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Nubi

Confort de lecture

EMV 218.2-5 · Tome 3, p. 461-466

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

218.2 Sûr de lui, il avance jusqu’à un petit faubourg rural où les maraîchers cultivent des légumes pour la ville. Les petits champs et les jardins sont réguliers et bien entretenus. Femmes et hommes les cultivent et sont en train d’arroser les sillons en tirant l’eau des puits à la force des bras, ou bien à l’aide du vieux et grinçant système des seaux soulevés par un pauvre ânon qui, les yeux bandés, tourne autour du puits. Mais ils ne disent mot. Jésus salue :

« Paix à vous. »

Mais les gens restent, sinon hostiles, du moins indifférents.

« Seigneur, on court ici le risque de mourir de faim. Ils ne comprennent pas ta salutation. A mon tour d’essayer », dit Thomas.

Il aborde le premier maraîcher qu’il voit et lui demande :

« Ils coûtent chers, tes légumes ?

– Pas plus que ceux d’autres maraîchers. Chers ou bon marché, cela dépend comment la bourse est garnie.

– C’est bien dit. Mais comme tu le vois, je ne meurs pas de faim. Je suis gras et j’ai de belles couleurs, même sans tes légumes. C’est signe que ma bourse est bien garnie. Bref : nous sommes treize et nous pouvons acheter. Qu’est-ce que tu nous vends ?

– Des œufs, des légumes, des amandes nouvelles et des pommes qui sont ratatinées car ce n’est pas la saison, des olives… Tout ce que tu veux.

– Donne-moi des œufs, des pommes et du pain pour tout le monde.

– Je n’ai pas de pain. Tu en trouveras en ville.

– C’est maintenant que j’ai faim, pas dans une heure ! Je ne crois pas que tu n’aies pas de pain.

– Je n’en ai pas. Ma femme est en train d’en faire. Mais tu vois ce vieillard, là-bas ? Lui, il en a toujours une grande quantité. Comme il est sur la route, les pèlerins lui en demandent souvent. Va trouver Ananias et demande-lui du pain. Je t’apporte les œufs tout de suite, mais remarque qu’ils valent un denier les deux.

– Voleur ! Ce sont des œufs en or que pondent tes poules ?

– Non. Mais ce n’est pas agréable d’être au milieu de la puanteur des poulets et cela se paie. Et puis, est-ce que vous n’êtes pas juifs ? Payez !

– Garde-les. Comme cela, tu es bien payé. »

Et Thomas lui tourne le dos.

« Hé, l’homme, reviens ! Je te les fais meilleur marché : trois pour un denier.

– Pas même quatre. Bois-les et qu’ils te restent dans la gorge.

– Viens, écoute. Combien veux-tu m’en donner ? »

Le maraîcher suit Thomas.

« Rien. Je n’en veux plus. Je voulais casser la croûte avant d’aller en ville. Mais c’est mieux comme ça. Je ne perdrai pas ma voix et mon appétit pour chanter les histoires du roi et faire un bon repas à l’hôtellerie.

– Je te les laisse pour un didrachme les deux.

– Ouf ! Tu es pire qu’un taon ! Donne-les-moi, tes œufs. Et qu’ils soient frais, sinon je reviens et je te fais le museau plus jaune qu’il ne l’est. »

Thomas y va et revient avec au moins deux douzaines d’œufs dans le pli de son manteau.

« Tu as vu ? A partir de maintenant, c’est moi qui fais les achats dans ce pays de voleurs. Je sais comment les prendre. Ils viennent avec de l’argent plein les poches faire des achats chez nous pour leurs femmes, et les bracelets ne sont jamais assez gros, et ils marchandent à n’en plus finir. Je me venge. 218.3 Maintenant, allons voir cette autre crapule. Viens, Pierre, et toi, Jean, prends les œufs. »

Ils vont trouver le vieillard, dont le terrain borde la grand-route qui, du côté nord, conduit à la ville en longeant les maisons du faubourg. C’est une belle route, bien pavée, certainement faite par les Romains. La porte de la ville, à l’est, est maintenant proche et on aperçoit, au-delà, la route qui continue tout droit, avec un certain cachet artistique : elle se transforme en effet en un double portique ombragé soutenu par des colonnes de marbre. Les gens cheminent sous une fraîche verdure, laissant le milieu de la voie aux ânes, chameaux, chiens et chevaux.

« Salut ! Tu nous vends du pain ? » demande Thomas.

Le vieillard n’entend pas, ou ne veut pas entendre. Vraiment, le grincement de la noria est tel qu’on ne peut se comprendre.

Pierre perd patience et crie :

« Arrête ton Samson ! Laisse-le au moins souffler pour qu’il ne meure pas sous mes yeux, et écoute-nous ! »

L’homme arrête sa bourrique et regarde de travers son interlocuteur, mais Pierre le désarme en disant :

« Eh ! Est-ce que Samson n’est pas un nom approprié pour une bourrique ? Si tu es philistin, cela doit te plaire, car c’est une insulte pour Samson. Si tu es d’Israël, cela doit te plaire, car cela rappelle une défaite des philistins. Tu vois donc…

– Je suis philistin et je m’en vante.

– Tu fais bien. Je te vanterai moi aussi si tu nous donnes du pain.

– Mais n’es-tu pas juif ?

– Je suis chrétien.

– Où cela se trouve-t-il ?

– Ce n’est pas un endroit. C’est une personne. J’appartiens à cette personne.

– Tu es son esclave ?

– Je suis plus libre que quiconque, car celui qui appartient à cette personne ne dépend plus que de Dieu.

– Tu dis vrai ? Pas même de César ?

– Pouah ! Qu’est-ce César devant celui à la suite de qui je marche, auquel j’appartiens et au nom de qui je te demande du pain ?

– Mais où est cet homme puissant ?

– C’est cet homme, là-bas, qui nous regarde en souriant. C’est le Christ, le Messie. Tu n’en as jamais entendu parler ?

– Si, le roi d’Israël. Il vaincra Rome ?

– Rome ? Mais le monde entier et même l’enfer !

– Et vous, vous êtes ses généraux ? Habillés comme ça ? Peut-être pour fuir les persécutions des juifs perfides ?

– Oui et non, mais donne-moi du pain et, pendant que nous mangerons, je t’expliquerai.

– Du pain ? Mais aussi de l’eau, du vin, des sièges à l’ombre, pour toi, ton compagnon et ton Messie. Appelle-le. »

Pierre court à toutes jambes vers Jésus :

« Viens, viens ! Il nous offre ce que nous voulons, ce vieux philistin. Je crois cependant qu’il va t’assaillir de questions… Je lui ai dit qui tu es… en gros, du moins. Mais il est bien disposé. »

218.4 Tous, ils se rendent dans le jardin où l’homme a déjà installé des bancs autour d’une table grossière sous une tonnelle bien garnie de vigne.

« Paix à toi, Ananias. Que, grâce à ta charité, ta terre soit féconde et te donne de beaux produits.

– Merci. Paix à toi. Assieds-toi, asseyez-vous. Anibé ! Nubi ! Du pain, du vin, de l’eau. Tout de suite ! » ordonne le vieillard à deux femmes.

Ce sont sûrement des africaines, car l’une est tout à fait noire avec de grosses lèvres et des cheveux crépus, et l’autre a le teint très foncé, bien qu’elle soit de type plus européen. Le vieil homme explique :

« ce sont les filles des esclaves de ma femme. Elle est morte, de même que celles qui étaient venues avec elle, mais leurs filles sont restées. Elles viennent du haut et du bas Nil. Mon épouse était originaire de là-bas. C’est défendu, hein ? Mais moi, je n’en ai cure. Je ne suis pas d’Israël, et les femmes de race inférieure sont douces.

– Tu n’es pas d’Israël ?

– Je le suis par force, car nous avons Israël sur le cou comme un joug. Mais… Tu es israélite et mes paroles t’offensent ?

– Non, je ne m’en offusque pas. Je voudrais seulement que tu écoutes la voix de Dieu.

– Il ne nous parle pas, à nous.

– C’est toi qui le dis. Moi, je te parle, et c’est sa voix.

– Mais toi, tu es le Roi d’Israël. »

Les femmes qui arrivent avec du pain, de l’eau et du vin et qui entendent parler de “ roi ” s’arrêtent, interdites, à la vue de l’homme blond, souriant, digne, que leur maître appelle “ roi ”, et font mine de se retirer, en se courbant presque jusqu’à terre, par respect.

« Merci, femmes, et que la paix soit avec vous aussi. »

Puis, se tournant vers le vieil homme :

« Elles sont bien jeunes… Tu peux aussi continuer ton travail.

– Non. La terre est arrosée et elle peut attendre. Parle un peu. Anibé, détache l’âne et rentre-le. Et toi, Nubi, vide les derniers seaux et puis… Tu t’arrêtes, Seigneur ?

– Ne te dérange pas davantage. Il me suffit de prendre un peu de nourriture, puis j’entrerai à Ashqelôn.

– Non, cela ne me dérange pas. Oui, va en ville, mais reviens ce soir. Nous romprons le pain et partagerons le sel. Dépêchez-vous ! Toi, au pain ! Toi, appelle Geteo pour qu’il tue un chevreau et prépare-le pour ce soir. Allez ! »

Et les deux femmes se retirent en silence.

218.5 « Alors, tu es roi ? Mais tes armes ? Hérode est cruel, de toutes manières. Il nous a reconstruit Ashqelôn, mais c’est pour sa gloire. Et maintenant… Mais tu connais mieux que moi les hontes d’Israël. Comment feras-tu ?

– Je n’ai d’autre arme que celle qui me vient de Dieu.

– L’épée de David ?

– L’épée de ma parole.

– Quel pauvre rêveur ! Elle s’émoussera et perdra son tranchant sur le bronze des cœurs.

– Tu crois ? Je ne vise pas à un royaume terrestre. Pour vous tous, je vise au Royaume des Cieux.

– Nous tous ? Même moi, qui suis philistin ? Même mes esclaves ?

– Tous. Elles et toi, et jusqu’au plus sauvage au cœur des forêts africaines.

– Tu veux faire un si grand royaume ? Pourquoi l’appelles-tu Royaume des Cieux ? Tu pourrais l’appeler : Royaume de la Terre.

– Non, ne te méprends pas. Mon Royaume est le Royaume du vrai Dieu. Dieu est au Ciel. Par conséquent, c’est le Royaume du Ciel. Tout homme est une âme revêtue d’un corps, et l’âme ne peut vivre que dans les Cieux. Je veux vous guérir l’âme, en enlever les erreurs et les rancœurs, la mener à Dieu par la bonté et l’amour.

– Cela me plaît beaucoup. Les autres – moi, je ne vais pas à Jérusalem, mais je le sais – les autres en Israël ne tiennent pas ce langage, et cela depuis des siècles. Alors, tu ne nous hais pas ?

– Je ne hais personne. »

Le vieil homme réfléchit… et demande :

« Et mes deux esclaves ont aussi une âme, comme vous, les israélites ?

– Certainement. Ce ne sont pas des bêtes qu’on a capturées. Ce sont des créatures malheureuses qu’on doit aimer. Les aimes-tu ?

– Je ne les traite pas mal. Je veux qu’elles obéissent, mais je n’emploie pas le fouet et je les nourris bien. Une bête mal nourrie ne travaille pas, dit-on. Mais l’homme mal nourri n’est pas non plus un bon travailleur. D’ailleurs, elles sont nées dans la maison. Je les ai vues toutes petites. Désormais, il ne reste qu’elles parce que je suis très vieux, sais-tu ? Presque quatre-vingts ans. Geteo et elles forment le reste de ma maison d’autrefois. J’y suis attaché comme à mes meubles. Elles me fermeront les yeux…

– Et après ?

– Après… je n’en sais rien ! Elles entreront en service et la maison se défera. Cela me déplaît. Elle est devenue riche, grâce à mon travail. Cette terre redeviendra sableuse, stérile… Cette vigne… Nous l’avons plantée, ma femme et moi. Et ce rosier… il est égyptien, Seigneur. C’est l’odeur de mon épouse que je sens en lui… Il me semble que c’est un fils… mon fils unique qui est enterré, poussière désormais à ses pieds… Douleurs… Il vaut mieux mourir jeune et ne pas voir cela ni la mort qui arrive…

– Ton fils n’est pas mort, ni ta femme. L’âme survit. La chair seule est morte. La mort ne doit pas effrayer. La mort est vie pour qui espère en Dieu et vit en juste. Penses-y… Je vais en ville. Je reviendrai ce soir et je te demanderai ce portique pour y dormir avec mes disciples.

– Non, Seigneur. J’ai plusieurs chambres vides. Je te les offre. »

Judas met de l’argent sur la table.

« Non. Je n’en veux pas. Je suis de cette terre qui vous est odieuse, mais je suis peut-être meilleur que ceux qui nous do­minent. Adieu, Seigneur.

– Paix à toi, Ananias. »

Les deux esclaves sont accourues avec Geteo, un homme musclé, ancien paysan, pour le voir partir :

« Paix aussi à vous. Soyez-bons. Adieu. »

Et Jésus effleure les cheveux crépus de Nubi et ceux, luisants et raides, d’Anibé, il sourit à l’homme et s’en va.

Annotation

Je t’apporte les œufs tout de suite, mais remarque qu’ils valent un denier les deux. Le denier est le salaire journalier d’un ouvrier agricole. Le didrachme vaut 2 deniers. C’est la monnaie du Temple.

– Je te les laisse pour un didrachme les deux. Il doit s’agir du couple de douzaines que l’on voit dans les bras de Thomas, car s’il s’agissait de deux œufs, la négociation serait revenue au point de départ.

Est-ce que Samson n’est pas un nom approprié pour une bourrique ? Si tu es philistin, cela doit te plaire, car c’est une insulte pour Samson. Nous trouvons le récit des entreprises de Samson contre les Philistins en Juges, chapitres 14 à 16. En outre, les combats entre Israël et les Philistins dont il est fait mention dans ce chapitre et dans les suivants (jusqu’en EMV 221.9) sont le sujet dominant de 1 Samuel, chapitres 4 à 7 (Samuel) | Chapitres 13, 14 et 17 (Saül) | Chapitres 23 et 28 (David) | Chapitre 31 (mort de Saül).

Ce sont sûrement des africaines, car l’une est tout à fait noire avec de grosses lèvres et des cheveux crépus, et l’autre a le teint très foncé, bien qu’elle soit de type plus européen. Il s’agit sans doute de deux nubiennes dont l’une était du sud de l’Egypte (Anibé) et l’autre du Soudan (Nubi)

Oui, va en ville, mais reviens ce soir. Nous romprons le pain et partagerons le sel. Rite très ancien du repas d’alliance qui perdure encore en orient. On en trouve une trace dans l’alliance avec Dieu (Lévitique 2,13).

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Livre du Lévitique 2, 13

Lv 2, 13 : Tout ce que tu présenteras en oblation sera salé ; tu ne laisseras point le sel de l’alliance de ton Dieu manquer à ton oblation ; sur toutes tes offrandes tu offriras du sel.

Livre des Juges 14-16

Jg 14-16 : Samson descendit à Thamna, et il vit à Thamna une femme d’entre les filles des Philistins. Lorsqu’il fut remonté, il le déclara à son père et à sa mère, en disant : « J’ai vu à Thamna une femme d’entre les filles des Philistins ; prenez-la maintenant pour être ma femme. » Son père et sa mère lui dirent : « N’y a-t-il point de femme parmi les filles de tes frères et dans tout notre peuple, que tu ailles prendre une femme chez les Philistins, qui sont incirconcis ? » Et Samson dit à son père : « Prends celle-là pour moi, car elle me plaît. » Son père et sa mère ne savaient pas que cela venait de Yahweh ; car il cherchait une occasion de querelle venant des Philistins. En ce temps-là les Philistins dominaient sur Israël.

Samson descendit avec son père et sa mère à Thamna. Lorsqu’ils arrivèrent aux vignes de Thamna, voici qu’un jeune lion rugissant vint à sa rencontre. L’Esprit de Yahweh saisit Samson ; et, sans avoir rien à la main, Samson déchira le lion comme on déchire un chevreau. Et il ne raconta pas à son père et à sa mère ce qu’il avait fait. Il descendit et parla à la femme, et elle lui plut.

Quelque temps après, s’étant rendu de nouveau à Thamna pour la prendre, il fit un détour pour voir le cadavre du lion, et voici qu’il y avait un essaim d’abeilles et du miel dans le corps du lion. Il en prit dans ses mains et en mangea chemin faisant ; et lorsqu’il fut arrivé près de son père et de sa mère, il leur en donna et ils en mangèrent ; mais il ne leur dit pas qu’il avait pris le miel dans le corps du lion.

Le père de Samson descendit chez la femme ; et là, Samson donna un festin, car c’était la coutume des jeunes gens. Dès qu’on le vit, on invita trente compagnons pour être avec lui. Samson leur dit : « Je vais vous proposer une énigme. Si vous me l’expliquez pendant les sept jours du festin et si vous la devinez, je vous donnerai trente tuniques et trente vêtements de rechange ; mais si vous ne pouvez pas me l’expliquer, c’est vous qui me donnerez trente tuniques et trente vêtements de rechange. » Ils lui dirent : « Propose ton énigme, que nous l’entendions. »

Il leur dit : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, du fort est sorti le doux. »

Pendant trois jours, ils ne purent expliquer l’énigme.

Le septième jour, ils dirent à la femme de Samson : « Persuade à ton mari de nous expliquer l’énigme ; sinon, nous te brûlerons, toi et la maison de ton père. C’est pour nous dépouiller que vous nous avez invités, sans doute ? » La femme de Samson pleurait auprès de lui et disait : « Tu n’as pour moi que de la haine, et tu ne m’aimes pas. Tu as proposé une énigme aux fils de mon peuple, et tu ne me l’as pas expliquée ! » Il lui répondit : « Je ne l’ai expliquée ni à mon père ni à ma mère, et je te l’expliquerais ! » Elle pleura ainsi devant lui pendant les sept jours que dura le festin ; le septième jour, comme elle le tourmentait, il lui expliqua l’énigme, et elle l’expliqua aux enfants de son peuple.

Les gens de la ville dirent à Samson, le septième jour, avant le coucher du soleil : « Quoi de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion ? » Et il leur dit : « Si vous n’aviez pas labouré avec ma génisse, vous n’auriez pas deviné mon énigme. »

L’Esprit de Yahweh le saisit, et il descendit à Ascalon. Il y tua trente hommes et, ayant pris leurs dépouilles, il donna les vêtements de rechange à ceux qui avaient expliqué l’énigme. Puis, enflammé de colère, il monta à la maison de son père. La femme de Samson fut donnée à l’un de ses compagnons qu’il s’était choisi pour ami.

Quelque temps après, à l’époque de la moisson des blés, Samson alla voir sa femme, en apportant un chevreau. Il dit : « Je veux entrer auprès de ma femme dans sa chambre. » Mais son père ne lui accorda pas l’entrée ; et son père dit : « J’ai pensé que tu avais pour elle de la haine, et je l’ai donnée à ton ami. Est-ce que sa jeune sœur n’est pas plus belle qu’elle ? Qu’elle soit ta femme à sa place. » Samson leur dit : « Cette fois je serai innocent envers les Philistins, si je leur fais du mal. »

Et Samson s’en alla. Il attrapa trois cents renards et, ayant pris des torches, il tourna les renards queue contre queue, et mit une torche entre les deux queues, au milieu. Il alluma ensuite les torches et lâcha les renards dans les moissons des Philistins ; il embrasa depuis les tas de gerbes jusqu’aux blés sur pied et aux plantations d’oliviers. Les Philistins dirent : « Qui a fait cela ? » On répondit : « C’est Samson, le gendre du Thamnéen, parce que celui-ci lui a pris sa femme et l’a donnée à son ami. » Et les Philistins étant montés, ils la brûlèrent, elle et son père. Samson leur dit : « C’est ainsi que vous agissez ! Eh bien, je ne cesserai qu’après m’être vengé de vous. » Et il les battit rudement, cuisse et hanche ; il descendit ensuite et demeura dans la caverne du rocher d’Etam.

Alors les Philistins montèrent et campèrent en Juda, se répandant en Léchi. Les hommes de Juda dirent : « Pourquoi êtes-vous tournés contre nous ? » Ils répondirent : « Nous sommes montés pour lier Samson, afin de le traiter comme il nous a traités. » Trois mille hommes de Juda descendirent à la caverne du rocher d’Etam, et dirent à Samson : « Ne sais-tu pas que les Philistins sont nos maîtres ? Qu’est-ce que tu nous as fait là ? » Il leur répondit : « Je les ai traités comme ils m’ont traité. » Ils lui dirent : « Nous sommes descendus pour te lier, afin de te livrer entre les mains des Philistins. » Samson leur dit : « Jurez-moi que vous ne voulez pas me tuer. » Ils lui répondirent en disant : « Non ; nous voulons seulement te lier et te livrer entre leurs mains, mais nous ne te ferons pas mourir. » Et l’ayant lié de deux cordes neuves, ils le firent monter du rocher.

Lorsqu’il arriva à Léchi, les Philistins poussèrent à sa rencontre des cris de joie. Alors l’Esprit de Yahweh le saisit, et les cordes qu’il avait aux bras devinrent comme des fils de lin brûlés par le feu, et ses liens tombèrent de ses mains. Trouvant une mâchoire d’âne fraîche, il étendit la main, la saisit et en frappa mille hommes. Et Samson dit :

« Avec une mâchoire d’âne, je les ai bien asinés (rossés),

avec une mâchoire d’âne, j’ai frappé mille hommes. »

Quand il eut achevé de parler, il jeta de sa main la mâchoire, et nomma ce lieu Ramath-Léchi. Dévoré par la soif, il invoqua Yahweh, et dit : « C’est vous qui avez accordé par la main de votre serviteur cette grande délivrance ; et maintenant, faut-il que je meure de soif et que je tombe entre les mains des incirconcis ? » Et Dieu fendit le rocher creux qui est à Léchi, et il en sortit de l’eau. Samson but, son esprit se ranima et il reprit vie. C’est pourquoi on a appelé cette source En-Hakkoré ; elle existe à Léchi, jusqu’à ce jour. Samson jugea Israël, au temps des Philistins, pendant vingt ans.

Samson alla à Gaza ; il y vit une courtisane, et il entra chez elle. On l’annonça aux gens de Gaza, en disant : « Samson est venu ici. » Et ils l’environnèrent et se tinrent en embuscade toute la nuit à la porte de la ville. Ils se tinrent tranquilles toute la nuit, en disant : « Attendons jusqu’à ce que luise le matin, et nous le tuerons. » Samson demeura couché jusqu’à minuit ; à minuit, il se leva et, saisissant les battants de la porte de la ville et les deux poteaux, il les arracha avec la barre, les mit sur ses épaules et les porta sur le sommet de la montagne qui regarde Hébron.

Après cela, il aima une femme dans la vallée de Sorec ; elle se nommait Dalila. Les princes des Philistins montèrent vers elle et lui dirent : « Flatte-le et vois où gît sa grande force, et comment nous pourrons nous rendre maîtres de lui, afin de le lier et de le dompter, et nous te donnerons chacun mille et cent sicles d’argent. »

Dalila dit à Samson : « Dis-moi, je te prie, où gît ta grande force, et avec quoi il faudrait te lier pour te dompter ? » Samson lui dit : « Si l’on me liait avec sept cordes fraîches, qui ne seraient pas encore sèches, je deviendrais faible et je serais comme un autre homme. » Les princes des Philistins apportèrent à Dalila sept cordes fraîches, qui n’étaient pas encore sèches ; et elle le lia avec ces cordes. Or elle avait des gens en embuscade dans la chambre. Elle lui dit : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Et il rompit les cordes, comme se rompt un cordon d’étoupe quand il sent le feu ; et l’on ne connut pas le secret de sa force.

Dalila dit à Samson : « Voici, tu t’es joué de moi et tu m’as dit des mensonges. Maintenant, je te prie, indique-moi avec quoi il faut te lier. » Il lui dit : « Si on me liait avec des cordes neuves, n’ayant servi à aucun usage, je deviendrais faible et je serais comme un autre homme. » Dalila prit des cordes neuves, avec lesquelles elle le lia. Et elle lui dit : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Or des gens se tenaient en embuscade dans la chambre. Et il rompit comme un fil les cordes qu’il avait aux bras.

Dalila dit à Samson : « Jusqu’à présent tu t’es joué de moi, et tu m’as dit des mensonges. Indique-moi avec quoi il faut te lier. » Il lui dit : « Tu n’as qu’à tisser les sept tresses de ma tête avec le tissu. » Et elle les fixa avec la cheville. Puis elle lui dit : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Et, se réveillant de son sommeil, il arracha la cheville du métier et le tissu.

Elle lui dit : « Comment peux-tu dire : je t’aime ! puisque ton cœur n’est pas avec moi ? Voilà trois fois que tu t’es joué de moi, et que tu ne m’as pas indiqué où gît ta grande force. » Elle le tourmentait ainsi chaque jour et le fatiguait de ses instances ; à la fin, son âme s’impatienta jusqu’à en mourir. Il lui ouvrit tout son cœur et lui dit : « Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, car je suis nazaréen de Dieu dès le sein de ma mère. Si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait, je deviendrais faible et je serais comme tous les autres hommes. » Dalila vit qu’il lui avait ouvert tout son cœur ; elle envoya appeler les princes des Philistins et leur fit dire : « Montez cette fois, car il m’a ouvert tout son cœur. » Et les princes des Philistins montèrent vers elle, apportant l’argent dans leurs mains. Elle l’endormit sur ses genoux et, ayant appelé l’homme, elle fit raser les sept tresses de la tête de Samson et commença à le dompter, et sa force se retira de lui. Elle dit alors : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Il se réveilla de son sommeil et dit : « Je me tirerai d’affaire comme les autres fois, et je me dégagerai » ; car il ne savait pas que Yahweh s’était retiré de lui.

Les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux et, l’ayant fait descendre à Gaza, ils le lièrent d’une double chaîne d’airain. Il tournait la meule dans la prison. Cependant les cheveux de sa tête commençaient à repousser depuis qu’il avait été rasé. Les princes des Philistins s’assemblèrent pour offrir un grand sacrifice à Dagon, leur dieu, et pour se réjouir. Ils disaient : « Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi. » Le peuple le vit, et ils louèrent leur dieu, car ils disaient : « Notre dieu a livré entre nos mains notre ennemi, celui qui ravageait notre pays, et qui nous tuait tant de gens. » Quand leurs cœurs furent devenus joyeux, ils dirent : « Qu’on fasse venir Samson, et qu’il nous divertisse ! »

Ils tirèrent Samson de la prison, et il dansa devant eux. On l’avait placé entre les colonnes. Samson dit au jeune homme qui le tenait par la main : « Laisse-moi toucher les colonnes sur lesquelles se tient la maison et m’y appuyer. » Or la maison était remplie d’hommes et de femmes ; tous les princes des Philistins étaient là, et il y avait sur le toit environ trois mille personnes, hommes et femmes, qui regardaient Samson danser. Alors Samson invoqua Yahweh et dit : « Seigneur Yahweh, souvenez-vous de moi, je vous prie, et donnez-moi de la force cette fois seulement, ô Dieu, afin que d’un seul coup je me venge des Philistins pour mes deux yeux. » Et Samson, embrassant les deux colonnes du milieu sur lesquelles se tenait la maison, s’appuya sur elles, sur l’une de la main droite, sur l’autre de la main gauche.

Et Samson dit : « Que je meure avec les Philistins ! » Et il se pencha avec force, et la maison s’écroula sur les princes et sur tout le peuple qui s’y trouvait. Ceux qu’il fit périr en mourant furent plus nombreux que ceux qu’il avait tués pendant sa vie. Ses frères et toute la maison de son père descendirent à Gaza et l’emportèrent. Lorsqu’ils furent remontés, ils l’enterrèrent entre Saraa et Esthaol, dans le sépulcre de Manué, son père. Il avait jugé Israël pendant vingt ans.

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