Je suis pauvre, seulement un menuisier pour le monde. Riche uniquement d’amour pour le monde, et de l’amour que les bons me témoignent. Je suis venu pour rester chez vous, rompre avec vous le pain du soir, dormir sur le foin à côté de vous, recevoir votre réconfort...
– Celui qui recherche le salut en faisant preuve de bonne volonté. Je sauve en enseignant à être pur, à vouloir la douleur ainsi que l’honneur, le bien à tout prix. »
– Je ne l’ai jamais entendu. Je suis romaine : mime et ballerine. Je ne suis experte qu’en lascivité. Que signifie ce nom ? Le mien, c’est Aglaé et... et il veut dire : vice.
– Le mien veut dire : Sauveur.
– Comment sauves-tu ? Qui ?
– Celui qui recherche le salut en faisant preuve de bonne volonté. Je sauve en enseignant à être pur, à vouloir la douleur ainsi que l’honneur, le bien à tout prix. »
Jésus parle sans aigreur, mais aussi sans se tourner vers la femme.
« Je suis perdue...
– Je suis celui qui va à la recherche de ceux qui sont perdus.
– Je suis morte.
– Je suis celui qui donne la vie.
– Je suis saleté et mensonge.
– Je suis pureté et vérité.
– Tu es aussi bonté, toi qui ne me regarde pas, ne me touche pas, et ne me méprise pas. Pitié pour moi...
– C’est à toi d’abord d’avoir pitié de toi. De ton âme.
– Qu’est-ce que c’est, l’âme ?
– C’est ce qui fait de l’homme un dieu et non un animal. Le vice, le péché la tue et, une fois morte, l’homme devient un animal repoussant.
– Je pourrai te voir encore ?
– Celui qui me cherche me trouve.
– Où habites-tu ?
– Là où les coeurs ont besoin du médecin et des remèdes pour devenir honnêtes.
– Alors... je ne te verrai plus... Là où je suis, on ne veut ni médecin, ni remède, ni honnêteté.
– Rien ne t’empêche de venir là où je suis. Mon nom, on le criera dans les rues et il arrivera jusqu’à toi. Adieu.
– Adieu, Seigneur. Laisse-moi t’appeler “ Jésus ”. Ah, pas par familiarité !... Pour que rentre un peu de salut en moi. Je suis Aglaé. Souviens-toi de moi.