203.1 JĂ©sus sort avec ses disciples dâune maison proche des murs. Je crois que câest toujours dans le quartier de BĂ©zĂ©ta car, pour sortir des murs, on doit encore passer devant la maison de Joseph, qui se trouve prĂšs de la Porte que jâai entendu nommer Porte dâHĂ©rode.
La ville est Ă moitiĂ© dĂ©serte en cette paisible soirĂ©e au clair de lune. Je me rends compte que la PĂąque a Ă©tĂ© consommĂ©e dans lâune des maisons de Lazare, qui nâest pourtant pas la maison du CĂ©nacle. Celle-ci est Ă lâopposĂ©. Lâune est au nord, lâautre au sud de JĂ©rusalem.
Sur le seuil de la maison, JĂ©sus, avec son aimable courtoisie, prend congĂ© de Jean dâEn-Dor quâil laisse pour protĂ©ger les femmes et quâil remercie pour cette garde. Il embrasse Marziam, venu lui aussi sur le seuil, puis sâĂ©loigne par la Porte dite dâHĂ©rode.
« OĂč allons-nous, Seigneur ?
â Venez avec moi. Je vous emmĂšne couronner la PĂąque par une perle rare et dĂ©sirĂ©e. Câest pour cela que jâai voulu rester avec vous seuls. Mes apĂŽtres ! Merci, mes amis, de votre grand amour pour moi. Si vous pouviez voir comme il me console, vous en seriez bien surpris ! Voyez : je supporte de continuelles Ă©preuves et dĂ©ceptions. Du moins, ce sont des dĂ©ceptions pour vous. Pour moi, soyez-en persuadĂ©s, je nâai pas de dĂ©ceptions, car il ne mâa pas Ă©tĂ© accordĂ© le don dâignorance⊠MĂȘme pour cela, je vous conseille de vous laisser conduire par moi. Si je permets ceci ou cela, nây faites pas obstacle. Si je nâinterviens pas pour mettre fin Ă quelque chose, ne vous occupez pas de le faire vous-mĂȘmes. Tout vient en son temps. Ayez confiance en moi, par-dessus tout. »
Ils arrivent Ă lâangle nord-est de lâenceinte des murs, tournent et longent le mont Moriah jusquâĂ lâendroit oĂč ils peuvent franchir le CĂ©dron par un petit pont.
« Nous allons Ă GethsĂ©mani ? demande Jacques, fils dâAlphĂ©e.
â Non, plus haut : sur le mont des Oliviers.
â Oh ! Ce sera beau ! Dit Jean.
â Cela aurait fait plaisir au petit aussi, murmure Pierre.
â Il y viendra bien dâautres fois ! Il Ă©tait fatiguĂ©. Et câest un enfant. Je veux vous donner une grande chose, parce que dĂ©sormais il est juste que vous lâayez. »
203.2 Ils montent Ă travers les oliviers, laissant GethsĂ©mani sur leur droite, et sâĂ©lĂšvent encore sur le mont jusquâĂ atteindre la crĂȘte oĂč bruissent les oliviers.
JĂ©sus sâarrĂȘte et dit :
« Faisons une pause⊠Mes chers, si chers disciples et mes continuateurs dans lâavenir, venez prĂšs de moi. Un jour â et pas seulement un jour â, vous mâavez dit : â Apprends-nous Ă prier comme tu pries. Apprends-le-nous, comme Jean lâa fait pour les siens, afin que nous, tes disciples, nous puissions prier avec les mots mĂȘmes du MaĂźtre. â Et je vous ai toujours rĂ©pondu : â Je le ferai quand je verrai en vous un minimum de prĂ©paration suffisant pour que la priĂšre ne soit pas une vaine formule de paroles humaines, mais une vĂ©ritable conversation avec le PĂšre. â Nous y sommes. Vous ĂȘtes en possession de ce qui suffit pour pouvoir connaĂźtre les mots quâil convient de dire Ă Dieu. Et je veux vous les enseigner ce soir, dans la paix et lâamour qui rĂšgnent entre nous, dans la paix et dans lâamour de Dieu et avec Dieu. Nous avons, en effet, obĂ©i au prĂ©cepte pascal en vrais juifs, et au commandement divin de la charitĂ© envers Dieu et envers le prochain.
203.3 Lâun dâentre vous a beaucoup souffert, ces jours-ci. Souffert pour un acte immĂ©ritĂ©, et souffert par lâeffort quâil a fait sur lui-mĂȘme pour contenir lâindignation que cet acte avait provoquĂ©. Oui, Simon-Pierre, viens ici. Il nây a pas le moindre frĂ©missement de ton cĆur honnĂȘte qui mâait Ă©tĂ© inconnu, et il nây a pas une seule peine que je nâaie partagĂ©e avec toi. Tes compagnons et moiâŠ
â Mais toi, Seigneur, tu as Ă©tĂ© bien plus offensĂ© que moi ! Et câĂ©tait pour moi une souffrance plus⊠plus grande, non, plus sensible⊠et pas plus⊠plus⊠VoilĂ : que Judas ait Ă©tĂ© dĂ©goĂ»tĂ© de participer Ă ma fĂȘte, jâen ai souffert comme homme. Mais de voir que tu en Ă©tais affligĂ© et offensĂ©, cela mâa fait mal dâune tout autre façon et jâen ai souffert deux fois plus⊠Moi⊠je ne veux pas me vanter et me faire valoir en me servant de tes mots⊠Mais je dois dire â et si câest de lâorgueil, dis-le-moi â que jâai souffert en mon Ăąme⊠et cela fait plus mal.
â Ce nâest pas de lâorgueil, Simon. Tu as souffert spirituellement car Simon, pĂȘcheur de GalilĂ©e, est en train de se transformer en Pierre, disciple de JĂ©sus, MaĂźtre de lâesprit, grĂące auquel ses disciples deviennent eux aussi spirituellement actifs et sages. Et câest pour te faire progresser dans la vie spirituelle, pour vous faire progresser, que je veux, ce soir, vous apprendre Ă prier. Combien vous ĂȘtes changĂ©s, depuis la retraite solitaire !
â Tous, Seigneur ? demande BarthĂ©lemy, un peu incrĂ©dule.
â Je comprends ce que tu veux dire⊠mais je parle Ă vous onze, pas Ă dâautresâŠ
â Mais quâa donc Judas, MaĂźtre ? Nous ne le comprenons plus⊠il paraissait tellement changĂ©, et maintenant, depuis que nous avons quittĂ© le lacâŠ, dit AndrĂ©, dĂ©solĂ©.
â Tais-toi, mon frĂšre. Câest moi qui ai la clĂ© du mystĂšre ! Il sâest un peu attachĂ© Ă BĂ©elzĂ©boul. Il est allĂ© le chercher dans la caverne dâEn-Dor pour Ă©tonner les gens et⊠et il a Ă©tĂ© servi ! Le MaĂźtre le lui a dit ce jour-là ⊠A Gamla, les diables sont entrĂ©s dans les porcs. A En-Dor, les diables, sortis de ce malheureux Jean, sont entrĂ©s en lui⊠On comprend que⊠on comprend⊠Laisse-moi le dire, MaĂźtre ! Cela me prend Ă la gorge et, si je ne le dis pas, si ça ne sort pas, ça va mâempoisonnerâŠ
â Simon, sois bon !
â Oui, MaĂźtre⊠et je tâassure que je ne lui ferai pas dâimpolitesses. Mais jâaffirme et je pense que Judas Ă©tant vicieux â nous lâavons tous compris â, il est un peu parent du porc⊠et on comprend que les dĂ©mons choisissent volontiers les porcs pour leur⊠changement de domicile. VoilĂ , câest dit.
â Tu dis que câest cela ? demande Jacques, fils de ZĂ©bĂ©dĂ©e.
â Et que veux-tu que ce soit dâautre ? Il nây a eu aucune raison pour quâil devienne aussi intraitable. Câest pire quâĂ la Belle Eau ! Et lĂ , on pouvait penser que câĂ©taient lâendroit et la saison qui lâĂ©nervaient. Mais maintenantâŠ
203.4 â Il y a une autre raison, SimonâŠ
â Donne-la-moi, MaĂźtre. Je suis content de changer dâavis sur mon compagnon.
â Judas est jaloux et cette jalousie lâagite.
â Jaloux ? De qui ? Il nâa pas de femme, et mĂȘme sâil en avait une et Ă©tait avec les femmes, je crois quâaucun de nous ne ferait preuve de mĂ©pris Ă lâĂ©gard de notre condiscipleâŠ
â Il est jaloux de moi. RĂ©flĂ©chis : Judas a changĂ© aprĂšs En-Dor et aprĂšs Esdrelon. Câest-Ă -dire quand il a vu que je mâoccupais de Jean et de Yabeç. Mais, maintenant que Jean â Jean surtout â sâĂ©loignera en passant de moi Ă Isaac, tu verras quâil redeviendra enjouĂ© et bon.
â Eh⊠bien ! Tu ne me diras pas quâil nâest pas possĂ©dĂ© par un petit dĂ©mon. Et surtout⊠Non, je le dis ! Et surtout tu ne me diras pas quâil est devenu meilleur ces derniers mois. JâĂ©tais jaloux, moi aussi, lâan dernier⊠Je nâaurais voulu personne de plus que nous six, les six premiers, tu tâen souviens ? Maintenant, maintenant⊠laisse-moi, pour une fois, prendre Dieu Ă tĂ©moin de ma pensĂ©e. Maintenant, je dis que je suis heureux de voir augmenter le nombre des disciples autour de toi. Ah ! Je voudrais avoir tous les hommes et les amener Ă toi, ainsi que tous les moyens pour pouvoir subvenir Ă ceux qui sont dans le besoin, afin que la misĂšre ne soit pour personne un obstacle pour venir Ă toi. Dieu voit que je dis vrai. Mais pourquoi suis-je ainsi maintenant ? Parce que je me suis laissĂ© changer par toi. Lui⊠il nâa pas changĂ©. Au contraire⊠VoilĂ , MaĂźtre⊠Câest un petit dĂ©mon qui lâa prisâŠ
â Ne dis pas cela. Ne le pense pas. Prie pour quâil guĂ©risse. La jalousie est une maladieâŠ
â QuâĂ tes cĂŽtĂ©s, on guĂ©rit si on le veut. Ah ! Je le supporterai, pour toi⊠Mais quel effort !âŠ
â Je tâen ai donnĂ© la rĂ©compense : lâenfant. Et maintenant, je vais tâapprendre Ă prierâŠ
â oh oui ! Mon frĂšre, dit Jude. Parlons de cela⊠et que lâon ne se souvienne de mon homonyme quâĂ cause du besoin quâil en a. Il me semble quâil a dĂ©jĂ son chĂątiment : il nâest pas avec nous en ce moment !
203.5 â Ecoutez. Quand vous priez, dites ceci : â Notre PĂšre qui es aux Cieux, que ton nom soit sanctifiĂ©, que ton rĂšgne vienne sur la terre comme il est dans le Ciel, et que ta volontĂ© soit faite sur la terre comme au Ciel. Donne-nous aujourdâhui notre pain quotidien, remets-nous nos dettes, comme nous les remettons Ă nos dĂ©biteurs. Ne nous induis pas en tentation, mais dĂ©livre-nous du Malin. â »
JĂ©sus sâest levĂ© pour dire la priĂšre et tous lâont imitĂ©, attentifs et Ă©mus.
« Rien dâautre nâest nĂ©cessaire, mes amis. Dans ces mots est renfermĂ© comme en un cercle dâor tout ce quâil faut Ă lâhomme pour son Ăąme comme pour sa chair et son sang. Avec cela, demandez ce qui est utile Ă celui-lĂ ou Ă ceux-ci. Et si vous accomplissez ce que vous demandez, vous acquerrez la vie Ă©ternelle. Câest une priĂšre si parfaite que les vagues des hĂ©rĂ©sies et le cours des siĂšcles ne lâentameront pas. Le christianisme sera dĂ©suni sous la morsure de Satan et beaucoup de parties de ma chair mystique seront dĂ©tachĂ©es, morcelĂ©es, formant des cellules particuliĂšres dans le vain dĂ©sir de se crĂ©er un corps parfait comme le sera le Corps mystique du Christ, câest-Ă -dire formĂ© de tous les fidĂšles unis dans lâEglise apostolique qui sera, tant que la terre existera, lâunique vĂ©ritable Eglise. Mais ces petits groupes sĂ©parĂ©s, privĂ©s par consĂ©quent des dons que je laisserai Ă lâEglise MĂšre pour nourrir mes enfants, garderont toujours le titre dâĂ©glises chrĂ©tiennes en raison de leur culte pour le Christ et, au sein de leur erreur, elles se souviendront toujours quâelles sont venues du Christ. Eh bien, elles aussi prieront avec cette priĂšre universelle. Souvenez-vous-en. MĂ©ditez-la continuellement. Appliquez-la Ă votre action. Il ne faut pas autre chose pour se sanctifier. Si quelquâun Ă©tait seul, dans un milieu paĂŻen, sans Ă©glise, sans livre, il aurait dĂ©jĂ tout ce que lâon peut savoir en mĂ©ditant cette priĂšre ainsi quâune Ă©glise ouverte dans son cĆur pour la rĂ©citer. Il aurait une rĂšgle de vie et une sanctification assurĂ©e.
203.6 â Notre PĂšre â.
Je lâappelle â PĂšre â. Câest le PĂšre du Verbe, câest le PĂšre de Celui qui sâest incarnĂ©. Câest ainsi que je veux que vous lâappeliez vous aussi, car vous faites un avec moi, si vous demeurez en moi. Il fut un temps oĂč lâhomme devait se jeter face Ă terre pour soupirer, en tremblant dâĂ©pouvante : â Dieu ! â Celui qui ne croit pas en moi ni en ma parole est encore pris par cette crainte paralysante⊠Observez lâintĂ©rieur du Temple. Non seulement Dieu, mais aussi le souvenir de Dieu, est cachĂ© aux yeux des fidĂšles par un triple voile. SĂ©paraÂtion par la distance, sĂ©paration par les voiles, tout a Ă©tĂ© pris et appliquĂ© pour signifier Ă celui qui prie : â Tu es fange. Lui, il est LumiĂšre. Tu es abject. Lui, il est Saint. Tu es esclave. Lui, il est Roi. â
Mais maintenant !⊠Relevez-vous ! Approchez-vous ! Je suis le PrĂȘtre Ă©ternel. Je peux vous prendre par la main et vous dire : â Venez. â Je peux saisir les rideaux du vĂ©larium et les Ă©carter, ouvrant tout grand lâinaccessible lieu, fermĂ© jusquâĂ aujourdâhui. FermĂ© ? Pourquoi ? FermĂ© Ă cause de la faute originelle, oui, mais encore plus Ă©troitement fermĂ© par la conscience corrompue des hommes. Pourquoi est-il fermĂ© si Dieu est amour, si Dieu est PĂšre ? Je peux, je dois, je veux vous conduire, non pas dans la poussiĂšre, mais dans lâazur ; non pas au loin, mais tout prĂšs ; non pas comme des esclaves, mais comme des fils sur le cĆur de Dieu.
Dites â PĂšre ! PĂšre ! â, et ne vous lassez pas de le rĂ©pĂ©ter. Ne savez-vous pas que, chaque fois que vous le dites, le Ciel rayonne de la joie de Dieu ? Ne diriez-vous que ce mot, avec un amour vĂ©ritable, vous feriez dĂ©jĂ une priĂšre agrĂ©able au Seigneur. â PĂšre ! Mon pĂšre ! â disent les enfants Ă leur gĂ©niteur. Câest le premier mot quâils disent : â MĂšre, pĂšre. â Vous ĂȘtes les petits enfants de Dieu. Je vous ai engendrĂ©s Ă partir du vieil homme que vous Ă©tiez. Ce vieil homme, je lâai dĂ©truit par mon amour, pour faire naĂźtre lâhomme nouveau, le chrĂ©tien. Appelez donc, du premier nom que les enfants connaissent, le PĂšre trĂšs saint qui est aux Cieux.
203.7 â Que ton Nom soit sanctifiĂ©. â
O nom saint et doux plus que tout autre ! Nom que la terreur du coupable vous a appris Ă voiler sous un autre nom ! Ne dites plus AdonaĂŻ. Câest Dieu. Câest le Dieu qui, dans un excĂšs dâamour, a créé lâhumanitĂ©. Que lâhumanitĂ© de lâavenir lâappelle de son nom, par ses lĂšvres purifiĂ©es par le bain que je prĂ©pare, se rĂ©servant de comprendre avec la plĂ©nitude de la sagesse le sens vĂ©ritable de cet IncomprĂ©hensible lorsque, fondue en lui, lâhumanitĂ© avec les meilleurs de ses enfants sera Ă©levĂ©e jusquâau Royaume que je suis venu fonder.
203.8 â Que ton RĂšgne vienne sur la terre comme au Ciel. â
DĂ©sirez de toutes vos forces cet avĂšnement. Ce serait la joie sur la terre, sâil venait. Le RĂšgne de Dieu dans les cĆurs, dans les familles, entre les citoyens, entre les nations. Souffrez, prenez de la peine, sacrifiez-vous pour ce RĂšgne. Que la terre soit un miroir qui reflĂšte en chacun la vie des Cieux. Il viendra. Un jour, tout cela adviendra. Des siĂšcles et des siĂšcles de larmes et de sang, dâerreurs, de persĂ©cutions, de brouillard traversĂ© dâĂ©clairs de lumiĂšre quâirradiera le phare mystique de mon Eglise â si elle est une barque qui ne sombrera pas, elle est aussi un rocher qui rĂ©sistera aux vagues et elle tiendra bien haut la lumiĂšre, ma lumiĂšre, la lumiĂšre de Dieu â, tout cela prĂ©cĂ©dera le moment oĂč la terre possĂšdera le Royaume de Dieu. Ce sera alors comme lâintense flamboiement dâun astre qui, aprĂšs avoir atteint la perfection de son existence, se dĂ©sagrĂšge, comme une fleur dĂ©mesurĂ©e des jardins Ă©thĂ©rĂ©s, pour exhaler en un Ă©tincelant frĂ©missement son existence et son amour aux pieds de son CrĂ©ateur. Mais cela adviendra. Et ensuite, ce sera le Royaume parfait, bienheureux, Ă©ternel du Ciel.
203.9 â que ta volontĂ© soit faite sur la terre comme au Ciel. â
LâanĂ©antissement de la volontĂ© propre au profit de celle dâun autre ne peut se produire que lorsquâon a atteint le parfait amour pour cette personne. LâanĂ©antissement de la volontĂ© propre au profit de celle de Dieu ne peut se produire que quand on a atteint la perfection des vertus thĂ©ologales Ă un degrĂ© hĂ©roĂŻque. Au Ciel, oĂč tout est sans dĂ©fauts, sâaccomplit la volontĂ© de Dieu. Sachez, vous qui ĂȘtes fils du Ciel, faire ce que lâon fait au Ciel.
203.10 â Donne-nous notre pain quotidien. â
Quand vous serez au Ciel, vous vous nourrirez uniquement de Dieu. La bĂ©atitude sera votre nourriture. Mais, ici-bas, vous avez encore besoin de pain. Et vous ĂȘtes les petits enfants de Dieu. Il est donc juste de dire : â PĂšre, donne-nous du pain. â
Avez-vous peur quâil ne vous Ă©coute pas ? Oh, non ! RĂ©flĂ©chissez : supposez que lâun de vous ait un ami et quâil sâaperçoive quâil manque de pain pour rassasier un autre ami ou un parent arrivĂ© chez lui Ă la fin de la seconde veille. Il va trouver lâami son voisin et lui dit : â Mon ami, prĂȘte-moi trois pains, car il mâest arrivĂ© un hĂŽte et je nâai rien Ă lui donner Ă manger. â Peut-il sâentendre rĂ©pondre de lâintĂ©rieur de la maison : â Ne mâennuie pas car jâai dĂ©jĂ fermĂ© la porte et bloquĂ© les battants, et mes enfants dorment dĂ©jĂ Ă mes cĂŽtĂ©s. Je ne peux me lever et te donner ce que tu dĂ©sires â ? Non. Sâil sâest adressĂ© Ă un vĂ©ritable ami et quâil insiste, il obtiendra ce quâil demande. Il lâaurait obtenu mĂȘme sâil sâĂ©tait adressĂ© Ă un ami pas trĂšs proche, Ă cause de son insistance, car celui auquel il demande ce service, pour nâĂȘtre plus importunĂ©, se hĂąterait de lui en donner autant quâil en veut.
Mais vous, quand vous priez le PĂšre, vous ne vous adressez pas Ă un ami de la terre : vous vous tournez vers lâAmi parfait, qui est le PĂšre du Ciel. Aussi, je vous dis : â Demandez et lâon vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et lâon vous ouvrira. â En effet, Ă qui demande on donne, qui cherche finit par trouver, Ă qui frappe on ouvre la porte.
Quel enfant des hommes se voit prĂ©senter une pierre, sâil demande du pain Ă son pĂšre ? Qui se voit donner un serpent Ă la place dâun poisson grillĂ© ? Le pĂšre qui agirait ainsi Ă lâĂ©gard de ses enfants serait criminel. Je lâai dĂ©jĂ dit et je le rĂ©pĂšte pour vous encourager Ă avoir des sentiments de bontĂ© et de confiance. De mĂȘme quâun homme sain dâesprit ne donnerait pas un scorpion Ă la place dâun Ćuf, avec quelle plus grande bontĂ© Dieu ne vous donnera-t-il pas ce que vous demandez ! Car il est bon, alors que vous, vous ĂȘtes plus ou moins mauvais. Demandez donc avec un amour humble et filial votre pain au PĂšre.
203.11 â Remets-nous nos dettes comme nous les remettons Ă nos dĂ©biteurs. â
Il y a les dettes matĂ©rielles et les dettes spirituelles. Il y a encore les dettes morales. Lâargent, la marchandise quâon vous a prĂȘtĂ©s sont des dettes matĂ©rielles quâil faut rembourser. Lâestime que lâon exige sans rĂ©ciprocitĂ©, lâamour que lâon attend, mais que lâon ne donne pas, sont des dettes morales. LâobĂ©issance Ă Dieu, de qui on exigerait beaucoup, quitte Ă lui donner bien peu, et lâamour quâon doit avoir pour lui sont des dettes spirituelles. Mais il nous aime et doit ĂȘtre aimĂ© comme on aime une mĂšre, une Ă©pouse, un fils de qui on exige tant de choses. LâĂ©goĂŻste veut possĂ©der et ne donne pas. Mais lâĂ©goĂŻste est aux antipodes du Ciel. Nous avons des dettes envers tout le monde. De Dieu au parent, de celui-ci Ă lâami, de lâami Ă son prochain, de son prochain au serviteur et Ă lâesclave, car tous sont des ĂȘtres comme nous. Malheur Ă qui ne pardonne pas ! Il ne lui sera pas pardonnĂ©. Dieu ne peut pas, par justice, remettre ce que lâhomme lui doit â Ă lui qui est le TrĂšs Saint â si lâhomme ne pardonne pas Ă son semblable.
203.12 â Ne nous induis pas en tentation, mais dĂ©livre-nous du Malin. â
Lâhomme qui nâa pas Ă©prouvĂ© le besoin de partager avec nous le souper de la PĂąque mâa demandĂ©, il y a moins dâun an : â Comment ? Tu as demandĂ© de ne pas ĂȘtre tentĂ© et dâĂȘtre aidĂ© dans la tentation contre elle-mĂȘme ? â Nous Ă©tions nous deux, seuls⊠et jâai rĂ©pondu.
Une autre fois, nous Ă©tions quatre dans un endroit isolĂ©, et jâai rĂ©pondu de nouveau. Mais il nâĂ©tait pas encore satisfait car, dans une Ăąme inflexible, il faut dâabord ouvrir une brĂšche en dĂ©molissant la forteresse perverse de sa suffisance. Câest pour cette raison que je le rĂ©pĂšterai encore une fois, et mĂȘme dix, cent fois jusquâĂ ce que tout soit accompli.
Mais vous, qui nâavez pas de cuirasse due Ă des doctrines malheureuses ni de passions plus malheureuses encore, veuillez prier ainsi. Priez avec humilitĂ© pour que Dieu empĂȘche les tentations. Ah, lâhumilitĂ© ! Se reconnaĂźtre pour ce que lâon est ! Sans sâavilir, mais se connaĂźtre. Dire : â Je pourrais cĂ©der mĂȘme si cela me semble impossible, car je suis un juge imparfait pour moi-mĂȘme. Par consĂ©quent, mon PĂšre, dĂ©livre-moi, si possible, des tentations en me tenant proche de toi au point que cela ne permette pas au Malin de me nuire. â Car, souvenez-vous-en, ce nâest pas Dieu qui porte au mal, mais câest le mal qui tente. Priez le PĂšre pour quâil vienne en aide Ă votre faiblesse au point quâelle ne puisse ĂȘtre induite en tentation par le Malin.
203.13 VoilĂ ce que jâavais Ă vous dire, mes bien-aimĂ©s. Câest ma seconde PĂąque au milieu de vous. Lâan dernier, nous avons seulement rompu ensemble le pain et partagĂ© lâagneau. Cette annĂ©e, je vous fais le don de la priĂšre. Jâaurai dâautres dons pour mes autres PĂąques parmi vous afin que, lorsque je serai allĂ© lĂ oĂč le PĂšre le veut, vous gardiez un souvenir de moi, lâAgneau, dans toute fĂȘte de lâagneau mosaĂŻque.
Levez-vous et partons. Nous rentrerons en ville Ă lâaurore. Ou plutĂŽt : demain, toi, Simon, et toi, mon frĂšre (il dĂ©signe Jude), vous irez chercher les femmes et lâenfant. Quant Ă toi, Simon-Pierre, et vous autres, vous resterez avec moi jusquâĂ leur retour. Ensuite, nous irons tous ensemble Ă BĂ©thanie. »
Ils descendent jusquâĂ GethsĂ©mani oĂč ils rentrent Ă la maison pour se reposer.