« C’est justement toi [Pierre] qui baptiseras, le premier. Dès demain.
– Non, Seigneur ! Comment ferai-je si je suis plus noir que cette cheminée ? »
Jésus sourit de l’humble sincérité de l’apôtre agenouillé contre ses genoux, sur lesquels il tient jointes ses deux grosses mains de pêcheur. Ensuite, il lui donne un baiser sur le front, à la limite des cheveux grisonnants qui se hérissent plutôt qu’ils ne frisent :
« Voilà : je te baptise d’un baiser. Tu es content ?
– Je ferais tout de suite un autre péché pour avoir un autre baiser !
– Ah non, pas cela ! On ne se moque pas de Dieu en abusant de ses dons.
– Et à moi, tu ne donnes pas un baiser ? J’ai bien encore quelque péché », dit Judas.
Jésus le regarde fixement. Son regard si mobile passe de la lumière joyeuse qui l’éclairait pendant qu’il parlait à Pierre, à une ombre sévère, presque lasse, et il répond :
« Oui... à toi aussi. Viens. Je ne suis injuste envers personne. Sois bon, Judas. Si tu voulais !... Tu es jeune. Tu as toute ta vie devant toi pour t’élever sans cesse, jusqu’à la perfection de la sainteté... »
Et il l’embrasse.
« A ton tour, maintenant, Simon, mon ami. Et toi, Matthieu, ma victoire. Et toi, sage Barthélemy. Et toi, fidèle Philippe. Et toi, Thomas à la joyeuse volonté. Viens, André qui agis dans le silence. Et toi, Jacques de la première rencontre. Et toi maintenant, la joie de ton Maître. Et toi, Jude, mon compagnon d’enfance et de jeunesse. Et toi, Jacques, qui me rappelles le Juste par ton physique et par ton coeur. Voilà, tous, tous... Mais souvenez-vous que si mon amour est multiple, il demande aussi votre bonne volonté. Dès demain, vous allez faire un pas de plus dans votre vie de disciples. Mais ayez bien à l’esprit que chaque pas en avant est un honneur et une obligation. »