« Ne dites pas, vous qui ĂȘtes venus rĂ©guliĂšrement Ă mes instructions, que je ne parle pas selon lâordre des commandements, et que jâen saute certains. Vous Ă©coutez, je le vois. Vous Ă©coutez bien. Jâapplique mon discours aux souffrances et aux plaies que je vois en vous. Je suis le MĂ©decin. Le mĂ©decin sâadresse dâabord aux plus malades, Ă ceux qui sont le plus prĂšs de la mort, ensuite il se tourne vers ceux qui sont moins malades. Je fais de mĂȘme.
Aujourdâhui, je dis : â Ne commettez pas dâimpuretĂ©. â
Ne tournez pas vos regards tout autour en cherchant Ă lire sur le visage de quelquâun le mot : â luxurieux â. Soyez charitables les uns envers les autres. Aimeriez-vous quâon le lise sur votre visage ? Non. Alors, ne cherchez pas Ă lire dans lâoeil troublĂ© du voisin, sur son front qui rougit et regarde par terre.
Dâailleurs... dites-moi, vous surtout les hommes. Lequel dâentre vous nâa jamais goĂ»tĂ© ce pain de cendre et dâordure quâest la satisfaction sexuelle ? Nây a-t-il de luxure que celle qui vous pousse pour une heure entre les bras dâune prostituĂ©e ? Nâest-ce pas aussi de la luxure, la profanation du mariage avec votre femme, profanation car câest la lĂ©galisation du vice qui recherche la satisfaction rĂ©ciproque des sens, en en Ă©vitant les consĂ©quences ?
Mariage veut dire procrĂ©ation et lâacte signifie et doit ĂȘtre fĂ©condation. Sans cela, câest de lâimmoralitĂ©. On ne doit pas faire de la couche nuptiale un lupanar, et elle devient telle si elle est souillĂ©e par la passion et si elle nâest pas consacrĂ©e par des maternitĂ©s. La terre ne repousse pas la semence. Elle lâaccueille et en fait une plante. La semence ne quitte pas la glĂšbe aprĂšs quâon lây a dĂ©posĂ©e, mais elle suscite aussitĂŽt une racine et sây agrippe pour croĂźtre et former lâĂ©pi. La plante naĂźt du mariage entre la terre et la semence. Lâhomme, câest la semence, la femme câest la terre, lâĂ©pi câest lâenfant. Se refuser Ă faire un Ă©pi et perdre sa force dans le vice, câest une faute. Câest une prostitution, commise sur le lit nuptial, mais en rien diffĂ©rente de lâautre, aggravĂ©e mĂȘme par la dĂ©sobĂ©issance au commandement qui dit : â Soyez une seule chair et multipliez-vous. â
Vous voyez donc, vous les femmes volontairement stĂ©riles, Ă©pouses lĂ©gales et honnĂȘtes, non pas aux yeux de Dieu mais aux yeux du monde, que malgrĂ© cela vous ressemblez Ă des prostituĂ©es et commettez Ă©galement lâimpuretĂ©, mĂȘme si vous ne frĂ©quentez que votre mari, parce que ce nâest pas la maternitĂ©, mais le plaisir que vous recherchez, et cela bien trop souvent. Vous ne rĂ©flĂ©chissez pas que le plaisir est un poison que lâon absorbe, de quelque bouche contagieuse quâil vienne. Il brĂ»le dâun feu qui, poussĂ© par son dĂ©sir de se rassasier, se pousse hors du foyer et dĂ©vore, toujours plus insatiable. Il laisse un Ăącre goĂ»t de cendre sur la langue. Il donne le dĂ©goĂ»t, la nausĂ©e et le mĂ©pris de soi-mĂȘme et de son compagnon de plaisir car, quand la conscience se rĂ©veille â elle se rĂ©veille entre deux fiĂšvres â, il ne peut naĂźtre que le mĂ©pris de soi-mĂȘme quâon a avili plus bas quâune bĂȘte.
123.4 â Ne commettez pas lâimpuretĂ© â, est-il dit.
La fornication vient en grande partie des actes charnels de lâhomme. Et je ne mâarrĂȘte pas non plus Ă cette union inconcevable, un vrai cauchemar, que le LĂ©vitique condamne en ces termes :
â Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme â et â tu ne donneras ta couche Ă aucune bĂȘte ; tu en deviendrais impur. Une femme ne sâoffrira pas Ă un animal pour sâaccoupler Ă lui. Ce serait une souillure. â Mais aprĂšs avoir abordĂ© le devoir des Ă©poux Ă lâĂ©gard du mariage qui cesse dâĂȘtre saint quand, par malice, il devient infĂ©cond, jâen viens Ă parler de la fornication proprement dite entre homme et femme par vice rĂ©ciproque et par paiement en argent ou en cadeaux.
Le corps humain est un temple magnifique qui renferme un autel. Sur lâautel, câest Dieu qui devrait se trouver. Mais lĂ oĂč se trouve la corruption, Dieu nâest pas. Le corps de lâimpur a donc un autel dĂ©consacrĂ© et sans Dieu. Semblable Ă un homme ivre qui se roule dans la fange et dans les vomissements de son ivresse, lâhomme sâavilit dans la bestialitĂ© de la fornication et devient pire quâun ver et que la bĂȘte la plus immonde.
Or, dites-moi, si lâun de vous sâest dĂ©pravĂ© au point de vendre son corps comme on vend du blĂ© ou un animal, quel bien vous en est-il venu ? Prenez-vous le coeur en main, examinez-le, interrogez-le, Ă©coutez-le, voyez ses blessures, la douleur qui le fait frissonner et puis parlez et rĂ©pondez-moi : ce fruit Ă©tait-il si doux pour mĂ©riter cette souffrance dâun coeur qui Ă©tait nĂ© pur et que vous avez contraint Ă vivre dans un corps impur, Ă battre pour donner vie et chaleur Ă la luxure, et lâuser dans le vice ?
Dites-moi : mais ĂȘtes-vous dĂ©pravĂ©es au point de ne pas sangloter secrĂštement en entendant une voix dâenfant qui appelle : â maman â et en pensant Ă votre mĂšre, ĂŽ femmes de plaisir Ă©chappĂ©es de la maison, ou chassĂ©es pour que la pourriture de ce fruit pourri ne corrompe pas les autres enfants ? En pensant Ă votre mĂšre qui peut-ĂȘtre est morte de la douleur de devoir se dire : â Jâai enfantĂ© un ĂȘtre qui fait ma honte â ?
Nâavez-vous pas senti votre coeur se briser en rencontrant un vieillard que ses cheveux blancs rendaient respectable, Ă la pensĂ©e que vous avez jetĂ© le dĂ©shonneur sur ceux de votre pĂšre comme de la boue prise Ă pleines mains, et avec le dĂ©shonneur le mĂ©pris de son village natal ?
Ne sentez-vous pas le regret vous Ă©treindre les entrailles en voyant le bonheur dâune Ă©pouse ou lâinnocence dâune jeune fille, et de devoir vous dire : â Moi, jâai renoncĂ© Ă tout cela et je ne lâaurai jamais plus ! â ?
Ne sentez-vous pas la honte qui vous dĂ©figure lorsque vous rencontrez le regard dâun homme plein de convoitise ou de mĂ©pris ?
Ne ressentez-vous pas votre misĂšre quand vous avez envie du baiser dâun bĂ©bĂ© et que vous nâosez plus dire : â donne-le-moi â parce que vous avez tuĂ© des vies qui devaient naĂźtre, rejetĂ©es par vous comme un fardeau ennuyeux et une gĂȘne inutile, dĂ©tachĂ©es de lâarbre qui les avait conçues, et jetĂ©es au fumier ? or maintenant ces petites vies vous crient : â assassines ! â
Surtout, ne tremblez-vous pas Ă la pensĂ©e du Juge qui vous a créées et qui vous attend pour vous demander : â Quâas-tu fait de toi-mĂȘme ? Est-ce pour cela que je tâai donnĂ© la vie ? Nid de vermine et de pourriture, comment oses-tu te tenir en ma prĂ©sence ? Tu as eu tout de ce qui Ă©tait pour toi un dieu : le plaisir. Va au lieu de lâĂ©ternelle malĂ©diction. â
123.5 Qui pleure ? Personne ? Vous dites : personne ? Et pourtant mon Ăąme va Ă la rencontre dâune autre Ăąme en pleurs. Pourquoi y va-t-elle ? Pour jeter lâanathĂšme Ă une prostituĂ©e ? Non. Parce que son Ăąme me fait pitiĂ©. Tout en moi est rĂ©pulsion pour son corps souillĂ©, qui transpire une sueur immonde. Mais son Ăąme !
PĂšre ! PĂšre ! Câest pour cette Ăąme aussi que jâai pris chair et que jâai quittĂ© le Ciel pour ĂȘtre son RĂ©dempteur et celui de tant dâĂąmes, ses soeurs ! Pourquoi ne devrais-je pas recueillir cette brebis errante, lâamener au bercail, la purifier, lâunir au troupeau, lui donner des pĂąturages et un amour qui soit parfait comme seul le mien peut lâĂȘtre ? Mon amour est bien diffĂ©rent de ce Ă quoi elle donnait jusquâici le nom dâamour â qui nâĂ©tait, en fait, que haine â, câest un amour trĂšs compatissant, complet, trĂšs doux pour quâelle ne pleure plus le temps passĂ© autrement que pour dire : â Jâai perdu trop de jours loin de toi, Ă©ternelle BeautĂ©. Qui me rendra le temps perdu ? Comment savourer, dans le peu de temps quâil me reste Ă vivre, ce que jâaurais savourĂ© si jâĂ©tais toujours restĂ©e pure ? â
Et pourtant ne pleure pas, Ăąme foulĂ©e aux pieds par toute la luxure du monde. Ecoute : tu es une loque dĂ©goĂ»tante, mais tu peux redevenir une fleur. Tu es un fumier, mais tu peux redevenir un parterre embaumĂ©. Tu es un animal immonde, mais tu peux redevenir un ange. Un jour tu lâas Ă©tĂ©. Tu dansais sur les prĂ©s en fleurs, rose parmi les roses, fraĂźche comme elles, exhalant le parfum de ta virginitĂ©. Sereine, tu chantais des chansons dâenfant, puis tu courais vers ta mĂšre, vers ton pĂšre et tu leur disais : â Vous ĂȘtes mes amours. â Et lâinvisible gardien quâa toute crĂ©ature Ă son cĂŽtĂ© souriait devant la blancheur azurĂ©e de ton Ăąme...
Et puis, pourquoi ? Pourquoi as-tu arrachĂ© tes ailes de petite innocente ? Pourquoi as-tu foulĂ© aux pieds un coeur de pĂšre et de mĂšre pour courir vers dâautres coeurs dont tu nâĂ©tais pas sĂ»re ? Pourquoi as-tu abaissĂ© ta voix pure en lui faisant prononcer des mots mensongers dâun faux amour ? Pourquoi as-tu brisĂ© la tige de la rose, pourquoi tâes-tu violĂ©e toi-mĂȘme ?
Repens-toi, fille de Dieu. Le repentir est renouvellement, purification, Ă©lan vers les hauteurs. Lâhomme ne peut-il pas te pardonner ? Ton pĂšre lui-mĂȘme ne le pourrait-il plus ? Dieu, lui, le peut. Car la bontĂ© de Dieu ne peut se comparer Ă la bontĂ© humaine et sa misĂ©ricorde est infiniment plus grande que la misĂšre de lâhomme. Honore-toi toi-mĂȘme, en rendant, par une vie honnĂȘte, ton Ăąme digne dâhonneur. Justifie-toi auprĂšs de Dieu, en ne pĂ©chant plus contre ton Ăąme. Fais-toi un nom nouveau auprĂšs de Dieu. VoilĂ ce qui a de la valeur. Tu es le vice. Deviens lâhonnĂȘtetĂ©. Deviens le sacrifice. Deviens la martyre de ton repentir. Tu as bien su martyriser ton coeur pour faire jouir la chair. Maintenant, sache martyriser ta chair pour donner une paix Ă©ternelle Ă ton coeur.
Va. Allez tous. Chacun avec son fardeau et ses pensées. Réfléchissez. Dieu vous attend tous et ne rejette aucun de ceux qui se repentent. Que le Seigneur vous donne la lumiÚre pour connaßtre votre ùme. Allez. »