Des curieux sâapprochent des deux hommes, qui attirent et frappent par leur allure bien diffĂ©rente.
JĂ©sus baisse les yeux et sourit Ă cette petite foule. Un sourire dont aucun peintre ne pourra jamais rendre la douceur et que nul croyant ne peut imaginer sâil ne lâa pas vu. Puis il dit :
« Venez, si le dĂ©sir dâune parole Ă©ternelle vous y pousse. »
68.4 Il se dirige sous un arc du portique et, adossĂ© Ă une colonne, il commence Ă parler. Il emprunte son sujet Ă lâĂ©vĂ©nement de la matinĂ©e.
« Ce matin, en entrant dans Sion, jâai vu que deux fils dâAÂbraham Ă©taient prĂȘts Ă s'entretuer pour quelques deniers. Au nom de Dieu, jâaurais pu les maudire, car Dieu dit : â Tu ne tueras point â et aussi que celui qui nâobĂ©it pas Ă la Loi sera maudit. Mais jâai eu pitiĂ© de leur ignorance de lâesprit de la Loi et je me suis bornĂ© Ă empĂȘcher lâhomicide pour leur donner la possibilitĂ© de se repentir, de connaĂźtre Dieu, de le servir dans lâobĂ©issance, en aimant non seulement ceux qui les aiment, mais mĂȘme ceux qui sont leurs ennemis.
Oui, IsraĂ«l. Un jour nouveau se lĂšve pour toi et le prĂ©cepte de lâamour devient encore plus lumineux. LâannĂ©e commence-t-elle donc par le pluvieux mois dâEtanim ou bien par le triste mois de Casleu aux journĂ©es plus courtes quâun rĂȘve, aux nuits longues comme un jour sans pain ? Non, elle commence par le mois de Nisan, fleuri, ensoleillĂ©, joyeux, oĂč tout est riant, oĂč le coeur de lâhomme, mĂȘme le plus pauvre et le plus triste, sâouvre Ă lâespĂ©rance parce que vient lâĂ©tĂ©. Câest le temps des moissons, les jours de soleil, les fruits, la douceur mĂȘme du sommeil sur un prĂ© en fleurs sous la clartĂ© des Ă©toiles. Il est facile de se nourrir, car tout lopin de terre porte lĂ©gumes ou fruits pour apaiser la faim de lâhomme.
VoilĂ , IsraĂ«l. Il est terminĂ©, lâhiver, le temps de lâattente. Voici maintenant la joie de la promesse qui sâaccomplit. Le Pain et le Vin sont lĂ , tout prĂȘts Ă calmer la faim. Le Soleil est parmi vous. Tout, sous ce Soleil, rend la respiration plus profonde et plus douce, mĂȘme le premier prĂ©cepte de notre Loi, le plus saint des saints prĂ©ceptes : â Aime ton Dieu et aime ton prochain. â
Dans la lumiĂšre relative qui tâa Ă©tĂ© accordĂ©e jusquâici, il tâa Ă©tĂ© dit : â Aime ceux qui tâaiment et hais ton ennemi. â Tu nâaurais pu faire davantage, parce que la colĂšre de Dieu pesait encore sur toi par la faute du manque dâamour dâAdam. Pour toi, lâennemi Ă©tait non seulement celui qui violait tes frontiĂšres, mais aussi celui qui tâavait causĂ© quelque tort dans la vie privĂ©e, ou du moins qui paraissait lâavoir fait. Il en rĂ©sultait que la haine couvait dans tous les coeurs, car peut-on trouver un homme qui, volontairement ou non, nâoffense pas son frĂšre ? Ou quelquâun qui arrive Ă la vieillesse sans avoir Ă©tĂ© offensĂ© ?
Moi, je vous dis : aimez aussi celui qui vous offense. Faites-le en pensant quâAdam et tout homme aprĂšs lui transgresse la loi divine et que personne ne peut affirmer : â Je nâai pas offensĂ© Dieu. â Pourtant, Dieu pardonne, non pas une fois, mais des dizaines de fois, des milliers de fois. Il pardonne, comme le prouve le fait quâil y a encore des hommes sur terre. Pardonnez donc comme le Seigneur pardonne. Et si vous ne pouvez le faire par amour du prochain qui vous a nui, faites-le pour lâamour de Dieu qui vous donne le pain et la vie, qui vous protĂšge dans les besoins que vous avez sur cette terre et qui a disposĂ© tous les Ă©vĂ©nements pour vous procurer la paix Ă©ternelle sur son sein. Câest la Loi nouvelle, la Loi du printemps de Dieu, de lâĂ©poque fleurie de la grĂące venue parmi les hommes, du temps qui vous donnera le Fruit sans pareil et qui vous ouvrira les portes du Ciel.
68.5 On nâentend plus la voix qui parlait dans le dĂ©sert. Mais elle nâest pas muette. Elle parle encore Ă Dieu pour IsraĂ«l. Elle parle encore au coeur de tout israĂ©lite Ă la conscience droite. AprĂšs vous avoir enseignĂ© Ă faire pĂ©nitence pour prĂ©parer les voies du Seigneur qui vient, Ă faire preuve de charitĂ© en donnant votre superflu Ă ceux qui nâont mĂȘme pas le nĂ©cessaire, et Ă avoir lâhonnĂȘtetĂ© de ne pas extorquer, ni de blesser, elle vous dit : â LâAgneau de Dieu, celui qui enlĂšve les pĂ©chĂ©s du monde, celui qui vous baptisera dans le feu de lâEsprit Saint, est parmi vous. Il nettoiera son aire, amassera son froment. â
Sachez reconnaĂźtre celui que le PrĂ©curseur vous indique. Ses souffrances agissent auprĂšs de Dieu pour vous donner la lumiĂšre. Voyez. Que sâouvrent les yeux de votre Ăąme, et vous connaĂźtrez la LumiĂšre qui vient. Je relaie la voix du prophĂšte qui annonce le Messie et, avec la puissance qui me vient du PĂšre, je lâamplifie et y unis ma propre puissance, et je vous appelle Ă la vĂ©ritĂ© de la Loi. PrĂ©parez vos coeurs Ă la grĂące de la RĂ©demption qui est proche. Le RĂ©dempteur est parmi vous. Bienheureux ceux qui seront dignes dâĂȘtre rachetĂ©s parce quâils auront fait preuve de bonne volontĂ©.
Que la paix soit avec vous ! »