Jeanne baisse la tête et réfléchit. Elle paraît hésiter et soupeser deux volontés opposées. Jésus l’observe. Finalement, elle relève la tête et dit :
« Seigneur, dédaignerais-tu de rencontrer mes amies païennes ? Tu sais… Kouza appartient à la cour. Or le Tétrarque – et plus encore la véritable maîtresse de la cour, Hérodiade, à la volonté de laquelle se soumet tout désir d’Hérode, par… mode, pour se montrer plus fins que les autres Palestiniens, pour être protégés par Rome en adorant Rome et tout ce qui est romain – bref le Tétrarque flatte les romains de la maison proconsulaire… et nous les impose pour ainsi dire. En vérité, je dois reconnaître que les femmes ne sont pas pires que nous. Même parmi nous, sur ces rives, il y en a qui sont tombées bien bas. Et de quoi pouvons-nous parler, si nous ne parlons pas d’Hérodiade ?… Quand j’ai perdu mon enfant et que j’ai été malade, elles se sont montrées très bonnes pour moi qui ne les avais pas recherchées. Et, depuis, cette amitié est restée. Mais si tu me dis que c’est mal, j’y renoncerai. Non ? Merci, Seigneur. Avant-hier, j’étais chez une de ces amies ; c’était pour moi une visite d’amitié, mais un devoir pour Kouza. C’était un ordre du Tétrarque qui… voudrait bien revenir ici, mais ne s’y sent pas très en sécurité… par conséquent, il noue les relations les plus intéressées avec Rome pour obtenir sa protection. Par ailleurs… je te prie… Tu es parent de Jean-Baptiste, n’est-ce pas ? Dis-lui donc de se méfier. Qu’il ne sorte jamais des frontières de la Samarie. Et même, s’il ne le dédaigne pas, qu’il se cache quelque temps. Le serpent s’approche de l’agneau et l’agneau a beaucoup à redouter. De tout. Qu’il se tienne sur ses gardes, Maître. Et qu’on ne sache pas que c’est moi qui l’ai dit. Ce serait la ruine de Kouza.
– Sois tranquille, Jeanne. J’avertirai Jean-Baptiste de façon à lui rendre service sans qu’il en résulte de dommage.
– Merci, Seigneur. Je veux te servir, mais je ne voudrais pas, ce faisant, nuire à mon mari. D’autre part… moi… je ne pourrai pas venir toujours avec toi. Parfois, je devrai rester, parce que lui le veut, et c’est juste …
– Tu resteras, Jeanne. Je comprends tout. Ne dis rien de plus que ce qui est nécessaire.
– Pourtant, aux heures les plus dangereuses pour toi, tu me voudras près de toi ?
– Oui, Jeanne, certainement.
– Ah ! Qu’il m’était difficile de devoir dire cela ! Mais maintenant, me voilà soulagée …
– Si tu as foi en moi, tu seras toujours soulagée…