« Vous allez loin ?
â Sur les hautes montagnes. Les chaleurs arrivent⊠Tu nous parleras ? LĂ -haut, lĂ oĂč nous sommes, seuls les vents nous parlent, et parfois le loup hurle et fait du carnage, comme pour le pĂšre de Zacharie. Nous avons dĂ©sirĂ© te voir pendant tout lâhiver, mais jamais nous ne tâavons trouvĂ©.
â Venez Ă lâombre de ce bosquet, je vais vous parler. »
JĂ©sus sây rend le premier, tenant par la main le jeune berger et caressant de lâautre main les brebis qui lĂšvent le museau en bĂȘlant.
Les bergers rassemblent le troupeau sous le taillis et, pendant que les brebis se couchent pour ruminer, ou bien broutent et se frottent aux troncs, Jésus parle.
182.4 « Vous avez dit : â LĂ -haut, lĂ oĂč nous sommes, seuls les vents nous parlent, et parfois le loup hurle et fait du carnage. â Ce qui arrive lĂ -haut arrive dans les cĆurs par lâĆuvre de Dieu, de lâhomme et de Satan. Vous pouvez donc avoir lĂ -haut ce que vous auriez partout.
Avez-vous une connaissance suffisante de la Loi pour connaĂźtre ses dix commandements ? Toi aussi, mon enfant ? Dans ce cas, vous en savez assez. Si vous pratiquez avec fidĂ©litĂ© ce que Dieu a indiquĂ© par ses commandements, vous serez saints. Ne vous plaignez pas dâĂȘtre loin du monde. Vous ĂȘtes ainsi prĂ©servĂ©s dâune grande corruption. Et Dieu nâest pas loin de vous, mais plus proche dans cette solitude oĂč sa voix parle par les vents quâil a créés, par les plantes et les eaux plus quâau milieu des hommes. Ce troupeau vous enseigne une grande, une trĂšs grande vertu : il est doux et obĂ©issant ; il se contente de peu et il est reconnaissant pour ce quâil a ; il sait aimer et reconnaĂźtre celui qui le soigne et lâaime. Faites de mĂȘme en disant : â Dieu est notre Berger et nous sommes ses brebis. Son Ćil est sur nous. Il nous protĂšge et nous procure, non ce qui est source de vice, mais ce qui est nĂ©cessaire Ă la vie. â
Gardez le loup loin de votre cĆur. Les loups, ce sont les hommes mauvais qui peut-ĂȘtre vous sĂ©duisent pour vous engager Ă commettre de mauvaises actions sur lâordre de Satan ; câest aussi Satan lui-mĂȘme qui vous incite au pĂ©chĂ© pour vous dĂ©chiqueter. Soyez vigilants. Vous, les bergers, vous connaissez les habitudes du loup. Il est astucieux autant que les brebis sont simples et innocentes. Il sâapproche sans bruit aprĂšs avoir observĂ© dâen haut les habitudes du troupeau, il se glisse entre les buissons et, pour ne pas attirer lâattention, il se tient immobile comme une pierre. Ne ressemble-t-il pas Ă une grosse masse arrondie au milieu de lâherbe ? Mais ensuite, quand il est sĂ»r que personne ne veille, il bondit et saisit lâagneau entre ses crocs. Câest ainsi quâagit Satan : il vous surveille pour connaĂźtre vos points faibles, il rĂŽde autour de vous, il paraĂźt inoffensif et absent, tournĂ© dans une autre direction, alors quâil vous tient Ă lâĆil, puis bondit Ă lâimproviste pour vous entraĂźner dans le pĂ©chĂ© ; et il y parvient parfois.
Mais vous avez auprĂšs de vous un mĂ©decin et un ami compatissant : Dieu et votre ange gardien. Si vous ĂȘtes blessĂ©s, si vous ĂȘtes tombĂ©s malades, ne vous Ă©loignez pas dâeux comme le fait un chien devenu enragĂ©. Au contraire, criez-leur en pleurant : â A lâaide ! â Dieu pardonne Ă celui qui se repent et votre ange gardien est tout disposĂ© Ă supplier Dieu pour vous et avec vous.
182.5 Aimez-vous et aimez ce jeune garçon. Chacun de vous doit se sentir un peu pĂšre de lâorphelin. Que la prĂ©sence dâun enfant parmi vous modĂšre tous vos actes par le frein saint du respect de lâenfant. Que votre prĂ©sence Ă ses cĂŽtĂ©s supplĂ©e ce que la mort lui a enlevĂ©. Il faut aimer son prochain. Cet enfant est le prochain que Dieu vous confie dâune maniĂšre toute spĂ©ciale. Rendez-le par votre Ă©ducation bon et croyant, honnĂȘte et sans vice. Il vaut bien plus que lâune de ces brebis. Maintenant, si vous prenez soin dâelles parce quâelles appartiennent au maĂźtre qui vous punirait si vous les laissiez pĂ©rir, combien plus vous devez prendre soin de cette Ăąme que Dieu vous confie en son nom et au nom de son pĂšre mort. Sa condition dâorphelin est bien triste. Ne la lui rendez pas plus difficile, ne profitez pas de sa jeunesse pour le maltraiter. Pensez que Dieu voit les actes et les larmes de chacun et quâil tient compte de tout pour rĂ©compenser comme pour punir.
Quant Ă toi, mon enfant, rappelle-toi que tu nâes jamais seul. Dieu te voit, et lâĂąme de ton pĂšre Ă©galement. Quand quelque chose te trouble et te porte au mal, dis : â Non. Je ne veux pas ĂȘtre orphelin pour lâĂ©ternitĂ©. â Tu le serais si tu damnais ton cĆur par le pĂ©chĂ©.
Soyez bons. Je vous bĂ©nis pour que tout le bien soit en vous. Si nous avions suivi la mĂȘme route, je vous aurais encore parlĂ© longuement. Mais le soleil se lĂšve et vous devez partir, tout comme moi. Vous pour mettre les brebis Ă lâabri de lâardeur du soleil, moi pour arracher des cĆurs Ă une autre ardeur plus redoutable. Priez pour quâils reconnaissent en moi le Berger. Adieu, Zacharie. Sois bon. Paix Ă vous. »
JĂ©sus embrasse le jeune berger, il le bĂ©nit et, pendant que le troupeau sâĂ©loigne lentement, il le suit du regard, puis reprend sa route.