšgera de toi, Maudit, et du jugement de Dieu.
Maria, ma petite voix, tu as vu la naissance du Fils de la Vierge et la naissance au Ciel de la Vierge. Tu as donc vu que les personnes sans faute ne connaissent ni la souffrance de donner le jour ni celle de mourir. Mais si la perfection des dons cĂ©Âlestes fut rĂ©servĂ©e Ă la plus innocente de toutes, Ă la MĂšre de Dieu, lâenfantement sans douleur et la mort sans angoisse auraient Ă©tĂ© le lot de tous les descendants des premiers parents qui seraient restĂ©s innocents et enfants de Dieu, comme cela Ă©tait juste, pour avoir su sâunir et concevoir sans luxure.
La sublime revanche de Dieu sur la vengeance de Satan fut de porter la perfection de la crĂ©ature bien-aimĂ©e Ă une perfection plus haute encore qui, dans une crĂ©ature au moins, a effacĂ© tout souvenir dâhumanitĂ© susceptible de cĂ©der au poison de Satan. Câest ainsi que le Fils vint au monde non Ă la suite dâune chaste union humaine, mais par une Ă©treinte divine qui transfigure lâĂąme dans lâextase du Feu.
5.15 La virginité de la Vierge !
Viens. MĂ©dite sur la profondeur de cette virginitĂ© dont la contemplation donne le vertige ! Quâest-ce que la pauvre virginitĂ© forcĂ©e de la femme quâaucun homme nâĂ©pouse ? Moins que rien. Quâest-ce que la virginitĂ© de la femme qui dĂ©sire ĂȘtre vierge pour appartenir Ă Dieu, mais ne sait lâĂȘtre que de corps et non dâĂąme, en qui elle laisse pĂ©nĂ©trer bien des pensĂ©es Ă©trangĂšres, caresse des pensĂ©es humaines et en accepte les caresses ? Cela commence Ă ĂȘtre un soupçon de virginitĂ©, mais câest bien peu de chose encore. Quâest-ce que la virginitĂ© dâune femme cloĂźtrĂ©e qui vit de Dieu seul ? Beaucoup. Mais ce nâest toujours pas une virginitĂ© parfaite en comparaison de celle de ma MĂšre.
Il y a toujours une connivence, mĂȘme chez les plus saints : câest la connivence originelle de lâĂąme avec le pĂ©chĂ©, celle dont le baptĂȘme libĂšre. Il en libĂšre, certes, mais de mĂȘme quâune femme sĂ©parĂ©e de son Ă©poux par la mort ne retrouve pas sa virginitĂ© totale, le baptĂȘme ne rend pas celle de nos premiers parents avant le pĂ©chĂ© originel. Une cicatrice demeure, douloureuse, toujours prĂȘte Ă se rappeler Ă notre souvenir, telle une plaie qui se rouvre, Ă lâinstar de certaines maladies dont les virus redeviennent pĂ©riodiquement actifs. Chez la Vierge, il nây a pas trace de connivence avec la faute dont elle se serait libĂ©rĂ©e. Son Ăąme se rĂ©vĂšle aussi belle et intacte que lorsque le PĂšre la pensa, rĂ©unissant en elle toutes les grĂąces.
Elle est la Vierge, unique, parfaite, complĂšte. Câest ainsi quâelle a Ă©tĂ© pensĂ©e, engendrĂ©e, quâelle est restĂ©e ; câest ainsi quâelle est couronnĂ©e et demeure Ă©ternellement. Elle est LA Vierge. Elle est le sommet de lâintangibilitĂ©, de la puretĂ©, de la grĂące la plus parfaite.
VoilĂ quelle est la revanche du Dieu un et trine. A lâencontre des crĂ©atures profanĂ©es, il suscite cette Etoile de perfection. Contre la curiositĂ© malsaine, il suscite cette femme rĂ©servĂ©e qui se satisfait du seul amour de Dieu. Contre la science du mal, il suscite cette ignorante sublime. Elle nâignore pas seulement lâamour avili, pas seulement lâamour que Dieu avait accordĂ© aux Ă©poux. Bien plus : elle en ignore jusquâaux Ă©lans, cet hĂ©ritage du pĂ©chĂ©. Il ne se trouve en elle rien dâautre que la sagesse glacĂ©e et incandescente de lâAmour divin, ce feu qui revĂȘt la chair dâune cuirasse de glace pour en faire un miroir transparent Ă lâautel oĂč un Dieu Ă©pouse une vierge sans sâavilir, parce que sa perfection enveloppe celle qui, comme il convient Ă une Ă©pouse, est dâun degrĂ© seulement infĂ©rieure Ă lâEpoux, soumise Ă lui en tant que femme, mais comme lui sans tache. »