130.5 « Que la paix soit en vous tous.
â Tu ne porteras pas de faux tĂ©moignages â, est-il dit.
Quây a-t-il de plus dĂ©goĂ»tant quâun menteur ? Ne peut-on pas dire quâil unit la cruautĂ© Ă lâimpuretĂ© ? On le peut en effet. Le menteur â je parle de celui qui ment en matiĂšre grave â est cruel. Il tue une rĂ©putation par sa langue. Il nâest donc pas diffĂ©rent de lâassassin. Je dis mĂȘme : il est pire quâun assassin. Ce dernier ne tue que le corps. Le menteur tue aussi le renom, le bon souvenir dâun homme. Il est donc deux fois assassin. Câest lâassassin impuni car il ne rĂ©pand pas le sang, mais il blesse lâhonneur Ă la fois de celui quâil calomnie et de sa famille tout entiĂšre. Et je ne mâarrĂȘte mĂȘme pas au cas de celui qui, en prĂȘtant serment, en envoie un autre Ă la mort. Sur celui-lĂ , les charbons de la GĂ©henne sont dĂ©jĂ accumulĂ©s. Mais je parle seulement de celui qui, par un mensonge, fait des insinuations et persuade dâautres personnes au dĂ©triment dâun innocent. Pourquoi le fait-il ? Soit par haine sans raison, soit par dĂ©sir de possĂ©der les biens dâun autre, ou encore par peur.
Par haine. Seul lâami de Satan connaĂźt la haine. Un homme bon ne hait jamais, pour aucune raison. MĂȘme si on le mĂ©prise, si on lui fait du tort, il pardonne. Il ne hait jamais. La haine, câest le tĂ©moignage quâune Ăąme perdue se rend Ă elle-mĂȘme, et câest le plus beau tĂ©moignage qui puisse ĂȘtre rendu Ă lâinnocent. Car la haine, câest la rĂ©volte du mal contre le bien. On ne pardonne pas Ă lâhomme bon.
Par aviditĂ©. â Celui-ci possĂšde ce que je nâai pas. Je veux lâavoir. Le faire mĂ©priser est le meilleur moyen de prendre sa place. Et je le fais. Je mens ? Quelle importance ? Je vole ? Quelle importance ? Je peux aller jusquâĂ ruiner toute une famille ? Quelle importance ? â Parmi toutes les questions que le menteur rusĂ© se pose, il oublie, il veut oublier celle-ci : â Et si on me dĂ©masquait ? â Cette question, il ne se la pose pas parce que, emportĂ© par lâorgueil et lâaviditĂ©, câest comme sâil avait les yeux fermĂ©s. Il ne voit pas le danger. Il est encore comme un homme ivre. Il est enivrĂ© par le vin de Satan, et ne rĂ©flĂ©chit pas que Dieu est plus fort que Satan et se charge de venger ceux que lâon calomnie. Le menteur sâest donnĂ© au Mensonge et il se fie stupidement Ă sa protection.
Par peur. Il arrive souvent quâon calomnie pour sâexcuser soi-mĂȘme. Câest la forme la plus commune du mensonge. On a fait le mal. On craint que notre action soit dĂ©couverte et reconnue. Alors, usant et abusant de lâestime que lâon a encore auprĂšs des autres, on retourne le fait en sa faveur et on met ses actes sur le compte dâun autre dont on craint seulement lâhonnĂȘtetĂ©. On agit encore ainsi parce quâun autre a parfois Ă©tĂ©, sans le vouloir, tĂ©moin de lâune de nos mauvaises actions, et on veut se mettre Ă lâabri de son tĂ©moignage. On lâaccuse pour le faire mal voir, afin que sâil parle, personne ne le croie.
130.6 Mais agissez bien ! Agissez bien, et vous nâaurez jamais besoin de mentir. Ne rĂ©flĂ©chissez-vous pas, quand vous mentez, au joug pesant que vous vous mettez sur le dos ? Il est fait de lâassujettissement au dĂ©mon, de la peur perpĂ©tuelle dâun dĂ©menti et de la nĂ©cessitĂ© de se rappeler son mensonge, avec les faits et dĂ©tails qui lâentouraient, mĂȘme des annĂ©es aprĂšs, sans se contredire. Un vrai travail de galĂ©rien. Si encore il servait au Ciel ! Mais il ne sert quâĂ se prĂ©parer une place en enfer !
Soyez francs. Comme elle est belle, la bouche de lâhomme qui ne connaĂźt pas le mensonge ! Il sera pauvre ? Il sera fruste ? Il sera inconnu ? Il lâest mĂȘme ? Oui. Mais câest toujours un roi parce quâil est sincĂšre. Or la sincĂ©ritĂ© est plus royale que lâor ou quâun diadĂšme, et elle Ă©lĂšve au-dessus des foules plus quâun trĂŽne ; il a enfin une cour de gens honnĂȘtes plus nombreuse que celle dâun monarque. Le voisinage de lâhomme sincĂšre procure sĂ©curitĂ© et rĂ©confort. LâamitiĂ© dâun homme non sincĂšre crĂ©e des ennuis et son seul voisinage suffit Ă donner une impression de malaise. Le menteur rĂ©flĂ©chit-il quâil est toujours tenu en suspicion puisque le mensonge a vite fait de se manifester pour mille raisons ? Comment le croire dĂ©sormais ? MĂȘme sâil dit la vĂ©ritĂ©, et quâon ne demande pas mieux que de le croire, au fond, il restera toujours un doute : â Va-t-il encore mentir â ?
Vous allez dire : â Mais quel rapport peut-il y avoir avec un faux tĂ©moignage ? â Tout mensonge est un faux tĂ©moignage. Il nây a pas que le faux tĂ©moignage en justice.
Soyez simples comme Dieu et un petit enfant. Soyez vĂ©ridiques Ă tous les moments de votre vie. Vous voulez quâon vous considĂšre comme bons ? Soyez-le rĂ©ellement. MĂȘme si un mĂ©disant voulait dire du mal de vous, il y aurait cent bonnes personnes pour rĂ©pliquer : â Non, ce nâest pas vrai. Il est bon. Ses oeuvres parlent pour lui. â
Dans un livre sapientiel, il est dit : â Lâhomme inique sâavance, la perversitĂ© sur les lĂšvres... la fourberie au coeur, mĂ©ditant le mal en toute saison, il suscite des querelles... Il y a six choses que le Seigneur hait, sept qui lui sont en abomination : des yeux hautains, une langue menteuse, des mains qui rĂ©pandent le sang innocent, un coeur qui mĂ©dite des desseins coupables, des pieds empressĂ©s Ă courir au mal, un faux tĂ©moin qui profĂšre des mensonges et le semeur de querelles entre frĂšres... La ruine sâapproche du mĂ©chant Ă cause des pĂ©chĂ©s de sa langue... Un menteur est un tĂ©moin frauduleux. Les lĂšvres sincĂšres ne changent jamais, mais le tĂ©moignage dâun homme au langage frauduleux est changeant. Les paroles de celui qui chuchote semblent simples, mais elles pĂ©nĂštrent dans les viscĂšres. Lâennemi se reconnaĂźt Ă sa façon de parler quand il couve la trahison. Quand il parle Ă voix basse, ne tây fie pas car il porte en son coeur les sept mĂ©chancetĂ©s. Sous des dehors engageants, il cache sa haine, mais sa malice sera Ă©talĂ©e au grand jour... Celui qui creuse une fosse y tombera et la pierre reviendra sur celui qui la fait rouler. â
Le pĂ©chĂ© de mensonge est vieux comme le monde et le sage sâen tient Ă ce quâil a dĂ©cidĂ©, de mĂȘme que le jugement de Dieu Ă lâĂ©gard du menteur.
Je vous le dis : â Nâayez quâune parole. Que votre oui soit toujours oui et votre non toujours non, mĂȘme en face des puissants et des tyrans. Vous en aurez un grand mĂ©rite au Ciel. â
Je vous le dis : â gardez la spontanĂ©itĂ© de lâenfant qui va dâinstinct vers celui dont il ressent la bontĂ© sans rechercher autre chose que la bontĂ©, et qui dit ce que sa propre bontĂ© lui fait penser sans calculer sâil en dit trop et si cela peut lui attirer un blĂąme. â
Allez en paix, et que la vérité devienne votre amie. »