Les larmes et la priÚre de la Corédemptrice
44.7 Jésus dit :
« Voici la quatriÚme douleur de Marie, MÚre de Dieu. La premiÚre fut la présentation au Temple, la seconde la fuite en Egypte, la troisiÚme la mort de Joseph, la quatriÚme notre séparation.
Connaissant le dĂ©sir du PĂšre, je tâai dit hier soir que jâavancerais la date de la description de â nos â souffrances pour quâon les fasse connaĂźtre. Mais, comme tu le vois, certaines douleurs de ma MĂšre avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© mises en lumiĂšre. Jâai expliquĂ© le sĂ©jour en Egypte avant la PrĂ©sentation, parce quâil fallait le faire Ă cette date-lĂ . Jâen sais la raison, tu la comprends et tu lâexpliqueras au PĂšre de vive voix.
44.8 Jâai lâintention dâalterner tes contemplations incluant les explications que je te donne ensuite, et les dictĂ©es proprement dites, pour te soulager et Ă©lever ton Ăąme en te donnant la bĂ©atitude de la vision, et aussi parce que cela met en Ă©vidence la diffĂ©rence de style entre ton texte et le mien.
En outre, devant tant de livres qui parlent de moi et qui, retouche aprĂšs retouche, changement aprĂšs embellissement, sont devenus irrĂ©els, je dĂ©sire donner Ă ceux qui croient en moi une vision ramenĂ©e Ă la vĂ©ritĂ© de mon sĂ©jour sur la terre. Je nâen sors pas diminuĂ©, mais au contraire plus grand dans mon humilitĂ© qui pour vous se fait pain pour vous enseigner Ă ĂȘtre humbles et Ă me ressembler, Ă moi qui fus un homme comme vous et qui ai portĂ© sous mon aspect humain la perfection dâun Dieu. Je devais ĂȘtre votre modĂšle, et les modĂšles doivent toujours ĂȘtre parfaits.
Dans les contemplations, je ne mâen tiendrai pas Ă un ordre chronologique conforme Ă celui des Ă©vangiles. Je prendrai les passages que je trouverai les plus utiles tel ou tel jour pour toi ou pour dâautres, en suivant mon ordre dâenseignement et de bontĂ©.
44.9 Lâenseignement qui ressort de la contemplation de mon dĂ©part sâadresse tout particuliĂšrement aux parents et aux enfants que la volontĂ© de Dieu appelle Ă un renoncement rĂ©ciproque pour un amour plus Ă©levĂ©. En second lieu, il concerne tous ceux qui doivent affronter un renoncement pĂ©nible.
Or vous en trouvez combien dans la vie ! Ce sont des Ă©pines sur la terre qui vous transpercent le coeur, je le sais. Mais elles se changent en roses Ă©ternelles pour ceux qui les accueillent avec rĂ©signation â attention, je ne dis pas : â pour ceux qui les dĂ©Âsirent et les accueillent avec joie â (ce qui est dĂ©jĂ la perfection), je dis bien â avec rĂ©signation â. Mais peu les accueillent de cette maniĂšre. Tels des Ăąnes rĂ©tifs, vous vous rebiffez contre la volontĂ© du PĂšre, quand encore vous ne cherchez pas Ă le blesser par des ruades et des morsures spirituelles, en dâautres termes en vous rĂ©voltant et en blasphĂ©mant contre Dieu.
44.10 Et nâallez pas dire : â Mais je ne possĂ©dais que cela et Dieu me lâa enlevĂ©. Je nâavais que cette affection, et Dieu me lâa arrachĂ©e. â Marie elle-mĂȘme, cette femme aimable dont lâaffection Ă©tait parfaite â chez la Pleine de grĂące, mĂȘme les formes affectives et sensibles Ă©taient parfaites â ne possĂ©dait quâun seul bien, un seul amour sur la terre : son Fils. Il ne lui restait que lui. Ses parents Ă©taient morts depuis longtemps, Joseph depuis quelques annĂ©es. Il nây avait que moi pour lâaimer et lui faire sentir quâelle nâĂ©tait pas seule. Sa parentĂ©, ignorant mon origine divine, lui Ă©tait un peu hostile, voyant en elle une mĂšre qui ne sait pas sâimposer Ă un enfant qui sort de lâordinaire, qui refuse les projets dâun mariage qui aurait pu donner du lustre Ă la famille, ainsi que de lâaide.
Ses parents, se faisant la voix du sens commun, du sens humain â vous lâappelez â bon sens â, mais ce nâest quâun sens humain, autrement dit de lâĂ©goĂŻsme â, auraient souhaitĂ© de tels changements pratiques dans ma vie. Au fond, ils avaient peur dâavoir un jour des ennuis Ă cause de moi, qui osais dĂ©jĂ exprimer des idĂ©es Ă leur avis trop idĂ©alistes qui pouvaient offusquer la Synagogue. Lâhistoire juive Ă©tait remplie de tels enseignements sur le sort des prophĂštes. La mission dâun prophĂšte nâĂ©tait guĂšre facile et entraĂźnait souvent sa mort et des ennuis pour sa parentĂ©. En fin de compte, ils sâinquiĂ©taient toujours de devoir un jour prendre ma MĂšre Ă leur charge.
Câest pourquoi ils sâindignaient de constater que, loin de me contrarier en quoi que ce soit, elle paraissait en continuelle adoration devant son Fils. Leur opposition allait croĂźtre au cours de mes trois annĂ©es de ministĂšre, jusquâĂ en arriver Ă des reproches publics quand ils venaient me trouver au milieu de la foule et rougissaient de ma manie â selon eux â de mâopposer aux castes puissantes. Ces reproches sâadressaient Ă moi, mais aussi Ă elle, ma pauvre Maman !
44.11 Marie connaissait lâĂ©tat dâesprit de sa famille, car tous nâĂ©Âtaient pas comme Jacques, Jude et Simon ni comme leur mĂšre, Marie, femme de ClĂ©ophas, et elle prĂ©voyait ce que ces oppositions allaient devenir. Marie, qui savait quel sort serait le sien durant ces trois annĂ©es, celui qui lâattendait ensuite et mon sort Ă moi, ne sâest pas rebiffĂ©e comme vous le faites. Elle a pleurĂ©. Qui, dâailleurs, nâaurait pas pleurĂ© devant la sĂ©paration dâun fils qui lâaimait comme je lâaimais, devant la perspective de longues journĂ©es oĂč je ne serais plus lĂ , dans une maison vide, devant lâavenir de son Fils destinĂ© Ă se heurter Ă la mĂ©chancetĂ© des coupables, qui se vengent dâĂȘtre coupables en attaquant lâInnocent jusquâĂ le mettre Ă mort ?
Si elle a pleurĂ©, câest parce quâelle Ă©tait la CorĂ©demptrice et la MĂšre du genre humain qui a reçu de Dieu une vie nouvelle ; elle devait aussi pleurer pour toutes les mĂšres qui ne savent pas transformer leur souffrance de mĂšre en une couronne de gloire Ă©ternelle.
De par le monde, Ă combien de mĂšres la mort nâa-t-elle pas arrachĂ© un enfant de leurs bras ! A combien de mĂšres une volontĂ© surnaturelle nâa-t-elle pas enlevĂ© un fils ! En tant que MĂšre des chrĂ©tiens, Marie a pleurĂ© pour toutes ses filles, pour toutes ses soeurs qui souffrent dâĂȘtre des mĂšres dĂ©laissĂ©es. Et aussi pour tous ses enfants qui, nĂ©s dâune femme, sont destinĂ©s Ă devenir apĂŽtres de Dieu ou martyrs par amour de Dieu, par fidĂ©litĂ© au Seigneur ou Ă cause de la cruautĂ© humaine.
44.12 Mon sang et les larmes de ma MĂšre forment le mĂ©lange qui fortifie les personnes appelĂ©es Ă une destinĂ©e hĂ©roĂŻque, qui efface leurs imperfections et mĂȘme les fautes dues Ă leur faiblesse en leur donnant la paix de Dieu et â sâils ont subi le martyre â la gloire du Ciel.
Les missionnaires trouvent dans ce sang et dans ces larmes une flamme qui les rĂ©chauffe dans les rĂ©gions oĂč la neige rĂšgne, et une rosĂ©e lĂ oĂč le soleil est ardent. Les pleurs de Marie naissent de sa charitĂ©, et jaillissent dâun coeur de lys. Elles possĂšdent donc le feu de la charitĂ© virginale unie Ă lâAmour, et la fraĂźcheur parfumĂ©e de la puretĂ© virginale, semblable Ă celle de lâeau recueillie dans le calice dâun lys aprĂšs une nuit baignĂ©e de rosĂ©e.
Les consacrĂ©s trouvent ces larmes dans ce dĂ©sert quâest la vie monastique bien comprise : dĂ©sert parce quâil nây a de vivant que lâunion Ă Dieu, et toute autre affection sâĂ©vanouit en devenant uniquement amitiĂ© surnaturelle, pour sa famille, ses amis, ses supĂ©rieurs, ses infĂ©rieurs.
Les consacrĂ©s Ă Dieu les trouvent au milieu du monde, dans ce monde qui ne les comprend pas et ne les aime pas, tel un dĂ©sert pour eux aussi, dans lequel ils vivent comme sâils y Ă©taient seuls, tant ils sont incompris et tournĂ©s en dĂ©rision Ă cause de lâamour quâils me portent.
Quant Ă mes chĂšres Ăąmes â victimes â, elles les trouvent parce que Marie est la premiĂšre des victimes par amour pour JĂ©sus. De sa main de MĂšre et de MĂ©decin, elle donne Ă ses disciples ses larmes qui les restaurent et les enivrent pour un plus grand sacrifice.
Saintes larmes de ma MĂšre !
44.13 Marie prie. Elle ne se refuse pas à la priÚre sous prétexte que Dieu lui procure une souffrance. Souvenez-vous-en. Elle prie avec Jésus. Elle prie le PÚre, le nÎtre comme le vÎtre.
Le premier â Notre PĂšre â a Ă©tĂ© dit dans le jardin de Nazareth pour consoler Marie de sa peine et offrir â nos â volontĂ©s Ă lâEternel au moment oĂč dĂ©butait pour ces volontĂ©s une pĂ©riode de renoncement toujours croissant qui culminera pour moi dans le renoncement Ă la vie et pour Marie dans la mort de son Fils.
Et bien que nous nâayons rien Ă nous faire pardonner par le PĂšre, nous avons tenu, nous les â Sans Faute â, Ă implorer le pardon du PĂšre pour ĂȘtre pardonnĂ©s, absous, ne serait-ce que dâun soupir Ă lâencontre de la dignitĂ© de notre mission. Cela pour vous enseigner que, plus on est en grĂące, plus notre mission est bĂ©nie et fĂ©conde. Pour vous enseigner le respect de Dieu et lâhumilitĂ©. Devant Dieu le PĂšre, mĂȘme nos deux perfections dâHomme et de Femme se sont senties comme un nĂ©ant et ont implorĂ© pardon comme elles ont demandĂ© le â pain quotidien â.
Or quel Ă©tait notre pain Ă nous ? Oh ! pas celui que pĂ©trissaient les mains pures de Marie et qui cuisait dans le petit four pour lequel jâavais tant de fois liĂ© des fagots et des fascines. Celui-lĂ aussi est nĂ©cessaire tant quâon est sur terre. Mais â notre â pain quotidien, câĂ©tait dâaccomplir jour aprĂšs jour notre tĂąche de mission. Que Dieu nous la donne tous les jours, car accomplir la mission que Dieu nous confie fait la joie de â notre â journĂ©e, nâest-ce pas, petit Jean ? Ne dis-tu pas, toi aussi, que la journĂ©e te paraĂźt vide, inexistante, quand la bontĂ© du Seigneur te prive un seul jour de ta mission de souffrir ?
44.14 Marie prie avec JĂ©sus. Câest JĂ©sus qui vous justifie, mes enfants. Câest moi qui rends vos priĂšres fĂ©condes et dignes dâĂȘtre acceptĂ©es par le PĂšre. Je lâai dit : â Tout ce que vous demanderez au PĂšre en mon nom, il vous lâaccordera â, et lâEglise confirme ses priĂšres en disant : â Par JĂ©sus Christ, notre Seigneur.»
Lorsque vous priez, unissez-vous toujours Ă moi, toujours. Je prierai Ă haute voix pour vous, et couvrirai ainsi votre voix dâhomme par ma voix dâHomme-Dieu. Je mettrai votre priĂšre sur mes mains transpercĂ©es et je lâĂ©lĂšverai vers le PĂšre. Elle deviendra une hostie dâune valeur infinie. Ma voix unie Ă la vĂŽtre montera comme un baiser filial vers le PĂšre, et la pourpre de mes blessures donnera du prix Ă votre priĂšre. Soyez en moi si vous voulez avoir le PĂšre en vous, avec vous, pour vous.
44.15 Tu as terminĂ© le rĂ©cit en Ă©crivant : â Et pour nous... â or tu voulais dire : â Pour nous qui nous montrons tellement ingrats envers JĂ©sus et Marie qui sont montĂ©s au Calvaire pour nous. â Tu as bien fait dâajouter ces quelques mots. Mets-les chaque fois que je te ferai voir lâune de nos souffrances. Quâils soient comme la cloche qui sonne pour appeler Ă la mĂ©ditation et au repentir.
Mais en voilà maintenant assez. Repose-toi. Que la paix soit avec toi ! »