Lâangoisse de la MĂšre et la rĂ©ponse du Fils
41.11 Jésus dit :
« Revenons en arriĂšre, trĂšs en arriĂšre. Revenons au Temple oĂč, Ă lâĂąge de douze ans, je suis en train de discuter. Revenons mĂȘme sur les chemins qui mĂšnent Ă JĂ©rusalem et de JĂ©rusalem au Temple.
Tu vois la douleur de Marie lorsque, au moment oĂč les groupes dâhommes et de femmes se rĂ©unissent, elle se rend compte que je ne suis pas avec Joseph.
Elle ne sâemporte pas en durs reproches envers son Ă©poux. Toutes les femmes lâauraient fait. Elles lâauraient fait pour bien moins que cela, en oubliant que lâhomme est toujours le chef de famille.
Mais la douleur qui se manifeste sur le visage de Marie transperce le coeur de Joseph plus quâaucun reproche. Marie ne sâabandonne pas Ă des scĂšnes dramatiques. Vous le faites pour bien moins que cela afin quâon vous remarque et pour vous attirer la pitiĂ©. Mais sa douleur contenue est si Ă©vidente, Ă voir le tremblement qui la saisit, la pĂąleur de son visage, ses yeux dilatĂ©s, quâelle Ă©meut davantage quâune scĂšne de pleurs et de cris.
Elle ne sent plus la fatigue ni la faim. Pourtant, lâĂ©tape avait Ă©tĂ© longue et depuis si longtemps elle nâavait rien pris ! Mais elle laisse tout : la couchette que lâon prĂ©parait, la nourriture qui va ĂȘtre distribuĂ©e. Elle revient sur ses pas. Câest le soir et la nuit tombe. Peu importe. Chaque pas la rapproche de JĂ©rusalem. Elle arrĂȘte les caravanes, les pĂšlerins, elle les interroge. Joseph la suit et lâaide. Une journĂ©e de marche Ă rebours, et puis lâangoissante recherche dans toute la ville.
OĂč, oĂč donc peut ĂȘtre son JĂ©sus ? Dieu permet que, pendant de si longues heures, elle ne sache pas oĂč me chercher. Chercher un enfant au Temple nâavait pas de sens. Que pouvait bien faire un enfant au Temple ? Tout au plus sâil Ă©tait perdu en ville et y Ă©tait revenu, portĂ© par ses petits pas, sa voix plaintive aurait appelĂ© sa maman et attirĂ© lâattention des adultes, des prĂȘtres, qui auraient pensĂ© Ă rechercher ses parents au moyen dâĂ©criteaux apposĂ©s sur les portes. Or il nây avait aucun Ă©criteau. Personne en ville ne savait rien de cet enfant. Beau ? Blond ? Robuste ? Mais il y en a tellement ! CâĂ©tait insuffisant pour pouvoir affirmer : â Je lâai vu, il Ă©tait ici ou lĂ ! â
41.12 Puis, aprĂšs trois jours  qui symbolisent les trois jours de sa future angoisse, Marie, Ă bout de forces, pĂ©nĂštre dans le Temple, traverse les cours et les vestibules. Rien. Elle cherche, elle court, la pauvre Maman, partout oĂč elle entend une voix dâenfant. Les bĂȘlements des agneaux eux-mĂȘmes lui paraissent ĂȘtre la voix de celui quâelle cherche. Mais JĂ©sus ne pleure pas : il enseigne. VoilĂ que Marie entend, par delĂ une barriĂšre de personnes, la chĂšre voix qui dit : â Ces pierres frĂ©miront... â Elle tente de se frayer un chemin Ă travers la foule et elle y rĂ©ussit aprĂšs beaucoup dâefforts. Le voilĂ , son Fils, les bras ouverts, bien droit au milieu des docteurs.
Marie est la Vierge prudente mais, cette fois, le chagrin la fait sortir de sa rĂ©serve. Câest un ouragan qui abat tout obstacle. Elle court vers son Fils, lâembrasse en le soulevant de son siĂšge et le pose Ă terre en sâĂ©criant :
â Oh ! Pourquoi nous as-tu fait cela ? Cela fait trois jours que nous marchons Ă ta recherche. Ta MĂšre se meurt de chagrin, mon Enfant. Ton pĂšre tombe de fatigue. Pourquoi, JĂ©sus ? â
On ne demande pas â pourquoi â Ă Celui qui sait. Le â pourquoi â de sa façon dâagir. A ceux qui sont appelĂ©s, on ne deÂmande pas â pourquoi â ils laissent tout pour suivre la voix de Dieu. JâĂ©tais la Sagesse et je savais. JâĂ©tais â appelĂ© â Ă une mission et je lâaccomplissais. Au-dessus du pĂšre et de la mĂšre de la terre, il y a Dieu, le PĂšre divin. Ses intĂ©rĂȘts dĂ©passent les nĂŽtres, ses affections passent avant toutes les autres. Câest ce que je rĂ©ponds Ă ma MĂšre.
Je termine lâenseignement aux docteurs par lâenseignement Ă Marie, Reine des docteurs. Et elle ne lâa jamais oubliĂ©. Le soleil est revenu dans son coeur, tandis quâelle me tient par la main, humble et obĂ©issant, mais mes paroles lui sont restĂ©es au plus profond du coeur. Beaucoup de jours ensoleillĂ©s ou nuageux passeront au cours de ces vingt et une annĂ©es oĂč je serai encore sur terre. Beaucoup de joies et beaucoup de peines et de pleurs alterneront dans son coeur pendant les vingt et une autres annĂ©es qui suivront, mais elle ne demandera plus : â Pourquoi, mon Fils, nous as-tu fait cela ? â
Apprenez cette leçon, Î hommes arrogants.
41.13 Jâai voulu instruire et Ă©clairer moi-mĂȘme cette vision, parce que tu nâes pas en Ă©tat de faire plus. »