Notes du thème

Personnages dans L'Evangile tel qu'il m'a été révélé

Page 108 sur 223

Confort de lecture

EMV 109.13-14 · Tome 2, p. 224-226

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

109.13 Jésus ne s’occupe que de Jonas. Il cherche les sentiers les moins mauvais, ceux qui sont en meilleur état, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un carrefour près des champs de Yokhanan. Les quatre paysans accourent pour saluer leur ami qui s’en va et Jésus qui les bénit.

Mais le chemin est long d’Esdrelon à Nazareth, et ils ne peuvent aller bien vite avec leur charge pitoyable. Le long de la grande route, pas un char, pas un charreton. Rien. Ils marchent en silence. Jonas semble dormir. Mais sa main ne quitte pas la main de Jésus.

Vers le soir, un char militaire romain les rejoint.

« Au nom de Dieu, arrêtez-vous » dit Jésus en levant la main.

Les deux soldats s’arrêtent. De sous la capote du char qui est tirée parce qu’il commence à pleuvoir, un gradé à l’air bien solennel sort la tête.

« Que veux-tu ? demande-t-il à Jésus.

– J’ai un ami qui se meurt. Je te demande une place pour lui sur le char.

– On ne devrait pas... mais... monte. Nous ne sommes pas des chiens, non plus, nous autres. »

On hisse le brancard.

« C’est ton ami ? Qui es-tu ?

– Le rabbin Jésus de Nazareth.

– Toi ? Oh !... »

Le gradé le regarde curieusement.

« Si c’est toi, alors... montez aussi nombreux que vous le pouvez. Il suffit qu’on ne vous voie pas.... C’est la consigne... mais, au-dessus de la consigne, il y a l’humanité, pas vrai ? Or toi, tu es bon. Je le sais. Eh ! Nous autres, soldats, nous savons tout... Comment je le sais ? Même les pierres parlent en bien ou en mal, et nous avons des oreilles pour les entendre pour servir César. Tu n’es pas un faux Christ comme les autres d’auparavant, qui étaient séditieux et rebelles. Tu es bon. Rome le sait. Cet homme... est très malade.

– C’est pour cela que je le conduis chez ma mère.

– Hum ! Elle n’aura pas longtemps à le soigner ! Donne-lui un peu de vin. Il y en a dans cette gourde. Quant à toi, Aquila, fouette les chevaux, et toi, Quintus, donne-moi la ration de miel et de beurre. Elle est à moi, mais elle lui fera du bien. Il tousse beaucoup, et le miel est bon pour la toux.

– Tu es bon.

– Non, je suis moins mauvais que beaucoup. Et je suis heureux de t’avoir auprès de moi. 109.14 Souviens-toi de Publius Quintilianus de la légion italique. Je suis à Césarée, mais maintenant, je vais à Ptolémaïs. Ordre d’inspection.

– Tu ne t’opposes pas à moi.

– Moi ? Je suis l’ennemi des méchants, jamais des bons. Et je voudrais être bon, moi aussi. Dis-moi : pour nous, hommes d’armes, quelle doctrine prêches-tu ?

– Il n’y a qu’une doctrine, la même pour tous. Justice, honnêteté, continence, pitié. Exercer son métier sans abuser. Même dans la dure nécessité du métier des armes, respecter l’humanité. Et chercher à connaître la Vérité, c’est-à-dire Dieu, unique et éternel car, sans cette connaissance, tout acte est privé de grâce et donc de récompense éternelle.

– Mais, à ma mort, qu’en sera-t-il du bien que j’ai fait ?

– Celui qui vient au Dieu vrai retrouve ce bien dans l’autre vie.

– Je nais une seconde fois ? Je deviens tribun, ou même empereur ?

– Non, tu deviens semblable à Dieu en t’unissant à son éternelle béatitude dans le Ciel.

– Comment ? Moi, dans l’Olympe, parmi les dieux ?

– Il n’y a pas plusieurs dieux. Il n’y a que le Dieu vrai, celui que je prêche, celui qui t’entend et remarque ta bonté et ton désir de connaître le bien.

– Cela me plaît ! Je ne savais pas que Dieu pouvait s’occuper d’un pauvre soldat païen.

– C’est lui qui t’a créé, Publius, c’est pourquoi il t’aime et te voudrait avec lui.

– Eh... pourquoi pas ? Mais... personne ne nous parle de Dieu... jamais...

– Je viendrai à Césarée et tu m’entendras.

– Oh oui ! Je viendrai t’écouter. Nous voici à Nazareth. Je voudrais te rendre encore service. Mais si on me voit...

– Je descends et te bénis pour ta bonté.

– Salut, Maître.

– Que le Seigneur se manifeste à vous, soldats. Adieu. »

Détail

Jésus est parti chercher Jonas. Celui-ci est trop faible pour marcher et est porté sur un lit de fortune. Ils vont à Nazareth et le Christ ne s'occupe que de son ami.

Mots-clés

EMV 109.14 · Tome 2, p. 225-226

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

– Mais à ma mort, qu'en sera-t-il du bien que j'ai fait ?

– Celui qui vient au Dieu vrai retrouve ce bien dans l’autre vie.

– Je nais une seconde fois ? Je deviens tribun, ou même empereur ?

– Non, tu deviens semblable à Dieu en t’unissant à son éternelle béatitude dans le Ciel.

– Comment ? Moi, dans l’Olympe, parmi les dieux ?

– Il n’y a pas plusieurs dieux. Il n’y a que le Dieu vrai, celui que je prêche, celui qui t’entend et remarque ta bonté et ton désir de connaître le bien.

– Cela me plaît ! Je ne savais pas que Dieu pouvait s’occuper d’un pauvre soldat païen.

– C’est lui qui t’a créé, Publius, c’est pourquoi il t’aime et te voudrait avec lui.

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EMV 109.15 · Tome 2, p. 226-227

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

« D’ici peu, tu pourras te reposer, Jonas » dit Jésus pour le réconforter.

Jonas sourit. Il est de plus en plus calme à mesure que la soirée avance et qu’il est sûr d’être loin de Doras.

Jean et son frère courent en avant prévenir Marie. Quand le petit cortège arrive à Nazareth, presque déserte à la nuit tombante, Marie est déjà sur le seuil, en train d’attendre son Fils.

« Mère, voici Jonas. Il va se réfugier dans ta douceur pour commencer à goûter son paradis. Tu es heureux, Jonas ?

– Heureux ! Heureux ! » murmure comme en une extase l’homme épuisé.

On le porte dans la petite pièce où est mort Joseph.

« Tu es sur le lit de mon père. Ma Mère est ici, et là, c’est moi. Tu vois ? Nazareth devient Bethléem. A ton tour d’être le petit Jésus entre deux personnes qui t’aiment et vénèrent en toi le serviteur fidèle. Les anges, tu ne les vois pas, mais ils volent au-dessus de toi avec leurs ailes de lumière et ils chantent les paroles du psaume de la Nativité... »

Jésus fait couler sa douceur sur le pauvre Jonas qui s’affaiblit d’instant en instant. Il semble avoir résisté jusqu’à ce moment pour mourir ici... mais il est heureux. Il sourit, cherche à baiser la main de Jésus, celle de Marie, à parler, à parler... mais il est si épuisé que ses mots se brisent. Marie le réconforte comme une mère. Et il répète : « Oui... oui », un sourire bienheureux sur son visage décharné.

A la porte du jardin, les disciples observent en silence, profondément émus.

« Dieu a exaucé ton long désir. L’étoile de ta longue nuit est devenue l’étoile de ton matin éternel. Tu connais son nom, dit Jésus.

– C’est le tien, Jésus ! Oh, Jésus ! Les anges... Qui est-ce qui me chante l’hymne angélique ? Mon âme l’entend... mais mon oreille aussi voudrait l’écouter... Qui, pour me faire m’endormir dans la joie... J’ai tellement sommeil ! J’ai supporté tant de choses ! J'ai tant pleuré ! J'ai reçu tant d’insultes... Doras... Je lui pardonne... mais je ne veux pas entendre sa voix et je l’entends... C’est comme la voix de Satan près de moi qui vais mourir. Qui me couvrira cette voix par les paroles venues du Paradis ? »

Marie, sur le même air que sa berceuse, chante doucement :

« Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux et paix aux hommes ici-bas. »

Elle le répète deux ou trois fois parce qu’elle voit que Jonas se calme en l’entendant.

« Doras ne parle plus, dit-il après quelque temps. Les anges seulement... Il y avait un bébé... dans une mangeoire... entre un boeuf et un âne... et c’était le Messie... Je l’ai adoré... et avec lui il y avait Joseph et Marie... »

La voix s’éteint en un bref gargouillis et le silence lui succède.

« Paix au Ciel à l’homme de bonne volonté ! Il est mort. Nous le mettrons dans notre pauvre tombeau. Il mérite d’attendre la résurrection des morts auprès de ce juste qu’était mon père » dit Jésus.

Prévenue par je ne sais qui, Marie, femme d’Alphée, arrive. Sur ce, la vision s’arrête.

Détail

Jésus est parti chercher Jonas. Celui-ci est trop faible pour marcher et est porté sur un lit de fortune. Ils vont à Nazareth et le Christ ne s'occupe que de son ami.

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EMV 109.15 · Tome 2, p. 227

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Marie d'Alphée arrive à la fin de la vision sur la mort de Jonas, mais il n'y a rien de particulier à son encontre.

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EMV 110 · Tome 2, p. 227-233

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Jésus est près du lac de Méron. Pierre se dit qu'ils n'arriveront jamais à Jérusalem à temps, car ils ont guéri un homme blessé et créé la joie dans une famille, mais Jésus le rassure et lui dit de ne jamais faire passer l'amour avant les actes de piété. Pierre a été touché par l'acte de Publius Quintilianus et Jésus lui demande s'il serait intéressé par les Romains. Juste après, la pluie tombe et ils se réfugient chez Jacob de Méron, qui est très pauvre et qui a plein de souci. Mais il accueille le groupe apostolique et Jésus le bénit pour sa miséricorde. Il parle ensuite de la volonté divine qui est sa nourriture.

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EMV 110.2 · Tome 2, p. 228

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

110.2 A la pointe sud du lac (dont la forme est ovale), passe une grande route qui s’allonge d’est en ouest, ou plutôt du nord-est au sud-ouest. Elle est assez bien entretenue et très fréquentée par des voyageurs qui se rendent dans les villages disséminés dans la région. C’est sur cette route que Jésus s’avance avec les siens.

La journée est plutôt grise et Pierre déclare :

« Il aurait mieux valu ne pas aller chez cette femme. Les jours deviennent de plus en plus courts et sombres... et Jérusalem est encore loin.

– Nous arriverons à temps. Crois-moi, Pierre, il vaut mieux obéir à Dieu en faisant le bien que d’assister à une cérémonie extérieure. Maintenant, cette femme bénit Dieu avec tous ses enfants, autour du chef de famille qui est si bien guéri qu’il pourra se trouver à Jérusalem pour la fête des Tentes, alors qu’il aurait dû, à ce moment-là, reposer dans un tombeau sous les bandelettes et au milieu des aromates. Ne confondez jamais la foi avec les actes extérieurs. Il ne faut jamais critiquer. Mais comment les pharisiens peuvent-ils t’étonner si, toi-même, tu t’illusionnes avec une piété mal comprise, et si tu fermes ton coeur au prochain en disant : “ Je sers Dieu. Cela suffit ” ?

– Tu as raison, Maître. Je suis plus ignorant qu’un ânon.

– Et je te garde avec moi pour te rendre sage.

Détail

Jésus est près du lac de Méron.

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EMV 110.2 · Tome 2, p. 228-229

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

La journée est plutôt grise et Pierre déclare :

« Il aurait mieux valu ne pas aller chez cette femme. Les jours deviennent de plus en plus courts et sombres... et Jérusalem est encore loin.

– Nous arriverons à temps. Crois-moi, Pierre, il vaut mieux obéir à Dieu en faisant le bien que d’assister à une cérémonie extérieure. Maintenant, cette femme bénit Dieu avec tous ses enfants, autour du chef de famille qui est si bien guéri qu’il pourra se trouver à Jérusalem pour la fête des Tentes, alors qu’il aurait dû, à ce moment-là, reposer dans un tombeau sous les bandelettes et au milieu des aromates. Ne confondez jamais la foi avec les actes extérieurs. Il ne faut jamais critiquer. Mais comment les pharisiens peuvent-ils t’étonner si, toi-même, tu t’illusionnes avec une piété mal comprise, et si tu fermes ton coeur au prochain en disant : “ Je sers Dieu. Cela suffit ” ?

– Tu as raison, Maître. Je suis plus ignorant qu’un ânon.

– Et je te garde avec moi pour te rendre sage. N’aie pas peur. Kouza m’a offert un char presque jusqu’à Jaboc. De là au gué, le chemin est court. Il a tant insisté, et avec des raisons si justes, que j’ai cédé, bien que je juge que le Roi des pauvres doive se servir des moyens des pauvres. Mais la mort de Jonas nous a retardés et je dois adapter mes plans à l’imprévu.

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EMV 110.3 · Tome 2, p. 229-230

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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110.3 Les disciples parlent de Jonas en plaignant sa misérable existence et en enviant son heureuse mort. Simon le Zélote murmure :

« Je n’ai pas pu le rendre heureux et donner au Maître un vrai disciple mûri par un long martyre et une foi inébranlable... et j’en suis peiné. Le monde a tant besoin de personnes fidèles, pleines de foi en Jésus, pour compenser ceux, si nombreux, qui nient et nieront !

– Peu importe, Simon, répond Jésus. Il est plus heureux aujourd’hui, et plus actif. Et toi, tu as fait davantage pour lui et pour moi que nul autre à ta place. Pour lui aussi, je te remercie. Maintenant, il sait qui a été son libérateur et il te bénit.

– Alors, il maudit Doras, aussi » s’exclame Pierre.

Jésus le regarde et lui demande :

« Tu crois cela ? Tu es dans l’erreur. Jonas était un juste. Maintenant, c’est un saint. Il n’a haï et maudit personne de son vivant. Il ne hait et ne maudit pas maintenant. Dans le lieu où il séjourne, il regarde vers le Paradis et jubile, car il sait déjà que bientôt les limbes laisseront sortir ceux qui s’y trouvent. Il ne fait rien d’autre.

– Et pour ce qui est de Doras... ton anathème agira ?

– Dans quel sens, Pierre ?

– En l’amenant à réfléchir et à changer... ou bien... en le frappant de quelque châtiment.

– Je l’ai livré à la Justice de Dieu. Moi, l’Amour, je l’ai abandonné.

– Miséricorde ! Je ne voudrais pas être à sa place !

– Moi, non plus !

– Ni moi !

– Personne ne le voudrait, car que sera donc la justice du Parfait ? disent les disciples.

– Pour les bons, ce sera l’extase, pour les satans, ce sera la foudre, mes amis. En vérité je vous le dis : être toute la vie esclave, lépreux, mendiant, est un bonheur royal en comparaison d’une heure, d’une seule heure de punition divine.

Détail

Je l'ai livré à la Justice de Dieu : le sens de cette affirmation semblable à celle de 109.12 ("Je te livre au Dieu du Sinaï") et à une autre que nous rencontrerons en 476.6 ("Je suis l'Amour, c'est vrai. Mais le Père est au-dessus de moi, et il est la Justice") sera éclairci en 191.8 et 261.2. (note de l'éditeur présente dans la deuxième édition).

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EMV 110.4 · Tome 2, p. 230

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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110.4 – Il pleut, Maître. Qu’allons-nous faire ? Où aller ? »

En effet, sur le lac assombri sous un ciel maintenant tout couvert de nuages couleur de plomb, tombent et rebondissent les premières gouttes d’une pluie qui menace de devenir plus violente.

« Dans quelque maison, nous demanderons abri au nom de Dieu.

– Espérons que nous trouverons des gens aussi bons que ce Romain. Je ne les croyais pas comme ça... Je les avais toujours évités comme impurs, et je vois que... oui, tout compte fait, ils valent mieux que beaucoup d’entre nous, dit Pierre.

– Les Romains te plaisent ? demande Jésus.

– Eh bien... je ne les trouve pas pires que nous. Seulement, ce sont des samaritains... »

Jésus sourit sans rien dire.

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EMV 110.4-7 · Tome 2, p. 230-233

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

110.4 – Il pleut, Maître. Qu’allons-nous faire ? Où aller ? »

En effet, sur le lac assombri sous un ciel maintenant tout couvert de nuages couleur de plomb, tombent et rebondissent les premières gouttes d’une pluie qui menace de devenir plus violente.

« Dans quelque maison, nous demanderons abri au nom de Dieu.

– Espérons que nous trouverons des gens aussi bons que ce Romain. Je ne les croyais pas comme ça... Je les avais toujours évités comme impurs, et je vois que... oui, tout compte fait, ils valent mieux que beaucoup d’entre nous, dit Pierre.

– Les Romains te plaisent ? demande Jésus.

– Eh bien... je ne les trouve pas pires que nous. Seulement, ce sont des samaritains... »

Jésus sourit sans rien dire.

Ils sont rejoints par une petite femme qui pousse devant elle huit brebis.

« Femme, sais-tu où nous pourrons trouver un toit ?... demande Pierre.

– Je suis la servante d’un homme pauvre et seul. Mais si vous voulez venir... je crois que mon maître vous recevra avec bonté.

– Allons-y. »

Ils se hâtent sous l’averse au milieu des brebis au corps obèse qui trottent pour fuir la pluie. Ils quittent la grand-route pour prendre un chemin qui mène à une maisonnette basse. Je reconnais la maison du paysan Jacob, ce Jacob de l’épisode de Matthias et Marie, les deux orphelins de la vision du mois d’août, me semble-t-il.

« Voilà : c’est ici ! Courez devant, pendant que je mène les brebis au bercail. Au-delà du muret il y a une cour à passer pour arriver à la maison. Il doit être dans la cuisine. Ne faites pas attention s’il parle peu... Il a beaucoup d’ennuis. »

La femme se dirige vers un cagibi à droite.

110.5 Jésus et ses disciples tournent à gauche.

Voilà l’aire avec le puits et le four au fond, le pommier de côté, et voici la porte grande ouverte de la cuisine où brûle un feu de branches, et où un homme est en train de réparer un outil de culture endommagé.

« Paix à cette maison. Je te demande un abri pour la nuit pour mes compagnons et moi » dit Jésus sur le seuil de la porte.

L’homme lève la tête.

« Entre » dit-il « et que Dieu te rende la paix que tu donnes. Mais... parler de paix ici ! Elle est l’ennemie de Jacob, depuis quelque temps. Entre, entre !... Entrez tous. Le feu est l’unique chose que je puisse vous offrir en abondance... parce que... Oh ! Mais... Mais toi, maintenant que tu as enlevé le capuchon (Jésus s’était couvert la tête avec un pan de son manteau, en le tenant serré sous la gorge avec la main) et que je te vois bien... Tu es, oui, tu es le Rabbi galiléen, celui qu’on nomme Messie et qui fait des miracles... Est-ce toi ? Dis-le, au nom de Dieu.

– Je suis Jésus de Nazareth, le Messie. Tu me connais ?

– A la dernière lune, je t’ai entendu parler chez Jude et Anne... j’étais au nombre des vendangeurs car... je suis pauvre... Une série de malheurs : la grêle, les chenilles, des arbres et des brebis malades... Pour moi, qui suis seul avec une servante, mes biens me suffisaient. Mais maintenant j’ai accumulé des dettes parce que le malheur s’acharne sur moi... Pour ne pas vendre toutes mes brebis, j’ai travaillé dans la maison des autres... Et puis, mes champs !... On aurait dit que la guerre y était passée tant ils étaient brûlés, et tant les vignes et les oliviers étaient stériles. Depuis la mort de ma femme, cela fait six ans, on dirait que Mammon s’amuse à mes dépens. Tu vois ? Je suis en train de travailler sur cette charrue. Mais le bois en est tout abîmé. Comment faire ? Je ne suis pas du métier, et j’attache, j’attache. Mais cela ne sert à rien. Il me faut aussi veiller à ma bourse, désormais... Je vais vendre une autre brebis pour réparer les outils. Le toit fait eau... mais les champs m’inquiètent plus que la maison. Quel dommage ! Les brebis sont toutes pleines... j’espérais reconstituer le troupeau... Mais voilà...

– Je vois que je viens apporter des ennuis, là où il y en a déjà tant.

– Des ennuis, toi ? Non. Je t’ai entendu parler et... tes paroles me sont restées au fond du coeur. C’est vrai que j’ai travaillé honnêtement, et pourtant... Mais je pense que je ne devais pas encore être assez bon. Je pense que celle qui était bonne, c’était peut-être ma femme qui avait pitié de tout le monde. Pauvre Lia, morte trop tôt, trop tôt pour son mari... Je pense que la prospérité de ces temps-là venait du Ciel grâce à elle. Et je veux devenir meilleur pour pratiquer ce que tu dis et imiter mon épouse. Je ne demande pas grand-chose : seulement de rester dans cette maison où elle est morte et où, moi, je suis né... et d’avoir du pain pour moi et pour la servante qui remplace ma femme, sert de bergère et m’aide comme elle le peut. Je n’ai plus de serviteur. J’en avais deux et ils me suffisaient, car je travaillais moi aussi aux champs et à l’oliveraie... Mais je n’ai plus de pain que pour moi, et encore bien peu...

– Ne te prive pas de pain pour nous...

– Non, Maître, même si je n’en avais qu’une bouchée, je te la donnerais. C’est un honneur pour moi de t’avoir... Je ne l’aurais jamais espéré. Mais je te parle de mes misères parce que tu es bon et que tu comprends.

– Oui, je comprends. 110.6 Donne-moi ce marteau. Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Tu abîmes le bois. Donne-moi aussi ce poinçon, mais après l’avoir rougi au feu. Il percera mieux le bois et nous y passerons sans difficulté une cheville de fer. Laisse-moi faire. J’étais menuisier...

– Toi, travailler pour moi ? Non !

– Laisse-moi faire. Tu me donnes l’hospitalité. Moi, je t’aide. Il faut s’aimer entre hommes, en donnant chacun ce qu’il peut.

– Tu donnes la paix. Tu donnes la sagesse. Tu donnes des miracles. Tu donnes déjà beaucoup, beaucoup !

– Je donne aussi le travail. Allez, obéis... »

Jésus, qui n’a gardé que son habit, travaille rapidement et avec dextérité au timon abîmé. Il perce, attache, cheville, l’essaie jusqu’à ce qu’il le voie solide.

« Il pourra encore servir longtemps, jusqu’à l’année prochaine. Tu pourras le changer à ce moment-là.

– Je le crois bien. Cette charrue est passée par tes mains et me bénira la terre.

– Ce n’est pas la raison pour laquelle elle sera bénie, Jacob.

– Pourquoi, alors, mon Seigneur ?

– Parce que tu fais preuve de miséricorde. Tu ne te renfermes pas dans la rancoeur de l’égoïsme et de l’envie, mais tu reçois mon enseignement et le mets en pratique. Bienheureux les miséricordieux. Ils obtiendront miséricorde.

– En quoi est-ce que j’en fais preuve pour toi, mon Seigneur ? C’est à peine si j’ai une place et la nourriture dont tu as besoin. Je n’ai que de la bonne volonté, et jamais je n’ai tant souffert d’être pauvre pour n’avoir pas de quoi vous faire honneur, à toi et à tes amis.

– Ton désir suffit. En vérité, je te dis que même un seul verre d’eau donné en mon nom est une grande chose aux yeux de Dieu. J’étais un voyageur fatigué sous la bourrasque : tu m’as abrité. L’heure du repas arrive et tu me dis : “ Je t’offre ce que j’ai. ” La nuit tombe, et tu m’offres un toit ami. Que veux-tu faire de plus ? Fais confiance, Jacob. Le Fils de l’homme ne fait pas attention au luxe de la réception et de la nourriture. Il regarde les sentiments du coeur. Le Fils de Dieu dit au Père : “ Père, bénis mes bienfaiteurs et tous ceux qui, en mon nom, sont miséricordieux pour leurs frères. ” Cela, je le dis pour toi. »

110.7 Pendant que Jésus travaillait à la herse, la servante a parlé avec le maître, et elle revient avec du pain, du lait qu’elle vient de traire, quelques pommes ratatinées et un plateau d’olives.

« Je n’ai rien d’autre, dit l’homme en s’excusant.

– Moi, je vois parmi ta nourriture une nourriture que tu ne vois pas ! Et je m’en nourris, car elle a une saveur céleste.

– Tu te nourris, peut-être, toi, Fils de Dieu, d’une nourriture que t’apportent les anges ? Peut-être vis-tu d’un pain spirituel.

– Oui, l’âme a plus de valeur que le corps, et pas seulement en moi. Mais je ne me nourris pas de pain angélique, bien plutôt de l’amour du Père et des hommes. Je le trouve aussi sur ta table, et j’en bénis le Père qui par amour m’a conduit à toi, et je te bénis de m’accueillir avec amour et de me donner l’amour. Voilà ma nourriture : que la volonté de mon Père soit faite.

– Alors bénis cette nourriture et fais-en l’offrande à Dieu à ma place. Aujourd’hui, tu es pour moi le chef de famille et toujours tu seras mon Maître et mon Ami. »

Jésus prend le pain et l’offre en le tenant haut levé entre ses mains. Il prie, avec un psaume, je crois. Puis il s’assied, rompt le pain et le distribue...

Tout se termine ainsi.

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